Montpellier

Frédéric Hantz (Montpellier) : «Pompier, c’est mon destin»

Le 08 février à 07h00 par Maxime Raynaud

« Le président Nicollin aura peut-être des coups de sang avec moi, j’y suis préparé, mais ce n’est pas le plus important.»
« Le président Nicollin aura peut-être des coups de sang avec moi, j’y suis préparé, mais ce n’est pas le plus important.» (AFP)

Évoquons d’abord vos débuts avec Montpellier. Il y eut ce large succès d’entrée à Ajaccio (4-0) puis la défaite face à l’OM pour votre première à la Mosson (1-0). Peut-on parler de débuts contrastés?

Non, non, ce sont de bons débuts. Ajaccio, c’était important car c’est un concurrent direct au maintien. Je préfère gagner là-bas et perdre ici plutôt que le contraire. Même si j’aurais évidemment aimé gagner les deux, ce qui était possible. Ce soir (mardi), il y a quand même une grosse déception sur le match.

À Ajaccio, vous arriviez tout juste sur le banc héraultais et votre équipe restait sur 4 défaites consécutives. Sur quels leviers avez-vous tiré pour obtenir cette réaction?

À mon arrivée, l’important c’était surtout de redonner de la confiance. Je n’invente rien. Commentfaire pour en arriver à cette confiance? En remettant du dynamisme dans notre jeu. On a débuté à deux attaquants avec la volonté d’être très offensifs. Et à travers ce message envoyé aux joueurs, certains se sont libérés, désinhibés. Ajaccio a aussi fait un match moyen par rapport à ses dernières sorties et on en a bien profité.

Vous étiez aussi arrivé en cours de saison au Havre, une équipe mal en point, en décembre 2008. On connaît la fin (relégation du Hac et limogeage de Hantz), mais cette expérience vous sert-elle aujourd’hui?

Oui, beaucoup. Au Havre, lorsque j’étais arrivé, je souhaitais prendre des décisions sportives et je n’avais pas été suivi par ma direction. Je voulais écarter certains joueurs, on ne m’a pas suivi. Or, tu ne peux pas réussir si tu n’es pas suivi dans tes premiers choix. Au bout de trois semaines, je savais que c’était mort. La situation sportive était beaucoup plus compliquée aussi qu’à Montpellier. Mais oui, ça m’a beaucoup aidé pour mes débuts ici. Je suis arrivé le 27 janvier, à 4jours de la fin du mercato d’hiver et je ne me suis pas soucié du recrutement, ni de «couper» des joueurs. Le groupe pro est beaucoup trop important mais on va rester avec jusqu’à la fin de la saison.

Pendant un an et demi, vous avez beaucoup voyagé, êtes allé voir de nombreux matches, libéré de la pression du résultat. Est-ce que cette période vous a changé?

Bien sûr. Nous faisons un métier d’expérience. Toutes, qu’elles soient bonnes ou non, te permettent de grandir. C’est tellement exigeant au quotidien que c’est bien de couper. Ça permet de recharger les batteries, de prendre de la hauteur par rapport aux attitudes de tes collègues, sur ce qu’est le jeu, etc. Par exemple, à Ajaccio, j’ai attaqué en 4-4-2 losange, système que j’utilise peu. Je ne l’aurais peut-être pas fait il y a 4 ou 5 ans.

Cette coupure vous a donc permis de vous «rafraîchir» d’une certaine manière?

Ça m’a été très utile, oui. Je vais avoir 50 ans, c’est mon cinquième club de Ligue 1, je me sens confiant dans ce que je fais. Et je me sens très bien ici, par rapport à la direction, au staff. C’est un grand club. Jamais je n’avais entraîné un club avec de telles structures. Il y a des acquis. Mais la difficulté, c’est que le MHSC n’est justement pas habitué à se retrouver dans ce genre de situation (la lutte pour le maintien). Pour certains joueurs, jeunes notamment, c’est difficile. Il faut gérer cette émotion, cette tension. Être capable de ne pas être négatif.

L’été dernier, vous nous disiez qu’entraîner vous manquait depuis votre départ de Bastia (juin 2014). Au moment de signer le 26 janvier à Montpellier, ce manque était-il devenu pesant?

