Élyne Bonnet, à l'heure de tourner la page

  • Élyne Bonnet, face à un nouveau chapitre de sa vie.
    Élyne Bonnet, face à un nouveau chapitre de sa vie. José A. Torres / CP
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Portrait. Élyne Bonnet a tiré sa révérence. Après plus de 34 années passées à la Maison du livre, elle a pris sa retraite. Figure emblématique de cette entreprise, elle laisse "un grand vide" comme l’a confié le directeur, Benoît Bougerol.

C’est un peu comme si du jour au lendemain, vous enleviez la bibliothèque de votre salon. Un grand vide. Il reste l’écho de sa voix un peu rauque au milieu des livres. L’ombre de sa mince silhouette se faufilant entre les clients. Mais c’est un fait, Élyne Bonnet a bien pris sa retraite.

Tourner la page, "ce n'est pas évident"

Pour être honnête, elle a un peu de mal à refermer le livre de cette vie passée dans l’une des plus grandes librairies de la région. Elle a d’ailleurs eu toutes les peines du monde à dire quelques mots devant le personnel et une cinquantaine d’invités, réunis dernièrement pour un petit pot. Le cœur battait trop fort. Les larmes étaient prêtes à dégouliner. Une semaine après cette soirée, au cours de laquelle fusèrent de beaux éloges, on voit bien que ce n’est pas trop ça.

"Ce n’est pas évident" convient-elle devant un petit café, dans une brasserie de la ville. Elle vient quand même de lâcher le métier qu’elle a toujours voulu faire. Elle aurait peut-être eu moins de mal à quitter l’Éducation nationale et son métier de professeur d’allemand, qu’elle a exercé pendant trois années à Saint-Affrique. Mais quelque chose nous dit qu’elle n’aurait pas connu le même enthousiasme qui l’a animé ces trente-quatre dernières années. "Pas un jour je suis allée à la Maison du livre avec la boule au ventre. Et je pense que c’est pareil pour mes collègues."

"Les clients nous apportent beaucoup"

Elle a même du mal à lâcher le mot travail pour évoquer ces années au milieu des livres. "Pourtant, c’en est un. Difficile. On est toujours debout, toujours en train de porter des livres, toujours en action. Cela ne paraît pas comme ça." Mais répondre à ces gens en quête d’un ouvrage, à ceux qui ont envie de partager un bon moment de lecture, à ceux qui sont un peu perdus au milieu de tous ces livres ou échanger avec les collègues sur la dernière lecture, efface toute notion d’effort. "Cela ne se fait pas à sens unique. Il y a une notion importante d’échanges. Les clients nous apportent beaucoup."  C’est même toute la richesse de ce métier qui se bat contre internet. "Il faut que les lecteurs se rendent bien compte de la chance d’avoir une telle librairie à Rodez" souffle-t-elle, malgré ce changement de comportement des lecteurs, qu’elle a pu observer au fil des sorties littéraires.

"Ce qui a évolué, c’est le côté zapping. Un livre a soudain une actualité. Les gens veulent l’acheter. Quelques jours après, ils ont oublié... Du coup, il faut être bien au courant de l’actualité." Mais ce qu’elle a toujours aimé dans ce métier elle, c’est dégoter ce roman ou cet auteur ignoré des médias, celui qui ne fait pas partie de la "grande cavalerie" comme elle dit, et qui vaut pourtant quelques tours de pages. Ou encore voir quelqu’un lui dire : "Je n’ai pas l’habitude de lire, vous me conseillez quoi ?" Et le voir revenir quelque temps plus tard, acheter un autre livre. Puis il y a eu toutes ces années passées dans le rayon jeunesse. Au début de sa "carrière". Elle a notamment travaillé aux côtés de l’illustrateur Olivier Douzou, pour lequel elle garde une affection particulière.

Elyne va "laisser un grand vide"

Tout comme elle a une grande estime pour Danièle Dastugue qui, lorsqu’elle reprit la Maison du livre, lui confia la direction de l’établissement. Quand Benoît Bougerol, en 2002, a pris les rênes de la librairie, c’est aussi sur Élyne qu’il s’est s’appuyé. Lors de la petite réception, il a encore dit à quel point elle allait "laisser un grand vide." Ça vaut dans l’autre sens aussi. Du coup, Élyne Bonnet n’est pas mécontente de faire partie du jury du prix des lecteurs 2014 de la Maison du livre. Elle va pouvoir savourer le plaisir d’échanger autour d’un livre, de mettre des mots sur ses émotions. Une manière d’adoucir son départ. Un peu comme lorsqu’on revient à la première page d’un roman qui nous a plu, histoire de faire durer le plaisir, avant d’ouvrir le roman d’une autre vie.

Philippe Routhe
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