Carole Delga : «Au service de tous les territoires»

  • Carole Delag : «Avec Sylvia Pinel, ministre des territoires, nous avons présenté nos sept engagements qui montrent que pour nous,  la ruralité est une priorité.»
    Carole Delag : «Avec Sylvia Pinel, ministre des territoires, nous avons présenté nos sept engagements qui montrent que pour nous,  la ruralité est une priorité.» ML
Publié le , mis à jour

Régionales. Carole Delga, tête de liste PS-PRG-MRC-GE a rencontré les journalistes de cinq titres régionaux. Cet entretien a eu lieu avant les attentats.

Carole Delga, tête de liste PS-PRG-MRC-GE a rencontré les journalistes de cinq titres régionaux. Cet entretien a eu lieu avant les attentats.

1/ Selon nos sondages, IFOP, BVA – et ce ne sont que des sondages -, vous arrivez au premier tour en 3e position avec un peu plus de 20 %. C'est très peu pour des régions et des départements qui majoritairement votent à gauche. Pour rappel Martin Malvy dépassait 40 %. Comment expliquer cette dégringolade ?

Le contexte national est très complexe, nettement plus défavorable qu'en 2010, avec des résultats économiques qui se font attendre. En 2010, j'ai dirigé la campagne de Martin Malvy. La situation politique, économique,  était beaucoup plus porteuse. D'ailleurs, quasiment toutes les régions ont basculé à gauche, ce qui n'était jamais arrivé. Et puis je ne suis pas sortante. Le PS et le PRG ont choisi le renouvellement. Il y a donc un temps pour mieux me faire connaître, présenter mon programme, ma façon de faire de la politique.  

2/ Si on en croit les sondages et sous réserve d'un accord avec d'autres listes, vous êtes la favorite du second tour. Et la candidate du PS/PRG/MRC pour la présidence de cette nouvelle et immense région. Est-ce un poids de succéder à des personnes qui ont longtemps marqué ces territoires comme Georges Frêche, Martin Malvy, Christian Bourquin ?

Ce que démontrent les sondages de deuxième tour, c'est que quand la gauche est unie, elle est gagnante. C'est la raison pour laquelle, dès que j'ai quitté le gouvernement pour entrer en campagne, j'ai toujours appelé à l'unité. Avec le Parti radical de gauche, nous avons réussi à bâtir un partenariat équilibré. Par la suite, le MRC et Génération écologie nous ont rejoint. Le languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées sont de vraies terres de gauche. Succéder à Martin Malvy, Georges Frêche ou Christian Bourquin, qui sont des hommes que je respecte beaucoup, est pour moi un honneur. Mais j'ai ma propre personnalité. J'ai acquis mes mandats un par un au premier tour sur mon nom, que ce soit comme maire ou députée. Je revendique bien sûr tout ce qu'a réalisé Martin Malvy avec lequel j'entretiens une complicité depuis 10 ans. Mais je ne suis pas une héritière. Je suis une femme politique engagée et loyale.  

Assumez-vous ce bilan ?

C'est assez facile d'assumer car j'ai été vice-présidente de la région Midi-Pyrénées sur ce mandat. Je connais bien l'institution et le bilan. Avec moi, il n'y aura pas d'année blanche en 2016. Dès le 14 décembre, la région sera au travail. J'ai aussi la chance d'avoir des colistiers de qualité, Damien Alary, le président sortant, Sylvia Pinel, ministre du Logement et de l'égalité des Territoires, Didier Codorniou, le maire de Gruissan.. Je pourrais en citer bien d'autres. On sera opérationnel tout de suite car je suis consciente que dans le contexte actuel, il convient que la région agisse, notamment sur ses compétences majeures que sont l'aide aux entreprises, la création d'emploi, la formation. Dans notre programme, nous allons poursuivre certains dispositifs, les adapter, car en cinq ans notre région a évolué. Dans le domaine économique, par exemple, on va privilégier les aides aux petites entreprises, car ce sont elles qui créent de l'emploi et ont par conséquent besoin d'investir.

