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Dangerosité, destruction, perspectives... Tout savoir sur les chenilles processionnaires en Aveyron

La chenille processionnaire cause de véritables dégâts tant sur le biotope que sur la santé des individus. Quels sont les moyens de lutte ? On fait le point.

17 avr. 2018 / 11h07

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Elles sont de retour et avec elles une nuée de désagréments. Elles, ce sont les chenilles processionnaires qui depuis trois ans se sont installées massivement dans le Sud-Aveyron, bien au chaud dans des cocons qui envahissent les causses. S’il n’est pas nouveau, le phénomène prend une ampleur nouvelle et oblige les services de l’État à traiter activement le problème.

La problématique est réelle, elle pèse sur la santé des habitants, des promeneurs et des touristes. L’activité touristique est affectée, notamment le site de Montpellier-le-Vieux. L’ouverture de certains campings peut aussi être compromise... Quand un connaît l’importance -notamment financière- des sports de pleine nature de ce côté-là du département, plus question d’attendre.

« On a d’abord voulu laisser faire la nature, croyant à des cycles et que tout finirait par entrer dans l’ordre. Quand je suis arrivé en Aveyron et que j’ai mesuré le phénomène, j’ai compris qu’il fallait prendre le taureau par les cornes » explique le sous-préfet Jacques Bernier, à la tête d’une « formation de crise » qui vise à contenir la prolifération de l’hôte indésirable. Comment ? Pourquoi ? Quels effets sur la santé ? On vous dit tout sur la chenille processionnaire et les moyens mis en œuvre pour contenir l’invasion.

Quel effet sur la santé ?

Les scientifiques sont unanimes. La chenille processionnaire et ses poils hautement urticants vont dans le meilleur de cas vous faire passer de très mauvaises nuits. En cas de menace, la chenille est capable de projeter ses poils en l’air, des poils microscopiques en forme de harpon très urticants et allergisants. Ils provoquent des réactions allergiques allant de la simple urtication au choc anaphylactique et des troubles oculaires ou respiratoires, Chez les animaux, les cas de nécrose de la langue notamment ne sont pas rares.

« Il est illusoire de penser se débarrasser de la chenille processionnaire puisque les papillons ont de grandes capacités de vol. Sans oublier les chenilles enfouies dans le sol, parfois pendant plusieurs années »

Le problème va-t-il perdurer ?

Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle. « Il faut laisser le temps à la nature de trouver des prédateurs naturels, prévient Grégory Philippe, technicien forestier au Centre national de la propriété forestière. On manque encore un peu de recul sur ces espèces. » Et l’expert de prévenir que les choses ne devraient pas aller en s’arrangeant dans l’année à venir. « On observe un dérèglement des cycles. Depuis trois ans, la population augmente et tout porte à croire que ça va continuer. » En cause, notamment, les douceurs de l’automne et de l’hiver, qui ont permis leur développement.

Comment en venir à bout ?

L’échenillage

L’échenillage, consiste à l’aide d’une perche, à prélever les nids puis à les incinérer. Mais la technique reste délicate en raison de l’exposition importante aux poils urticants. Le mieux, est encore de contacter un professionnel qui disposera de tout l’équipement pour réaliser la manœuvre en toute sécurité.

Installer des nids à mésanges

Dans la lutte contre la chenille processionnaire, la mésange Charbonnière qui est la plus efficace. Elle est capable de prélever les chenilles à tous les stades larvaires et même de perforer les nids de soie pour prélever sa pitance ! Ce procédé est actuellement testé à Millau pour « fidéliser les oiseaux », qui peuvent ingurgiter jusqu’à 500 chenilles par jour.

Le piège à phéromones sexuelles

Il consiste à piéger les paillons mâles pour limiter l’accouplement et donc limiter les pontes. Attirés par l’odeur du papillon femelle, les papillons mâles volent autour de la capsule de phéromones de synthèse qui émet l’odeur de la femelle à plusieurs dizaines de mètres.

Les pièges mécaniques

Le piège mécanique à chenilles processionnaires du pin consiste à intercepter les chenilles lorsqu’elles descendent de l’arbre en procession... Et là, toutes les chenilles sont piégées puisque toutes descendent inexorablement ! Ce piège est conçu sans insecticide, il se fixe autour du tronc et collecte les chenilles dans un sac hermétique.

