Aveyron : le déficit des récoltes pèse aussi sur les exploitations

  • Dans nombre d’exploitations, la sécheresse a fait des dégâts.
    Dans nombre d’exploitations, la sécheresse a fait des dégâts. CP
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Agriculture. Foin, maïs... Après une année 2014 exceptionnelle, l’année 2015 n’aura pas été bonne en matière de récolte, avec des situations notamment critiques dans le nord, sur le Lévezou et le Réquistanais.

Et pour couronner le tout, la récolte est mauvaise. Le chaud été 2015 se veut donc pénible pour le monde agricole. Cela s’ajoute en effet à un contexte de crise de plus en plus pesant dans les exploitations. «Très mauvaise» dans le nord du département, en dessous de la moyenne ailleurs: la mauvaise récolte fourragère oblige les exploitants à puiser dans leurs stocks, voire à acheter du fourrage. «Nous en sommes, suivant les communes du nord de l’Aveyron, à 45, voire jusqu’à 60% de pertes. Et tout cela va engendrer de nouveaux frais», explique ainsi Benoît Fagegaltier, installé près de Sainte-Geneviève-sur-Argence.

Pas de seconde coupe

«Il a fallu très tôt utiliser le peu de stock que nous avions. Cette problématique est la même pour tous ceux installés en moyenne montagne, tout du moins en zone haute». Le Lévezou et le Réquistanais se trouvent ainsi dans une situation similaire, avec une mauvaise première coupe et pas de seconde coupe. «Dans le sud du département, la situation est différente suivant les régions. Mais, déjà, des bêtes sont rentrées et on utilise les stocks. Et certains sont déjà passés aux achats de fourrage», explique Thierry Agrinier, éleveur à Roquefort.

«En fait, dans le département, pour les exploitations situées au-dessus de 600 ou 700 mètres d’altitude, cela devient compliqué». Sur le Ségala, la saison 2014 exceptionnelle permet, elle, de sauver quelque peu les meubles. Car, pour quasiment toutes les exploitations, il n’y aura pas de deuxième récolte. Heureusement, la première coupe fut «normale» au regard des années antérieures à 2014.

Mauvaise année pour le maïs

Quant au maïs, notamment dans l’Ouest-Aveyron, l’année sera quoi qu’il en soit médiocre. Sa récolte est prévue pour le mois à venir, bien qu’il soit déjà récolté, par endroits, tant les plants sont abîmés. «Il faudrait un peu plus de pluie pour sauver la qualité du grain. Mais s’il fait à nouveau chaud ces prochains jours, les plants pourraient sécher, alors il faudra récolter», explique, entre autres, Laurent Bex, installé du côté de Galgan.

Tout cela pourrait avoir de nouvelles conséquences sur les marchés dans les mois à venir. En effet, acheter du fourrage pour compenser le déficit de récolte nécessite des fonds. Un chargement est évalué entre 5000 et 6000«Et encore, c’est pour un produit d’une qualité médiocre. Pour les producteurs de lait, c’est plus cher encore», explique un éleveur. Et ce, en sachant que la demande s’accélérant, les prix peuvent flamber à tout moment. 

Des éleveurs tentés de décapitaliser

Or, comme cela a été souvent répété ces dernières semaines lors des différentes manifestations liées aux crises bovine, porcine ou laitière, les trésoreries sont en souffrance dans les fermes. Ce qui pourrait inciter des agriculteurs à finalement décapitaliser. À savoir, vendre des bêtes plutôt que d’acheter du fourrage. Cela pourrait, dès lors, influencer à la baisse la tendance des marchés. Un afflux de bovins ferait, en effet, inévitablement flancher les prix. «Il faudra que les perspectives émises en matière d’exportations notamment soient tenues, sinon...» profère un éleveur.

Procédure «Calamité» engagée dans le nord, et peut-être sur le Lévezou et le Réquistanais

En attendant, une procédure «Calamité» a été engagée dans le Nord-Aveyron, «et le Lévezou va suivre ainsi que, peut-être, le Réquistanais» explique Dominique Fayel, le président de la FDSEA. Pour lui, la situation restera toutefois «gérable» si, d’ici à la fin du mois d’août, il pleut suffisamment pour permettre la repousse d’automne. Pas de quoi enthousiasmer cependant un secteur qui doit donc aussi s’en remettre au ciel pour récolter un peu de réconfort. 

Philippe Routhe
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