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Shimon Palombo, peintre de l’exil

21 nov. 2014 / 14h34

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La vie de Shimon Palombo est faite de déchirements, de déracinements. De fractures, de ruptures. De souffrances aussi. La peinture lui a permis de traverser bien des épreuves. "C’est la peinture qui me sauve, explique cet artiste israélien, qui vit depuis un an, dans une maison de grès rouge, sur les hauteurs de Villecomtal. Ça me permet de recoller les morceaux, d’entretenir l’espoir. Et je garde cette lumière, car la vie est belle, vraiment belle, même si elle peut être, parfois terriblement moche...

Le quartier de Wadi Salib

Fils d’une famille de migrants juifs, Shimon est né en juin 1959 dans le quartier palestinien Wadi Salib du port de Haïfa. Peu de temps après la naissance de ce "bébé de la révolution", le quartier fut secoué par de vives tensions entre les deux communautés juives d’Europe du Nord, les Ashkenazes, et d’Europe du Sud, les Séfarades. Les premiers soubresauts d’une vie qui n’allait pas se dérouler comme un long fleuve tranquille. Loin s’en faut. Très tôt, Shimon s’est mis à dessiner et à peindre les lieux et les gens de son quartier. De petits tableaux figuratifs, ainsi que des portraits de toutes sortes. Au sortir d’une enfance et d’une adolescence, baignées par la culture française (ses parents parlaient couramment le français, écoutaient Aznavour, Brel ou Ferré), le jeune Shimon a réalisé ses premières expos en Israël, dès l’âge de 20 ans.

Les Beaux-Arts à Paris

Après la séparation puis la perte de ses parents, Shimon est venu à Paris, pour s’inscrire aux Beaux-Arts. Il avait 24 ans. Et c’est alors qu’il préparait sa cinquième année, celle du diplôme, que Shimon fut obligé de rentrer précipitamment en Israël, sa maison familiale étant menacée de démolition, dans un quartier ottoman voué à la destruction par le pouvoir israélien, dans le cadre de sa politique de colonisation. Pendant douze ans, accusé d’occuper illégalement sa maison, Shimon s’est battu contre l’État israélien pour conserver son bien. "J’ai vécu cela jusqu’à l’âge de 40 ans, comme une profonde injustice, raconte-t-il. Israël est un pays raciste, alors que la culture juive est une culture tolérante..." 

L’affaire fit grand bruit, le peintre recevant le soutien de nombreux artistes et intellectuels israéliens. C’est l’époque où Shimon a commencé à peindre sur des morceaux de bois et des bouts de ferrailles récupérés dans les maisons de Wadi Salib, victimes des bulldozers israéliens. L’un des plus beaux quartiers de la ville était devenu champ de ruines... Revenu à Paris pour obtenir son diplôme des Beaux-Arts, sa démarche et son art ont séduit le jury.

SHIMON PALOMBO PEINTRE ISRAELIEN

Un véritable arrachement

Mais il était dit que l’histoire de Shimon serait tourmentée, chaotique. Parti à New York pour une exposition, Shimon fut obligé de rentrer à Haïfa en urgence. Pour faire appel de la décision du tribunal. Et lorsqu’il voulut retourner aux États-Unis, il fut bloqué à l’aéroport. "C’était un massacre pour moi." Au final, Shimon aurait pu conserver sa maison familiale, mais en la payant au prix fort. Ce qu’il refusa. "C’était la fin, je ne voulais plus vivre dans ce pays. Ils m’avaient arraché des Beaux-Arts, ils m’ont arraché de ma maison. Une maison, c’est un peu comme une matrice.Quand tu n’es pas dans ta maison, tu aspires à y revenir parce que tu veux le repos. C’est comme un cœur vers lequel tout converge."

 "On était en 2000"

Quinze ans plus tard, la maison des Palombo est toujours debout. Elle a été classée, mais Shimon en a été chassé. Pendant la deuxième intifada, il a vécu à Tel Aviv, avant de s’envoler définitivement pour la France, où il réside depuis 2003. "J’aime la France, c’est un pays qui a encore la flamme dans un monde de plus en plus obscur."

Réfugié dans l’art

Installé dans le village de Cepoy, au sud de Fontainebleau, Shimon y a fait la rencontre, en 2007, de sa compagne, Hélène Forveille, dont le grand-père était imprimeur à Rodez. Depuis un an, le couple a posé ses valises, près de Compolibat, où Hélène a retrouvé ses racines aveyronnaises. Réfugié dans l’art, Shimon peint aujourd’hui la campagne, les maisons (des autres) et les vaches aveyronnaises. Le peintre de l’exil, qui expose actuellement ses Lumières d’Aveyron dans une galerie parisienne, est retourné une seule fois en Israël, où réside le reste de sa famille, pour le tournage d’un film documentaire -Des Racines vers le ciel, chronique d’une maison- sur son émouvante et douloureuse histoire. "L’art permet de triompher sur le temps et la souffrance", modère-t-il, se référant à la sagesse de la Kabbale. Persuadé que le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. 

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