Estivada de Rodez

Rapprochement Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées, «une chance historique»

  • Patric Roux, le directeur de l’Estivada et son chargé de communication Denis Chadeuil.
    Patric Roux, le directeur de l’Estivada et son chargé de communication Denis Chadeuil. José A. Torres -
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Estivada. Flanqué de son chargé de communication Denis Chadeuil, Patric Roux, le directeur de l’Estivada, évoque les grands moments qui attendent ce festival des cultures occitanes.

Flanqué de son chargé de communication Denis Chadeuil, Patric Roux, le directeur de l’Estivada, évoque les grands moments qui attendent ce festival des cultures occitanes.

Nouvel Estivada, on y est. Content ?

Oui ! On est toujours content quand le montage arrive. Cela signifie que la plupart des difficultés sont derrière nous! C’est un bon moment. Quand je suis arrivé à l’Estivada, onze personnes s’en occupaient, direction comprise. Aujourd’hui, c’est une véritable équipe. Mercredi, on sera une centaine pour l’ouverture. On est d’autant plus contents de se retrouver, que nombre de bénévoles, payés uniquement par le plaisir d’être là, reviennent. C’est la preuve qu’il y a un bon esprit sur ce festival.

Parlez-nous de cette nouvelle édition.

Je la perçois comme marquant une nouvelle phase dans le développement de l’Estivada. On va beaucoup parler et voir dans cette édition. Avec notamment l’Eurorégion, rapprochement du Languedoc-Roussillon, de Midi-Pyrénées, de la Catalogne et des Île Baléares. Il y a là une sorte d’espace culturel commun et l’on parlera beaucoup de la pertinence de cette aire géographique. Pour la première fois, on reçoit un groupe des Îles Baléares c’est quelque chose d’important. Un travail sera effectué sur le trait et la littérature occitane. L’occitan n’est pas un patois, c’est une langue qui a plus de 1000 ans !

Les langues régionales ont été, ces derniers temps, soumises à des vents contraires, avec d’un côté le souhait de les voir renforcées et de l’autre des craintes par rapport à leur enseignement. Qu’en pensez-vous?

On en parle beaucoup de ce paradoxe-là. La réforme des collèges ne situe pas la place des langues régionales. Autre élément paradoxal, Xavier North a été délégué général à la langue française et aux langues de France pendant dix ans et a beaucoup œuvré. Son successeur, nommé pour la première fois par le Premier ministre et non par le ministre de la Culture, ne fait pas avancer les choses. Il a fallu une grève de la faim de David Grosclaude pour avoir l’assurance, via une lettre signée de Najat Valaud-Belkacem et Fleur Pellerin, que la création de l’Office public des langues occitanes est validée.

On a dans l’idée que les choses avancent, or la ratification de cette charte serait le minimum. Je me souviens qu’en 2013, lors de sa venue à l’Estivada, Jean-Pierre Bel, alors président du Sénat, avait assuré que la promesse 56 (ratification de la charte européenne des langues régionales) serait tenue. Que le plus difficile n’était pas de convaincre les élus, mais de modifier le formatage du logiciel des commis de l’État. J’ai beaucoup aimé cette image-là. Donc, de loin, les choses semblent avancer, mais dans le détail, on ne peut pas encore être satisfait de cela.

Tout cela sera-t-il évoqué durant l’Estivada.

Mercredi et jeudi notamment, en présence de nombre d’élus, des échanges auront lieu autour de cette thématique.

Restons dans le domaine politique, le rapprochement Languedoc-Roussilon Midi-Pyrénées doit vous satisfaire...

Pour moi, c’est une chance historique. C’est la réunification du Languedoc historique. Globalement, c’est cohérent. Ça parle aux gens. Maintenant, on ne peut pas appeler cette région Occitanie. Moi qui suis Sarladais, cela m’ennuierait d’attendre d’être à Gourdon pour me dire que je suis en Occitanie! (rires) En revanche, que le nom Occitanie soit associé à un autre aurait un écho réel.

Cela peut-il avoir une incidence sur le festival ?

Oui. pour plusieurs raisons. Par exemple, en Languedoc-Roussillon, il y a une vision différente qu’en Midi-Pyrénées sur les politiques structurelles. On donne à moins d’acteurs, mais il y a plus de soutien à ceux qui ont un événement structurant.

En Midi-Pyrénées, le festival Jazz in Marciac est le plus subventionné, nous, on arrive dès après avec 55 000 euros de la région. En Languedoc, c’est le festival Radio France de Montpellier qui est le plus subventionné avec deux millions d’euros. Alors, oui, les choses peuvent changer. Mais encore une fois, cela dépend aussi de ceux qui seront aux commandes.

Justement, l’Estivada fait partie des étapes de la campagne pour les régionales ?

Il y a de fortes chances (sourires). En une heure, les candidats auront vu toute l’Occitanie.

Parlons de la programmation musicale. L’enveloppe financière est réduite et il semble que l’on retrouve plus de textes...

Effectivement, sans véritablement le vouloir, un lien existe entre tous les groupes de la programmation. Le texte. C’est intéressant. Cela rappelle que l’occitan ne fait pas que se parler, c’est aussi de beaux textes, engagés, politiques, poétiques, avec des rimes... Il est capable d’envahir tout l’espace culturel.

La gratuité du festival, c’est un principe ?

Chaque année, on se pose à nouveau la même question. Faut-il faire payer. Et l’on revient à la même conclusion : non. Je ne supporterai pas de voir une famille rester à l’entrée parce qu’elle ne peut pas payer. Puis, je maintiens cet argument, fermer un festival en plein centre-ville, c’est compliqué et ce serait la double peine de la fiscalité pour les Ruthénois. De plus, je ne suis pas sûr qu’au final, sur le budget, cela changerait beaucoup.

L’an passé, Nadau était la tête d’affiche du festival. Cette année, on ne peut pas dire qu’il y en ait...

C’est quoi une tête d’affiche? Un groupe qui passe à la télé, qui fait tous les festivals.. Mais vous en connaissez un en occitan? Nadau, est ce vraiment une tête d’affiche? Ils chantent dans le grand sud ouest, vont à l’Olympia de temps en temps, mais ailleurs en France, ils n’y sont pas.

En Catalogne, ils ne voient pas les choses comme nous. Aspencat fait partie des grands groupes sans pour autant que l’on dise c’est une tête d’affiche. Puis, beaucoup viennent à l’Estivada sans véritablement regarder le programme. Il y a comme un contrat de confiance qui s’est instauré avec le public.

Quoi qu’il en soit, par les temps qui courent, vous devez être content que le festival ait lieu, non ?

Au fond, on profite d’être dans une niche avec le festival occitan. Mais on est concerné par ce phénomène qui touche les festivals. C’est dur de ne pas baisser les bras. On sent que la culture reste une variable d’ajustement. C’est vraiment dommage. 

Philippe Routhe
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