Actu

L’aqueduc romain de Vors, un trésor d’ingéniosité

Le 17 août à 06h00 par Philippe Routhe | Mis à jour le 17 août

  • En dégageant l’aqueduc romain sur plus de 70 mètres, les archéologues œuvrent là sur un chantier « exceptionnel ».

    En dégageant l’aqueduc romain sur plus de 70 mètres, les archéologues œuvrent là sur un chantier « exceptionnel ». ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )
  • ( José A. Torres / Centre Presse Aveyron )

Ah, ces Romains ! Ils n’ont pas fini de passionner les archéologues et les amateurs d’Histoire par leur ingéniosité. La mise au jour actuellement d’une partie de l’aqueduc de Vors le reflète bien.

Ces jours-ci, sur l’emprise foncière de la future RN 88 à 2x2 voies, à proximité de Baraqueville, suffisamment en amont du chantier routier pour ne pas le perturber, une équipe de l’Inrap travaille sur un petit morceau de cet aqueduc vieux de presque 2 000ans. Son histoire est connue, tout comme la très grande partie de son tracé d’une trentaine de kilomètres qui mène à Rodez (Segodunum, de son nom antique).

"Un chantier majeur"

Mais, pour la première fois, dans le cadre de fouilles préventives, des archéologues peuvent enfin travailler plus en profondeur sa construction. Son état de conservation exceptionnel enthousiasme les archéologues. Ce, malgré la pose, en 1853, d’une canalisation sur une partie de cet aqueduc, au passage tout aussi remarquable. "Le travail des Romains était tellement bien fait qu’ils n’ont eu qu’à se caler dessus. En revanche, ils ont parfois coupé droit, là où les Romains, eux, ont suivi les courbes du terrain", raconte Philippe Gardes. Responsable de ces fouilles, il fait de cet aqueduc de Vors "un chantier majeur".

Outre son état exceptionnel, avec ses piles de dalles de schistes remarquablement intactes, l’une des raisons pour lesquelles les chercheurs se passionnent pour cette fouille-là est sa dimension. "On a rarement accès à des portions aussi longues. Là, on a accès à soixante-dix mètres de canalisation alors que, la plupart du temps, on travaille sur un mètre carré" sourit l’archéologue.

"Rodez avait l'eau courante au 1er siècle !"

Didier Rigal, qui l’accompagne sur ce chantier, spécialiste de l’antiquité et des aqueducs, qui a notamment travaillé de longues années sur celui de Cahors, est tout aussi emballé. "Regardez comment l’aqueduc épouse la courbe topographique !" lance-t-il. "Remarquez comment on peut apprécier la naissance de la voûte... On a rarement vu autant de l’aqueduc de Rodez". Ce chantier ne cesse d’interroger ce spécialiste en la matière. D’où vient le mortier, le lien avec l’ouvrage de Cahors ? Du radis de fondation à la composition du béton hydraulique, en passant par le cuvelage, il scrute tout.

"L’expérience de Cahors m’a laissé une certitude, c’est qu’on en a aucune !" sourit-il. Pour Philippe Gardes, "c’est inimaginable toutes les informations que l’on peut recueillir sur l’histoire des techniques, grâce à ces fouilles qui peuvent apparaître austères pour d’autres archéologues. Car, là, c’est sûr, on ne trouvera pas de statuettes. Mais rendez vous compte : Rodez avait l’eau courante au Ier siècle !"

Il ne cache pas que le must serait de dégoter une cabane de chantier. Chose qui n’est jamais arrivée. En attendant, les archéologues ont jusqu’au 22 août pour effectuer tous les relevés nécessaires. Dans quelque temps en effet, un viaduc, routier celui-ci, surplombera l’ouvrage romain qui sera, lui, détruit, voire rendu à la terre.