Sporting Club Decazevillois

Norbert Fabre/Jean-Luc Delaneau : "On a la même vision"

  • Norbert Fabre et Jean-Luc Delaneau avant la rencontre amicale entre le SRA et le SCD.
    Norbert Fabre et Jean-Luc Delaneau avant la rencontre amicale entre le SRA et le SCD.
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Rugby. Norbert Fabre, président de Rodez, et Jean-Luc Delaneau, coprésident de Decazeville, ont bien souhaité s’asseoir à la même table pour évoquer le futur de leur club avant la rencontre amicale prévue ce soir (18h30) à Camille-Guibert.

Réaliser un match amical entre vos deux formations vous tenait-il à cœur Norbert Fabre et Jean-Luc Delaneau en chœur: Cela fait plus de six mois qu’on en parle. C’était difficile de trouver une date. Même si c’est une rencontre de gala, cela reste un match de préparation. Il ne faut pas qu’on perde contact. Decazeville-Rodez, c’est une symbolique pour le rugby aveyronnais. 

À quel club reviendra la recette du match ? En chœur: Finalement, ce ne sera pas qu’un match amical mais un trophée du Rouergue qu’on va mettre en place. Vu qu’il y aura un match retour en décembre à Rodez, cette fois-ci toute la recette ira à Decazeville. Et après, ce sera tout pour le SRA (rires).

Vous qui côtoyez joueurs, supporters, etc... La rivalité entre vos deux clubs est-elle toujours aussi tenace ?

Norbert Fabre: À Rodez, elle existe de moins en moins car il n’y a plus beaucoup de joueurs du cru qui ont cette rivalité dans les gènes. Désormais, les joueurs passent dans les deux clubs sans souci et ils se connaissent tous.

Jean-Luc Delaneau: Il n’y a plus de rivalité comme cela a pu exister. En même temps, le rugby évolue. On ne peut plus se taper dessus et ne pas être puni. Les arbitres sont stricts et les sanctions sont lourdes maintenant. La rivalité est en revanche toujours présente dans l’environnement du club. Mais au sein même, non. 

Il n’y a eu aucun transfert entre vos deux clubs cette saison. Était-ce un deal entre vous ?

En chœur: Oui, c’était un deal. On souhaitait le respecter pour ne pas semer la panique dans les clubs. Maintenant, si quelqu’un veut aller à Rodez ou Decazeville, on ne l’empêchera pas. Mais, nous, on ne fera pas la première démarche. Après, un joueur ne nous appartient pas...

Certains ont déjà évoqué une entente entre vos deux clubs dans le futur. Est-ce imaginable pour vous?

NF: Non. On a des exemples de clubs qui au nom d’une ambition sportive ont galvaudé leurs histoires en fusionnant ! Lannemezan et Tarbes ont du mal à s’en remettre d’ailleurs. Nos supporters, nos dirigeants, etc ne supporteraient pas une entente. Même s’il y a plein de choses à faire en commun, je suis contre cette fusion.

JLD: J’ai souvent répondu à cette question. Et je n’ai pas changé d’avis. On a deux cultures différentes. On a chacun notre histoire. Decazeville a besoin d’avoir un club qui le représente. Le Sporting a un rôle social inimaginable dans le Bassin, alors il doit rester le Sporting. Puis, 1+1 ne ferait pas deux comme certains peuvent le croire. Nos sponsors ne donneraient pas d’argent pour une entente et c’est pareil du côté de Rodez.

NF: On a la même vision ! C’est clair qu’on ne fera pas une équipe de Pro D2 en faisant cela ! Même si les clubs ne nous appartiennent pas, nous sommes opposés à cela.

Rodez est aujourd’hui l’étendard du rugby aveyronnais en étant en Fédérale 1. Pensez-vous qu’un jour, l’Aveyron peut grimper dans les échelons ?

NF: J’en suis persuadé ! Mais, il ne faut pas se donner un timing comme souvent cela a été le cas. Si un club comme le nôtre parvient à se professionnaliser extra-sportivement, il y a tous les ingrédients pour aller plus haut. Mais avant de professionnaliser l’équipe, il faut professionnaliser le club.

JLD: Pour moi, Rodez a les moyens d’évoluer plus haut. Il y a un public et un potentiel économique.

NF: De surcroît, cela servirait à tous les clubs aveyronnais.

On dit souvent que Rodez n’a rien à envier à Albi, Aurillac, etc. Pourtant ces villes ont un club en Pro D2...

NF: Ces clubs sont stables et partagent un projet commun. Le souci à Rodez, c’est que jusqu’alors évoluer en Pro D2 était une ambition déraisonnable d’une seule personne...

JLD: Il faut être patient.

NF: Il faut surtout qu’on inculque cette culture de la "gagne" à Rodez. Et il faut que l’ambition soit partagée par tous. Jusqu’alors, il y avait trop de clans dans le club. Et cela nuit.

Financièrement, il est de plus en plus difficile de gérer un club. Comment expliquez-vous cela ?

JLD: On est en permanence sur le fil du rasoir.

NF: C’est pareil pour nous. On a encore beaucoup de choses à régler et on a toujours cette épée de Damoclès qu’est l’appel de l’Urssaf.

JLD: Le contexte est ce qu’il est en ce moment et le souci c’est que la Fédération ne fait rien pour aider les clubs de "village" comme nous. On a déjà réduit les poules de 12 à 10 clubs. Cela fait 30 000 euros de perte. Ensuite, on vient d’augmenter le prix des timbres sur les cartes d’abonnements. On devait reverser 12 %à la Fédé, maintenant c’est 20% ! Pour un club comme nous, c’est une perte de 5 600 euros. C’est purement et simplement du racket ! 

La volonté politique vis-à-vis des clubs sportifs est-elle suffisante en Aveyron ?

NF: C’est à l’image de la société. On privilégie de plus en plus les comportements individuels. Les gens oublient souvent que nos clubs ont un rôle social très important. Quand les jeunes sont licenciés chez nous, ils ne sont pas dans la rue. Mais, on s’expose rapidement à un gros souci de bénévolat. Quant aux aides des collectivités, la moyenne pour les clubs de Fédérale 1 est de 350 000 euros. Nous, on touche 250 000 euros. On nous avait suggéré il y a peu d’organiser des États généraux du sport. On attend... L’Aveyron privilégie la culture au sport. Alors que ce dernier est un formidable outil de communication.

JLD: Nous à Decazeville, on est résigné. Les aides sont marginales et on ne compte pas sur cela. On touche 15 000 euros  de la Mairie. On s’en contente. Cela ne sert à rien de s’agacer car ça ne changera pas. En Fédérale 2, les clubs perçoivent en moyenne 150 000 euros de subventions. Nous, c’est 50 000 euros... De toutes les façons, c’est vraiment un miracle qu’on soit en Fédérale 2 vu le contexte économique du Bassin. On se bat pour renverser des montagnes tous les jours.

Mathieu Roualdés
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