Grand Rodez Ruthénois

Groupe Facebook antiradars : les quinze membres condamnés

Le 03 décembre à 14h39 | Mis à jour le 03 décembre

Le tribunal correctionnel de Rodez a condamné les quinze membres du groupe Facebook à un mois de suspension de permis pour "soustraction à la constatation des infractions routières".
Le tribunal correctionnel de Rodez a condamné les quinze membres du groupe Facebook à un mois de suspension de permis pour "soustraction à la constatation des infractions routières". (CP)

Coupables. Le tribunal correctionnel de Rodez a condamné les quinze membres d'un groupe Facebook "antiradar" à un mois de suspension de permis de conduire pour avoir signalé via le "Groupe qui te dit où est la police", l'emplacement de radars. Les quinze répondaient de "soustraction à la constatation des infractions routières". 

Les juges ont cependant prononcé la relaxe à l'encontre de huit d'entre eux poursuivis pour délits d'outrages après avoir qualifié les gendarmes de noms d'oiseaux sur la page Facebook concernée.

"Mauvaise surprise"

Présents à l'audience, deux des avocats des prévenus ne pouvaient cacher leur étonnement. "On se demande aujourd'hui quel est le fondement juridique de cette décision", s'interrogeait Me Elkaïm. Même constat pour Me Galandrin qui attend désormais de lire effectivement la motivation du jugement pour faire appel. "Le débat porte désormais sur la liberté d'expression. On ne peut pas en rester là".

"Zone de danger"

Pour Me Rémy Josseaume, expert en droit automobile qui défend 11 des 15 prévenus, ce jugement est " extrêmement préoccupant". "Si ce qu'ils font est interdit, alors tous les avertisseurs de radars devraient être interdits, tous les journaux et les radios locales qui signalent les radars vont être fermés", a déclaré l'avocat, soulignant que des boîtiers de "solutions d'aide à la conduite" dont les possesseurs avertissent des "zones de danger" ont, eux, été autorisés par le Conseil d'État en 2013. L'avocat avait également cité lors du procès en septembre, exemplaire en mains, le magazine Autoplus, qui publie une carte des radars très précises. Me Josseaume a indiqué qu'il attendait de consulter ses clients pour savoir si un appel serait interjeté.

Pour Mathieu Chané, cofondateur du groupe, "il s'agit d'un jugement hypocrite". José A. Torres

"Nous devons continuer à faire vivre ce groupe"

"Il s'agit d'un jugement hypocrite", a déclaré le cofondateur du groupe, Mathieu Chané, à la sortie de l'audience. "Nous sommes plus de 13000 membres sur le groupe et 600 000 en France à utiliser ce type de pages Facebook et aujourd'hui, nous ne sommes que 15 à être condamnés", a ajouté M. Chané. Créé en 2012, le groupe Facebook "qui te dit où est la police en Aveyron" existe toujours.

Le nombre de ses membres a même bondi de près de 50% depuis la convocation des prévenus, avec actuellement plus de 13 000 "followers". "Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, ce groupe n'est pas mort du tout (...) Certains paient le prix fort aujourd'hui (...) Par respect pour eux et par solidarité Aveyronnaise, nous devons continuer à faire vivre ce groupe", écrit un de ses membres dans un message diffusé lundi. Mercredi matin, l'un des membres, "Rhum Steak", postait le message suivant: "Volaille sur la rocade direction le bowling".