Ce n’était pas le vestiaire qui me manquait. C’était surtout le fait de mener un projet. Je ne pensais repartir que l’an prochain. Les circonstances ont fait que je suis arrivé à Montpellier. Je ne l’avais pas du tout prévu mais je suis très content d’être dans ce club, pour son histoire, sa situation géographique, etc. Depuis dix jours, je sens ce que je peux apporter et j’ai la conviction que, sur le moyen terme, il y a de vraies choses à faire.

Michel Poisson, votre ex-entraîneur à Rodez, et Laurent Peyrelade, qui a été votre joueur puis votre adjoint au Mans, disaient que ce club et vous, c’était évident (notre édition du 28 janvier)...

Déjà c’est un club formateur et j’aime ça. Ensuite, j’ai souvent été pris pour un pompier. Ça m’est retombé dessus, c’est mon destin. Et puis, c’est le Sud, il y a des proximités avec Bastia même si Montpellier est un club beaucoup plus organisé. Mais oui je suis d’accord, je me sens déjà bien ici.

Depuis votre nomination, on a beaucoup parlé de vous pour vos méthodes différentes. Hantz l’atypique, dit-on. Cette étiquette vous dérange-t-elle?

(Il souffle) Ça me fatigue maintenant parce que je me considère comme un bon manager de Ligue 1, je sais faire des choix tactiques, techniques. Mais c’est vous les médias... Ça en devient ridicule. Mais c’est comme ça.

Est-ce que ça a pu vous porter préjudice?

Non, je ne me pose pas la question. On a l’étiquette qu’on a. Ce que je sais, c’est que beaucoup de clubs de Ligue 2 m’ont contacté pour jouer la montée en L1. J’ai cette étiquette aussi. Certains entraîneurs sont «catégorisés» pour certains types de clubs (sic). Et on n’y échappe pas. Maintenant, j’espère franchir un palier avec Montpellier.

Montpellier, c’est aussi Louis Nicollin (président) et les relations souvent tumultueuses avec ses entraîneurs. Est-ce une donnée que vous avez prise en compte avant de signer?

Louis Nicollin est un personnage médiatique, sanguin, qui dit ce qu’il pense mais il ne faut pas oublier que ce club lui appartient quasiment, qu’il l’a créé. C’est important, ça se respecte. Mais au fond, comme tous les présidents, il a besoin que son entraîneur communique avec lui, le comprenne. Et en retour, à un moment, je lui ferai des demandes et je crois qu’il comprendra. Je ne suis pas inquiet. Et puis, au quotidien, j’ai plus à faire à Laurent (son fils). Mais on en revient aux médias. On s’arrête à une explosion, une bonne phrase mais il y a tout ce qu’il y a derrière. Je venais à La Paillade, il n’y avait rien. Et regardez maintenant, ne serait-ce que le centre d’entraînement. Ce sont des gens qui travaillent, des entrepreneurs. Il ne faut pas regarder le paquet cadeau mais ce qu’il y a à l’intérieur. Ce sont des gens avec un grand cœur. Le président Nicollin aura peut-être des coups de sang avec moi, j’y suis préparé, mais ce n’est pas le plus important.

On a évoqué Laurent Peyrelade, ex du Mans, comme vous, et désormais entraîneur de Rodez, votre ville. Y aura-t-il des passerelles entre Montpellier et le Raf?

Elles existent déjà. Certains jeunes Aveyronnais, de Rodez ou d’Onet-le-Château, sont ici au centre de formation. Il est évident que j’ai toujours eu la fibre aveyronnaise et lorsque j’ai pu favoriser l’éclosion de certains, je l’ai fait, David Suarez à Bastia par exemple. Évidemment, il va se passer des choses, d’autant plus facilement que l’Aveyron n’est pas loin, pas comme lorsque j’étais au Havre ou à Bastia.

Parmi les Aveyronnais au centre de formation de Montpellier, il y a Morgan Poaty. C’est un joueur que vous suivez?

Oui, je l’ai déjà vu jouer en Gambardella. Malheureusement, il s’est blessé à l’épaule pour un moment. Mais c’est un joueur à fort potentiel. J’ai aussi vu le fils de Gilles Llort, avec qui j’ai joué, Lucas. Je vais y être attentif. S’ils ont le niveau, qu’ils ont le mental, ils avanceront avec moi. Mais pas parce qu’ils sont Aveyronnais.