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Laurent Peyrelade : « Je ne pensais pas qu’on était capables de faire ça »

  • Laurent Peyrelade : « Je ne pensais pas qu’on était capables de faire ça »
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L’entraîneur ruthénois revient sur la saison accomplie par son équipe et sur le plaisir qu’elle lui a procuré, sur le plan footballistique mais aussi humain.

Vingt-quatre heures après le dernier match de la saison, qui s’est conclu par une défaite 1-0 face à Avranches, vendredi, quelle analyse faites-vous, à froid, de cette rencontre ?

C’est un match qui a un peu été à l’image de notre deuxième partie de saison : on n’était pas très loin mais on n’était pas là. Dans ce championnat, dans lequel tous les matches sont durs, il faut être très efficace et dépenser une énergie folle pour gagner quelque chose. On peut dire qu’on n’a pas eu de réussite mais il n’y a pas que ça. Il nous a manqué un petit soupçon d’équilibre, de fraîcheur et de technique dans la zone de vérité pour pouvoir espérer mieux.

De façon plus globale, quel bilan faites-vous de cette saison ?

Elle a été au-delà de nos espérances, clairement, parce qu’on n’était pas partis pour jouer la montée jusqu’à deux matches de la fin. Elle a été belle et si les trois ou quatre prochaines pouvaient lui ressembler, on signerait tout de suite pour. Il y a eu plein de frissons, des questions qui sont apparues de façon imprévue, comme celle liée au stade. ç’a amené à s’interroger et à se dire que oui, sur un malentendu, comme dirait Jean-Claude Dusse (rire), si les gros ne sont pas forcément là et si tu marches sur l’eau pendant toute la saison, tu peux peut-être faire quelque chose et y aller (en Ligue 2, NDLR). ç’a fait bouger un peu des choses, ce qui a été positif.

Ce que vous évoquez renvoie à cette idée si souvent utilisée « d’alignement des planètes ». N’y a-t-il pas finalement des regrets de ne pas avoir réussi à en profiter totalement ?

C’est vrai, les planètes étaient bien alignées mais on s’est crashés sur la dernière (rire). Non, il ne faut pas se dire ça. C’est simplement que ce n’était pas le bon moment, qu’on n’était pas prêts. Je crois plus aux choses qui se construisent, qui se travaillent qu’à celles qui tombent du ciel.

Alors on peut se dire que si vous avez été en mesure de jouer la montée quasiment jusqu’au bout, c’est que vous avez fait ce qu’il fallait pour, même si ce n’était pas prévu au départ, et que cela peut se reproduire, non ?

Je ne sais pas. Je suis plutôt dans l’optique de garder tout ce qui a été positif et de s’appuyer dessus, tout en étant très lucide par rapport à nos capacités.

Dans tout ce qui a été positif, que retenez-vous en particulier ?

La façon dont mon groupe a vécu, dont il a partagé la saison. Il y a toujours des anicroches à droite à gauche, en matière de comportement, de satisfaction personnelle, mais si on a fait cette saison-là, c’est parce que chaque joueur a mis de son âme et de son cœur dans l’histoire. ça prouve qu’avec un gros cœur, une abnégation sans faille - une persévérance dans le travail, aussi, car il ne faut pas croire : on a quand même passé 282 jours ensemble cette saison -, et que lorsque tout le monde donne, on a quelque chose qui, sans être une famille, s’en rapproche, et qui permet de faire des choses incroyables. Il faut s’appuyer là-dessus individuellement et collectivement. Chaque joueur doit se dire « Si je fais ça, je suis plus fort, et si tout le monde fait ça, on est encore plus forts ». Mais c’est quelque chose de fragile, de difficile à obtenir et à garder dans le temps. C’est la clé de la réussite et ç’a été la base du maintien car individuellement et financièrement, on est beaucoup moins forts que beaucoup d’équipes. Si on n’avait pas eu ça au départ, on aurait été morts avant de partir. Personnellement, j’ai passé une saison magnifique et je remercie mes joueurs. Je ne pensais pas qu’on était capables de faire ça. ça donne une énergie incroyable pour avancer, pour continuer, pour aimer. Même si je n’ai pas pu faire jouer chacun d’entre eux comme il l’aurait souhaité, je les ai tous aimés.

