José Bové : «Quand je vois Lidl ou McDo, j’ai les boules !»

  • Même si, cette année, José Bové n’est pas au SIA, il n’en demeure pas moins au cœur des questions agricoles.
    Même si, cette année, José Bové n’est pas au SIA, il n’en demeure pas moins au cœur des questions agricoles. Archives CP
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Entretien. José Bové est une des figures aveyronnaises de l’agriculture. Et si le député européen n’arpentera pas les allées du salon de l’Agriculture cette année, il n’en connaît pas moins son fonctionnement et ses écueils. Rencontre.

José Bové est une des figures aveyronnaises de l’Agriculture. Cette année, l’un des deux agriculteurs également députés européens n’arpentera pas les allées du salon de l’agriculture. Il n’en connaît pas moins le fonctionnement et n’en a pas moins non plus un avis tranché sur ce salon qui ne renvoie pas tout à fait l’image qu’il aimerait. Rencontre avec le Larzacien qui évoque également la problématique d’une filière qui lui est chère, celle du roquefort.

Avez-vous le temps de vous rendre au salon de l’agriculture?

Pas cette année. je suis en pleine commission européenne agricole toute la semaine avec des dossiers majeurs à traiter. L’un concerne notamment le paiement de l’ICHN avec de gros soucis liés au souhait de la commission de diluer les attributions. Cela peut se traduire par une perte importante pour les éleveurs. Aujourd’hui aucune réponse ne leur est donnée.

L’actualité agricole ne se déroule donc pas qu’au salon !

D’autant que nous sommes également très mobilisés au Parlement sur un sujet qui percute le salon de l’agriculture quand on voit tous les animaux présents: l’importation au sein de l’union européenne de viande d’animaux issus de clonage en provenance du continent américain. Cela sans même que le consommateur puisse être au courant. Tout le monde refuse cela, d’une même voix. J’ai crié un peu plus fort que les autres sur ce sujet majeur. J’appelle les consommateurs, en attendant, à boycotter les viandes hors Union européenne. Enfin, un troisième sujet est important cette semaine: la possible crise du lait liée à l’arrêt des quotas. Aucun système de régulation ne pourra empêcher le prix de faire le yo-yo...

Justement vous parlez de lait. Comment voyez-vous l’avenir de la filière roquefort, aujourd’hui en pleine réorganisation.

C’est aussi un sujet lié à l’Europe. La nouvelle législation impose une modification de fonctionnement qui peut être préjudiciable aux éleveurs s’ils ne font pas front commun. Derrière, il y a des industriels qui peuvent casser le modèle. Puis j’ai tiré la sonnette d’alarme sur le risque de remise en cause de la base de roquefort: le lait cru entier. Si on commence à assouplir cela, l’industrie laitière américaine va trouver le moyen de casser cette AOC et les autres. Donc roquefort doit renforcer sa charte et être irréprochable.

Revenons au salon. Quelle image vous renvoie-t-il ?

C’est une vieille question... Ce qui est assez paradoxal c’est que d’un côté il y a toute la diversité et le savoir-faire de l’agriculture française et de l’autre, c’est un salon du productivisme. Il faut être cohérent et j’ai l’impression que cette diversité mise en avant cache un autre projet : celui de l’agriculture industrielle. Elle est pourtant dépassée et chasse les paysans.

C’est le message envoyé notamment par la Confédération paysanne durant ce salon...

Pendant des années, j’y ai passé mes journées, parfois mes nuits pour montrer qu’il y a bien une autre agriculture. Mais les discours de Hollande et Valls m’inquiètent, car ils vont dans le sens de l’agriculture industrielle. Le gouvernement n’a en fait pas de ligne claire sur l’agriculture.

Ce salon en trouve donc aucune grâce à vos yeux ?

Je ne dirai pas cela. Pendant des années je l’ai arpenté. Je trouve très bien que des gens du milieu urbain puissent rencontrer des éleveurs, discuter avec les agriculteurs. Je regrette au passage de n’avoir pu être présent pour les 90 ans de l’AOP roquefort. Mais s’il y avait une cohérence, cela irait mieux. Quand je vois dans ce salon des enseignes comme Lidl, McDo ou je ne sais quoi, j’ai les boules !

Vous semblez prêt à organiser un nouveau contre-salon (1) !

Quelque part, ils existent déjà avec des rendez-vous dans les fermes. Mais peut-être faudrait-il effectivement trouver le moyen d’avoir un salon différent. J’étais au Pays Basque récemment pour un salon différent, samedi, j’étais à Lyon au salon Primevère. Et chaque fois, on voit du monde et l’on constate que les gens attendent autre chose que le modèle industriel. Du coup, ce salon de l’agriculture me paraît un peu en déconnexion.

(1) En 2007, le candidat Bové avait organisé un contre-salon dans sa ferme larzacienne, pour présenter une agriculture paysanne.

Philippe Routhe
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