Petite sociologie des pique-assiettes

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    Petite sociologie des pique-assiettes Lola Cros / CPA
  • Jeudi, le Boeuf fermier d'Aubrac était à l'honneur sur le stand de l'Aveyron.
    Jeudi, le Boeuf fermier d'Aubrac était à l'honneur sur le stand de l'Aveyron. Lola Cros / CPA
Publié le , mis à jour

Salon de l'agriculture 2015. A chaque jour son produit local sur le stand de l'Aveyron. Bleu des causses, veau de l'Aveyron, boeuf fermier de l'Aubrac... Les journées sont rythmées par de nombreuses dégustations. Avec leur lot de désagréments.

Un coup de coude. Un clin d'oeil. Un bras tiré énergiquement. Un discret "psssst". Et quelques messes basses. A chacun son astuce pour prévenir le reste de la famille d'une dégustation imminente. Les yeux rivés sur la "bouffe", ils avancent machinalement. Scindent la foule jusqu'à l'objectif ultime. Là, s'organise une remarquable chaîne humaine.

Le plus petit, souvent envoyé au front, se charge de faire passer les provisions aux autres. Un, deux, trois, puis dix cure-dents circulent de mains en mains. Pas le temps de déguster, le stand voisin appelle. Déguster, un bien grand mot. Des petits producteurs authentiques à McDo, aucune distinction n'est faite. Au grand dam des amoureux du terroir.

Jamais René, animateur sur le stand de l'Aveyron, n'a autant de succès que quand il prononce "le" mot. En effet, "dégustation" suffit à remplir les bancs du stand. Oui parce qu'ici, pour déguster, il faut s'asseoir. Pas question de déguster sans savoir ce qu'il y a dans l'assiette. Les ambassadeurs aveyronnais ne perdent pas le nord : la dégustation doit d'abord servir la communication et le savoir-faire de ces produits d'exception. "On n'est pas là pour vous nourrir messieurs dames, mais pour vous faire déguster", répète sans relâche René. En vain.

"Les gens s'en tapent"

Peu importe le produit, l'important reste encore de remplir l'estomac. "Les gens s'en tapent, constate amer Bruno Rascalou, aux fourneaux toute la semaine. Sur 50 personnes, 3 savent ce qu'elles goûtent et s'en souviendront. Ils viennent bouffer, c'est tout." Et le formateur de la Chambre des métiers aveyronnaise de voir les gens piquer directement sur son plan de travail. "Figurez-vous qu'hier, certains sont venus prendre des brochettes crues sur mon plateau. Imaginez le niveau ! Et puis il y a ceux qui me félicitent pour ce "merveilleux boeuf", alors que René répète depuis deux heures que c'est la journée de l'agneau..."

Sur le stand, tous se souviennent de cette dame, venue mardi... avec son Tupperware. Et celui qui s'est emporté pour n'avoir pu goûter le vin blanc qui accompagnait le Bleu des causses, en rupture. "Si vous faites les choses, faites les bien et non pas à moitié", a-t-il alors lâché en tournant les talons.

"Ca fait partie du jeu"

Le constat passe mal chez les Aveyronnais, montés fiers à la capitale présenter leurs produits d'exception. Mais, "ça fait partie du jeu", tous le savent. "Chaque année, je sais que je reviendrai du Salon avec mon lot de "perles" à raconter, confie Anne-Sophie, venue présenter le veau d'Aveyron et le boeuf fermier d'Aubrac. On se prend toujours une grosse claque en arrivant ici quand on rencontre des gens qui ne font pas la différence entre boeufs, vaches, brebis et mouton... Maintenant, tout ça me passe au dessus."

Et René, figure aveyronnaise du Salon, n'en finit pas de râler et de désespérer. "Les gens payent l'entrée, et considèrent alors que tout leur est dû. Ils en veulent pour leur argent, et le plus possible de préférence". L'occasion de collectionner sacs publicitaires, ballons brochures, autocollants et autres goodies... Tout ce qui, en somme, justifie les 13 euros déboursés à l'entrée.

Lola Cros
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