Quel est le sentiment qui domine aujourd’hui ?

La satisfaction d’avoir rempli l’objectif de rester en National, d’avoir réussi à partager du bonheur tout au long de la saison, avec mon groupe, avec le club et l’environnement. C’est tellement dur à obtenir que quand tu l’as, ça t’offre une grande satisfaction personnelle.

Est-ce dur à trouver dans le milieu du football ou dans la société ?

Dans la société. Trouver du bonheur partagé dans les entreprises n’est pas facile ; de la bienveillance, du confort pour travailler et le plaisir de le faire, c’est compliqué, et pas uniquement dans le sport. Cette année, il y a eu des moments d’osmose forts, très, très forts, où j’ai eu la chair de poule et où je me suis dit « Ce qu’ils font, c’est dingue ». En plus, tu en fais profiter tes proches, tes amis, tes supporters, et ça… c’est un kif, un kif de dingue.

La réalité du National 1 est-elle conforme à l’idée que vous vous en faisiez au départ ?

C’est plus dur encore. C’est une troisième division professionnelle, il faut bien se mettre ça dans la tête. C’est dur, c’est très long, très serré, dense athlétiquement. Il y a peu d’équipes, à part peut-être Cholet, à qui on rendait de la taille, du poids, de la puissance, de la vitesse, et ça nous a usés.

C’est ce qui explique le manque de fraîcheur à la fin ?

Il n’y a pas que ça. On n’a pas réussi à trouver le bon équilibre, à instaurer une bonne dynamique, à mettre les mecs qui sont arrivés au mercato (Michel Ramon et Khaled Ayari) dans de bonnes dispositions, à bien négocier les matches qui auraient pu nous permettre de basculer du bon côté, comme ceux face à Lyon-Duchère ou Chambly (1-1 à l’extérieur les deux fois, lors de la vingt-cinquième journée et en match en retard de la vingt-et-unième). Dans ce championnat, il faut être régulier, enchaîner les bons résultats et on n’a pas su le faire ces dernières semaines. Notre deuxième partie de saison est celle d’un relégable.

Qu’avez-vous appris sur vos joueurs ?

Qu’ils étaient capables d’élever leur niveau dans tous les domaines, certains plus rapidement que d’autres. Il y en a d’ailleurs qui ont le niveau pour aller jouer au-dessus à très court terme.

Et sur vous-même ?

(Il réfléchit) Rien de particulier. En revanche, j’ai un regret : celui de ne pas avoir réussi à trouver le bon amalgame et la bonne dynamique dans la deuxième partie de saison, ce truc qui aurait fait que… Il va falloir se poser tranquillement et le trouver pour éviter que ça se reproduise.

Si vous deviez retenir trois temps forts de la saison, quels seraient-ils ?

(Il réfléchit pendant plusieurs secondes) En premier, je dirais le match à l’extérieur face aux Herbiers (victoire 3-2 lors de la sixième journée) : on s’est rendu compte qu’on pouvait gagner en déplacement, en faisant un bon match, en plus, après avoir été menés (1-0). Ç'a fait prendre conscience au groupe qu’il pouvait faire des choses contre des grosses équipes à l’extérieur. Ensuite, je dirais celui contre Créteil (succès 2-0 à domicile lors de la douzième journée), qui était très abouti en matière de maîtrise. On ne savait pas encore que Créteil allait être au fond mais c’est une équipe professionnelle et ce qu’on a fait a été net et sans bavure. Enfin, il y a celui contre Cholet (victoire 1-0 à l’extérieur lors de la quinzième journée), parce qu’on sortait de deux défaites (à l’extérieur contre le Red Star, 1-0, et à domicile face à Pau, 2-0) et qu’on a vraiment fait un très bon match. Il n’y avait pas de doute de notre côté et une très grosse mentalité.

Et trois choses qui vous laissent des regrets ?

