Dominique Barrau : «Les agriculteurs sont poussés à bout»

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Agriculture. Avant la mobilisation prévue le 5 novembre, le secrétaire national de la FNSEA revient sur les dossiers chauds du moment, qui provoquent l’exaspération.

Avant la mobilisation des agriculteurs prévue le 5 novembre, Dominique Barrau, secrétaire national de la FNSEA installé à Luc-le-Primaube revient sur les dossiers chauds du moment qui provoquent l’exaspération.

Qu’est ce qui vous a poussé à lancer cet ultimatum du 5 novembre ?

Je voudrais d’abord revenir sur le terme ultimatum. En fait, nous avons demandé un rendez-vous au Premier ministre, qui a bien voulu nous recevoir. Et l’on a axé notre demande sur huit points forts, sur lesquels on ne veut pas transiger. Pour deux d’entre eux, c’est réglé. À savoir le transport taxé et les aides à la Pac. Mais je sais aussi que nous n’aurons pas de réponses définitives sur le compte pénibilité le 5 au soir. C’est la raison pour laquelle, on ne va pas parler d’ultimatum.

Mais vous montez tout de même au créneau en appelant à manifester.

Cela fait un petit moment que les agriculteurs et la FNSEA montent au créneau face à la complexité à exercer dans notre profession. Ça nous pousse à bout. Il y a un point commun à toutes les régions françaises, c’est l’exaspération. Elle provient des Vert, de Bruxelles, des politiques. On n’arrête pas de nous remettre une couche de papier sur la tête.

Cela vous agace à ce point ?

Mais des exemples il y en a des centaines. Tenez, à propos du verdissement. Aujourd’hui on sème, mais on ne connaît pas les règles que va nous fixer Bruxelles. Or, l’agriculture, ce n’est pas un jeu !

Parmi les points évoqués, il y a aussi les zones vulnérables...

Si ça mobilise du monde c’est parce que cela ne va pas. Depuis 1996, tout avait été mis en œuvre pour que cela marche. Cela fonctionnait, et hop, on a baissé le curseur. On est vraiment jeté en pâture! On croirait que l’agriculture est devenue le jouet de tout le monde.

Pourtant, de plus en plus, on voit un retour à des produits locaux, parce qu’ils sont bons, donc fabriqués par de bons agriculteurs...

Mais justement! L’exemple parfait est celui des portiques écotaxes. Le péage de transit, pourquoi pas. Mais dans les tuyaux on s’apprêtait en fait à taxer ceux qui justement assurent la production locale. Avant même qu’ils soient transportés de plateforme en plateforme, les produits allaient être taxés. Et l’on se retrouvait à taxer des producteurs locaux qui, eux, ne font pas des milliers de kilomètres. Et quand je vois Millau classé en zone vulnérable, je me dis cela ne vient pas de l’agriculture.

La faute à qui ? La France, l’Europe ?

En matière d’épandages, les contraintes ne peuvent pas être les mêmes à Laguiole et Saint-Affrique, ou à Lille et Perpignan... Et quand l’Europe demande à appliquer la même problématique dans une ferme des Landes de 35 hectares et une exploitation de 10000 hectares en Roumanie, il y a un manque de discernement me semble-t-il. Ensuite, en France, on veut toujours faire plus que les autres. En témoigne la directive nitrates. Mais ce n’est pas propre à ce gouvernement, cela fait des années que c’est ainsi.

En revanche, vous n’évoquez pas spécialement de problèmes économiques...

C’est en effet plus sur la façon d’exercer, même si la situation financière est compliquée dans nombre de cas, que nous sommes remontés. J’en reviens à ces semences alors qu’on ne connaît toujours pas les nouvelles règles.

Avez-vous le sentiment que l’on ne vous fait pas confiance ?

Je dirai plutôt qu’à une obligation de moyens, il faudrait passer à une obligation de résultats. Reprenons le sujet des nitrates. S’il y a un problème, on se penche sur le dossier, on le règle, pas de problèmes Mais s’il n’y en a pas, comme c’est le cas pour la majorité des communes du département, qu’est-ce qu’on va ennuyer les gens avec ça? C’est pourquoi une décentralisation des décisions à l’échelle des régions serait une bonne chose. Je vous cite un exemple frappant: il y a quelques années, le Bas-Rhin était confronté à un problème de dépeuplement du hamster. Des mesures impossibles ont été proposées aux agriculteurs. Ces derniers ont demandé à ce qu’on les laisse faire. Et aujourd’hui, les hamsters se portent bien! Des exemples comme ça, j’en ai beaucoup. Il faut aussi écouter les agriculteurs. 

Philippe Routhe
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