Quand l’image de Monique Revel s’échappe sur la toile…

  • Sur une multitude de sites et de portails, l'image de Monique Revel a été reprise pour illustrer quantité de sujets n’ayant parfois plus rien à voir avec le sujet initial.
    Sur une multitude de sites et de portails, l'image de Monique Revel a été reprise pour illustrer quantité de sujets n’ayant parfois plus rien à voir avec le sujet initial. Repro CP
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Internet. Enseignante à l’école maternelle Jean-Zay de Firmi, Monique Revel voit depuis plus d’un an son image circuler sur le web, sans qu’elle ne parvienne à mettre un terme à ce tourbillon infernal. Une plainte a été déposée.

L’histoire de Monique Revel débute de manière somme toute banale. Le 14 janvier 2013, cette professeur d’école est amenée, à la demande de sa hiérarchie, à se laisser photographier dans sa salle de classe. Car c’est bien son administration qui a donné en amont son accord à une équipe toulousaine de l’Agence France Presse (AFP) pour que celle-ci vienne faire son reportage dans cette école maternelle.

Tout semble avoir été préparé dans les règles: l’agence qui souhaite apporter un éclairage concret sur la scolarisation des enfants de 2 ans (un sujet alors d’actualité) s’est rapprochée du rectorat de Toulouse, puis de la direction des services départementaux de l’Éducation Nationale (DSDEN, anciennement Inspection d’académie), qui ont donné leur accord et pris soin de trouver une école qui permettrait d’illustrer au mieux le sujet. C’est ainsi que l’administration porte son choix sur la maternelle de Firmi, et prend soin d’avertir la direction de l’école de son accord pour la réalisation de ce reportage. 

L’équipe de l’AFP, composée d’un rédacteur et d’un photographe, débarque donc à Firmi le 14 janvier. Et pendant que le rédacteur s’entretient avec l’équipe pédagogique, le photographe réalise toute une série d’images dans la classe de Monique Revel, en présence d’ailleurs de l’inspectrice de l’Éducation nationale de la circonscription.

D’un traitement habituel…

Il en résulte le jour même une dépêche AFP qui traite du sujet de la scolarisation précoce, sous l’éclairage du reportage réalisé à Firmi. Dépêche reprise le soir même, et entre autres, sur le site internet Direct Matin.fr, l’un des clients de l’agence, qui reproduit fidèlement, en en précisant la source, les informations et l’une des images du reportage de l’AFP. Jusque-là donc, tout s’est passé selon la procédure normale dans le cheminement habituel d’une information provenant d’une agence de presse. Mais les choses se gâtent à partir du 16 janvier, quand d’autres photographies, tirées du même reportage, vont être utilisées pour illustrer des informations de toute autre nature. Par exemple, quand le portrait pris en classe vient en illustration d’un fait divers ainsi titré sur le portail Orange: "L’incroyable erreur d’une prof, un film coquin diffusé à des enfants en maternelle."

... À un grave dérapage

Monique Revel est vite alertée par des proches et des parents d’élèves qui se demandent ce que l’institutrice qu’ils connaissent vient faire dans une telle affaire scabreuse. Le choc est très rude. D’autant que le tourbillon médiatique ne cesse depuis d’enfermer l’institutrice dans un véritable cauchemar. C’est ainsi que depuis un an, et sur une multitude de sites et de portails, son image a été reprise pour illustrer une quantité de sujets n’ayant plus rien à voir avec le sujet initial.

Après Orange, elle est visible sur RTL. fr, 24matins.fr, LePoint.fr, L’Express, Les Echos.fr, et même jusqu’au site du New York Times. Autant de supports numériques sur lesquels Monique Revel se voit dès lors associée à une foultitude de sujets, qui vont de la polémique sur les études de genre à l’école, jusqu’à la qualité de l’enseignement en France, en passant par ces remous qui ont secoué l’an dernier une école héraultaise dans laquelle aurait été préparé un barbecue halal…

Aujourd’hui encore, ainsi qu’un huissier de justice vient d’ailleurs de le constater, il suffit d’entrer sur divers moteurs de recherche certains mots clés pour que réapparaisse hors de son contexte initial le portrait de Monique Revel dans sa classe…

«Choqués et scandalisés»

"Depuis, dès que j’entends aux informations une actualité qui a un rapport même lointain avec l’enseignement, j’éprouve aussitôt la peur de me retrouver à nouveau sur un site. C’est une véritable angoisse dont je ne peux plus me défaire", confie l’enseignante qui reste visiblement très affectée par cette histoire qui la dépasse. Certes, dès que le rectorat de Toulouse et la DSDEN ont été alertés de cette atteinte au droit à l’image dont se retrouvait victime l’une de leur fonctionnaire, l’administration lui a aussitôt exprimé son entier soutien, et s’est engagée à assumer l’ensemble des frais de justice qu’une telle affaire n’allait pas manquer d’occasionner. 

Car l’enseignante a bien évidemment déposé plainte, et confié sa défense à Me Judith Amalric, avocate au barreau de Toulouse. Des assignations en justice sont parties vers les sociétés dont les sites avaient repris les photos de l’AFP en les sortant de leur contexte. Quant au photographe, Éric Cabanis, c’est lors de sa convocation au commissariat lancée à la suite du dépôt de plainte qu’il a appris que ses photographies avaient été publiées pour illustrer des sujets totalement étrangers au sujet qu’il était venu traiter à Firmi: "Je suis totalement scandalisé !" explique-t-il, en précisant que lui-même est "tombé des nues" lorsqu’il a découvert les utilisations postérieures de ses photographies.

Cette affaire relève donc visiblement non seulement d’une atteinte au droit à l’image, mais aussi d’une atteinte au droit d’auteur. Et en ces temps où circule plus que jamais sur la toile un peu tout et n’importe quoi, il y a fort à craindre, faute d’une législation plus contraignante en la matière, que de pareilles atteintes ne se reproduisent indéfiniment…

Didier Labertrandie
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