Le match à Fabrègues en Coupe de France (défaite 5-4 aux tirs au but après un match nul 1-1, pour le compte du huitième tour de la compétition). Il n’y avait plus que cette étape à franchir pour aller en trente-deuxième de finale, ce qui était un objectif. Après, je dirais les deux cartons rouges reçus à Créteil (par Rémy Boissier, lors de la vingt-huitième journée) et à Marseille-Consolat (par Oumar Gonzalez, lors de la trente-deuxième journée), qui sont injustes, et comme j’ai horreur des choses injustes… Que tu perdes parce que tu n’es pas bon, d’accord, mais que tu perdes parce que quelqu’un décide du sort du match…

Avec le recul, si vous aviez une chose à changer, quelle serait-elle ?

Si j’avais une baguette magique ?

Oui, en quelque sorte.

Si j’avais une baguette magique, je reviendrais au 7 janvier, à ce match contre Marseille-Consolat (défaite 2-1 à domicile en match en retard de la seizième journée), avec tout ce que je sais de la suite, pour refaire la deuxième partie de saison (rire), en changeant ma façon de gérer le groupe, de l’entraîner, mais aussi le mercato ; plein de petites choses.

Quand vous parlez du mercato, les arrivées de Michel Ramon et de Khaled Ayari sont-elles source de déception ?

On n’a pas réussi à les mettre dans les meilleures dispositions. C’est nous, c’est eux… On se rend compte que c’est une période très difficile et quand on regarde tous les joueurs qui sont arrivés dans des clubs de National cet hiver, on voit qu’il n’y en a que très, très peu qui jouent, parce que tu as besoin de trouver des mecs qui soient prêts tout de suite, ce qui signifie des mecs qui jouent dans leur club, et des mecs qui jouent dans leur club, ils n’en partent pas. Quand tu fais un mercato hivernal, il faut toujours avoir l’idée de l’année d’après, mais cette période n’est pas trop mon truc. Il faut du temps pour que les joueurs se fassent au groupe, à la façon de penser, même si c’est plus facile sur le plan défensif qu’offensif car devant, tu as besoin d’avoir des affinités, des automatismes.

Quand avez-vous vraiment commencé à croire à la possibilité de monter en Ligue 2 ?

Quand j’ai vu que les gros n’avançaient pas et que derrière, ça ne revenait pas sur nous non plus. C’est vraiment après la victoire à Pau (2-1 lors de la trentième journée) que je me suis dit qu’on pouvait le faire.

Est-ce que ça n’a pas été compliqué, avant cela, de faire en sorte que tout le monde garde les pieds sur terre ?

Il y a ceux qui sont adeptes de la technique qui consiste à dire « on monte » et ceux qui sont adeptes de celle qui consiste à dire « on joue le maintien », et l’équilibre entre les deux est très difficile à trouver. Personnellement, je préfère l’idée de continuer à rêver. J’aime bien cette idée-là parce que ça fait un peu enfant, ça fait collectif. J’aime bien ce concept et c’est mieux que de cauchemarder ensemble (rire) !

Qu’est-ce qui va devoir être amélioré cet été, selon vous ?

Avant toute chose, on va rencontrer tous les joueurs pour savoir qui fait quoi, qui a envie de quoi. Notre groupe va évoluer, c’est inévitable. Le danger, c’est toujours la saison d’après, se dire que comme on a fait ça, on peut le refaire ; ce n’est pas vrai, ça n’existe pas. ça fait trois ans que ces joueurs font de belles choses et on doit trouver des gars qui apportent de la fraîcheur, de l’énergie et de l’envie, car on en a dépensé beaucoup pendant cette période, tout ça en tenant compte de l’enveloppe financière à disposition, en sachant qu’il faut aussi garder ceux que l’on veut garder. Il va falloir que l’on soit intelligents, malins et que l’on trouve les bonnes personnes. On a une défense qui a très bien fonctionné mais on doit avoir plus de potentiel offensif et plus de puissance et de vitesse à beaucoup de postes.

Pour finir, la saison à venir sera-t-elle plus compliquée que celle-là ?

Pas plus compliquée, aussi compliquée. Elle est dangereuse parce que le championnat va être encore plus fort. Il y a de gros clubs qui arrivent, le niveau va monter, donc il va falloir que l’on soit capables d’élever le nôtre.

propos recueillis par romain gruffaz

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