Fièvre catarrhale en Aveyron : «Si rien n’est fait, on passe à l’action»

  • Sur cette infographie, la carte de France témoigne de l’accroissement des périmètres réglementés à ce jour. On y distingue l’Aveyron partagé entre zone de contamination (au nord) et zone de surveillance (au sud).
    Sur cette infographie, la carte de France témoigne de l’accroissement des périmètres réglementés à ce jour. On y distingue l’Aveyron partagé entre zone de contamination (au nord) et zone de surveillance (au sud). PIXROD Reproduction Centre Presse
  • Hier au marché de Laissac, la FCO limitait toujours autant les échanges. Les professionnels veulent une réglementation plus cohérente
    Hier au marché de Laissac, la FCO limitait toujours autant les échanges. Les professionnels veulent une réglementation plus cohérente Christophe Cathala
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Fièvre catarrhale. Alors que la situation sanitaire conduit l’administration à limiter les échanges aux zones réglementées, la colère gronde chez les éleveurs et les négociants.

Certes, le marché de Laissac s’est ouvert matin avec à peine plus de 700 bêtes, soit 300 de plus que les trois précédents mardis, mais bien loin de l’apport habituel de ce rendez-vous hebdomadaire -1300 animaux en moyenne- qui draine éleveurs et négociants de 25 départements.

La fièvre catarrhale ovine (FCO, transmissible aux bovins mais pas à l’homme) a encore étendu sa toile (voir carte page 5), reléguant la moitié nord du département dans la zone de contamination quand tout le reste de l’Aveyron demeure en zone de surveillance : les animaux ne peuvent circuler qu’au sein même de chaque zone, ce qui limite de fait les courants d’échanges. Pour ne rien arranger, un cas de FCO s’est déclaré dans le Cantal, obligeant les éleveurs de ce département à confiner temporairement leur cheptel. Et, hier, on comptait 40 animaux au marché de Mauriac quand il en vient en principe 600 toutes les semaines. 

À quand le bout du tunnel ?

«Les éleveurs du Tarn, par exemple, ne peuvent apporter des bêtes que s’ils sont sûrs d’en vendre l’intégralité, explique Yves Boyer, directeur de la discipline du marché. Ils ne peuvent rien ramener chez eux, les Aveyronnais ne peuvent rien leur vendre, car ils ne sont pas dans la même zone.» En fait, l’extension régulière de la zone réglementée augmente les possibilités d’échanges dans un même périmètre. Ce qui explique une hausse relative dans les apports du mardi matin. Pour autant, les cours chutent d’une semaine sur l’autre.

«On garde les animaux à l’étable en attendant de pouvoir les vendre: on perd nos revenus car il faut continuer à les nourrir et que nous n’avons pas de rentrée d’argent, déplore un éleveur. De plus, les broutards prennent de l’âge et du poids, que vont-ils devenir sur le marché ?». Dans un tel contexte, la tension monte chez les éleveurs et les négociants qui ne voient pas arriver le bout du tunnel (lire ci-dessous).

Quant à l’export, si des accords d’échanges ont été trouvés avec l’Espagne, ils sont toujours en cours de négociation avec l’Italie, grand client de Laissac. Une chose est sûre: pour faire voyager les bêtes dans l’espace communautaire (et au-delà), il faut multiplier analyses sanitaires et vaccinations. Les éleveurs en sont conscients, mais veulent surtout une réglementation adaptée à la réalité et un soutien de la part des pouvoirs publics. 

Sur cette infographie, la carte de France témoigne de l’accroissement des périmètres réglementés à ce jour. On y distingue l’Aveyron partagé entre zone de contamination (au nord) et zone de surveillance (au sud).
Sur cette infographie, la carte de France témoigne de l’accroissement des périmètres réglementés à ce jour. On y distingue l’Aveyron partagé entre zone de contamination (au nord) et zone de surveillance (au sud). PIXROD Reproduction Centre Presse

«Si rien n’est fait d’ici samedi, on passe à l’action»  

La colère, Jean-Paul Boyer n’a pas vraiment envie de la cacher. Le président départemental du syndicat des négociants en bestiaux court d’un box à l’autre comme à son habitude sur ce marché de Laissac, mais le cœur n’y est plus, au fil des doléances des éleveurs suppliant le maintien les achats à un prix raisonnable, ce que le contexte ne permet plus guère. [CIT_REL]«Il y a trois semaines, j’étais confiant. Aujourd’hui, je me pose des questions. Si, d’ici la fin de la semaine, on n’a rien de nouveau, on va se mettre hors la loi, collectivement.»

Pour Jean-Paul Boyer, il y aurait «deux poids, deux mesures» : «On essaie de vendre les animaux avec les analyses nécessaires et obligatoires qui vont avec. Avec les Espagnols, ça fonctionne bien, et avec les Italiens, les négociations continuent. Sur notre propre territoire, rien ne se passe de la sorte. On voudrait transposer le mécanisme à l’export sur nos échanges locaux. Mais la réglementation ne le permet pas! J’espérais dans les pouvoirs publics. Mais ils barrent le commerce et l’économie... On demande des réglementations cohérentes».

Sinon ? «Samedi, s’il n’y a pas d’avancées, je réunis tous les négociants du Grand Sud et l’on va mener des actions sur le terrain», prévient Jean-Paul Boyer. De quelle façon ? «Je ne dis pas que l’on barrera des routes ou l’aéroport, comme on l’a eu fait. On peut très bien se mettre hors la loi ensemble et continuer à travailler d’une autre façon. On verra bien ce qui se passe...»

Christophe Cathala
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