Là encore la Ville de Millau à largement investi dans ce dispositif. Ainsi, en période de « descente » comme c’est le cas actuellement (la chenille descend de l’arbre pour s’enterrer), celle-ci se retrouve bloquée par un cerceau puis s’enferme dans un sac dont elle ne ressortira pas. Une cinquantaine de pièges de ce type ont été disposés à Millau. Leurs sacs sont changés tous les deux jours. « Il faut avoir en tête qu’un nid, c’est 100 chenilles. Et 5 nids suffisent à tuer un arbre ».

Les traitements

L’insecticide est efficace dans la lutte contre les chenilles processionnaires. Il contient une matière active issue d’une bactérie existant dans la nature et est utilisable en agriculture biologique. Il agit par ingestion sur les chenilles qui cessent alors de s’alimenter et meurent. Ce traitement est préconisé durant la période de nidification des chenilles (de septembre à décembre). « Nous avons la possibilité de pulvériser un insecticide biocide par voie aérienne. C’est une solution coûteuse, de l’ordre de 80 € par hectare, et qui nécessite une autorisation ministérielle. La difficulté, pour cette option, c’est de préserver les productions agricoles biologiques alentours et l’écosystème. C’est une solution intéressante, mais très contraignante quand on sait qu’il y a plus de 10 000 hectares à traiter », explique Patrick Bernier.

La coupe d’arbres en dernier recours

« L’effet n’est pas absolu, ni satisfaisant. Cette option doit être exceptionnelle mais peut être envisagée, notamment autour d’habitations isolées. Une autorisation a déjà été délivrée sur le causse Noir. Mais ne comptez pas sur moi pour autoriser un abattage massif sur le causse. Il est hors de question d’agir dans la précipitation », expliquait le sous préfet. On, estime à 10 000 hectares la surface à traiter dans le Sud-Aveyron.

Quels sont les moyens mis en œuvre ?

À l’initiative de la sous-préfecture, une « formation de crise » a été formée. L’objectif de ce groupe : établir et appliquer une stratégie d’action. « Notre ambition n’est donc d’éradiquer la chenille processionnaire, mais de faire régresser son invasion. Ou, a minima, de la contenir. Il n’y a pas de solution 100 % efficace, reconnaît Patrick Bernier.. La Ville de Millau a également investi dans des nichoirs à mésanges, des pièges à colliers ou à phéromones. Plus de 4 000 nids ont également été détruits sur la seule commune... ».

Par arrêté municipal, les Millavois sont également chaudement invités à détruire les nids présents chez eux. Les propriétaires d’espaces verts sur lesquels des nids sont signalés, et aucun dispositif de lutte installé, seront avertis par lettre recommandée. Si celle-ci n’est pas suivie d’actions, les propriétaires seront verbalisés, à hauteur de 38 €. Une mesure qui vise à « impliquer tout le monde » dans la lutte contre ce ‘fléau’».

« Nous n’avions pas prévu, dans les effectifs comme dans les budgets, l’ampleur de la tâche, explique Nicolas Lefévère pour la municipalité. Les techniciens travaillent au quotidien sur ce sujet, qui nous mobilise fortement. Mais notre travail dans les écoles et les parcs, notamment, qui sont des endroits à risque, ne sert à rien s’il n’est pas suivi par les riverains des alentours. »

Un collectif de lutte

Sur le causse Noir, les riverains voient les chenilles, de jour en jour, s’approcher de leurs maisons. Grimper sur leurs façades, s’immiscer dans les intérieurs. L’un d’eux, Xavier André, sur la commune de Saint-André-de-Vézines, a décidé d’agir et d’imaginer un collectif citoyen. « Dans l’idée, nous voudrions acheter des pièges à chenilles en grande quantité pour faire baisser le prix, car cela représente un investissement qui n’est pas négligeable pour les particuliers, explique celui-ci. Et nous sommes opposés à l’abattage de nos arbres. Nous ne pensons pas que c’est une solution. »

Une page Facebook « Infos chenilles »

Le PNR des Grands Causses a enfin mis en ligne une page Facebook dédiée, appelée « Infos chenilles ». Son rôle : partager les informations sur la pyrale du buis et la chenille processionnaire du pin, le Parc naturel régional des grands causses a lancé lundi une page Facebook dédiée, appelée « Infos chenilles ». L’objectif est également que les particuliers puissent partager leurs trucs et astuces, et les endroits, sur le causse Noir notamment, où les invasions sont nombreuses.

$!La chenille processionnaire du pin est la larve d’un papillon de nuit, le Thaumetopoea pityocampa.
La chenille processionnaire du pin est la larve d’un papillon de nuit, le Thaumetopoea pityocampa.

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