On va mettre en œuvre un accès facilité à la commande publique, en organisant des petits lots, des avances forfaitaires. Je mettrais aussi en place une plateforme pour former les chefs d'entreprises des TPE et PME afin de faciliter leurs candidatures à ces marchés publics. Un autre dispositif doit être adapté, celui des ordinateurs. Nous avions décidé il y a quelques années que l'équipement en ordinateur des jeunes lycéens ou apprentis devait se faire sous conditions de ressources. Aujoud'hui, l'éducation change. Nous ne sommes plus dans le cour magistral classique, avec les livres. Les nouvelles technologies sont rentrées dans l'Education nationale. Maintenant, l'ordinateur n'est plus simplement un équipement informatique, mais aussi un support pédagogique. C'est la raison pour laquelle je souhaite que ces ordinateurs soient donnés aux lycéens et aux apprentis pour qu'il y ait une égalité du support pédagogique. Le raisonnement selon lequel il n'est pas normal de donner un ordinateur à des enfants qui viennent de milieux aisés était valable quand l'ordinateur n'était qu'un équipement informatique, un moyen d'accès au savoir ou au monde. Pour les prochaines années, l'ordinateur va être un support pédagogique, comme le livre. Et qui dit support pédagogique, dit égalité entre tous les lycéens et appentis.  

Des ordinateurs fabriqués à l'étranger ?

On passe des marchés publics, ce qui permet, en raison du volume, d'avoir des tarifs intéressants. Il faut demander à mon concurrent ou il fait imprimer ses documents de campagne. Mon programme pour la future région est fait sur mesure. Cette région, je la connais très bien. Je suis d'ici. J'ai travaillé comme vice-présidente de la région. J'ai choisi de quitter le gouvernement pour faire campagne sur les 13 départements. Je ne me suis pas caché derrière un bureau ou des tweets. Mon programmé, il a été élaboré à partir des réalité du terrain et avec mon équipe, qui sont des gens du terroir. Pour le FN, je rappelle que leur programme peut s'appliquer indifféremment en Nord-Pas-de-Calais ou Paca. Nous, on a un projet régional, on ne joue pas l'avant premier tour des présidentielles.  

4/ Vous êtes une élue de la ruralité, que vous défendez vigoureusement durant votre campagne, mais est-ce que cela ne vous pose pas question que le FN y perce nettement ? Qu'est-ce qui explique ce vote selon vous ? 

Je suis vraiment  inquiète de la généralisation depuis trois ans du score élevé du FN dans les milieux ruraux. C'est ce sentiment de déclassement que je souhaite amoindrir, lutter. En Lozère, avec Sylvia Pinel, ministre des territoires, nous avons présenté nos sept engagements qui montrent que pour nous,  la ruralité est une priorité. Bien sur, président d'une nouvelle région, je travaillerais avec ces locomotives que sont les métropoles et avec lesquelles nous nouerons des partenariats. Mais le budget de la région ne sera pas le budget annexe de Toulouse et Montpellier. L'action de la région sera au service de tous les territoires, car il faut entendre ce sentiment de délaissement. C'est un travail de longue haleine. Je suis députée du Comminges et du Savès, un territoire très rural de 284 communes pour 100 000 habitants. Là, sur ce territoire, nous avons réinstallé le tribunal de grande instance que Rachida Dati avait fermé à St-Gaudens : 35 millions d'euros ont été investi pour l'hôpital de St-Gaudens et de Luchon. Damien Alary a récemment annoncé, à Mende, une IRM. C'est une question d'égalité des territoires et donc des citoyens. Il faut en effet avoir un discours très offensif et démontrer que cette nouvelle région saura fédérer tous les territoires, elle sera en proximité. Le défi de cette nouvelle région, c'est l'excellence et la proximité. La proximité, elle s'est concrétisée avec les premières mesures de mon programme en faveur de la ruralité. Parmi les mesures, la répartition des services de la région entre Toulouse et Montpellier car il aurait été impensable de tous regrouper sur un même site, avec les problèmes de temps de déplacement et de dépenses publiques. J'ai également précisé qu'il y aurait une antenne de la région dans chaque département. C'est déjà le cas en Languedoc-Roussillon avec des maisons de la région à Perpignan, Mende ou Nîmes. En Midi-Pyrénées, nous n'avions qu'une petite  antenne à Rodez. Les conseillers généraux pourront siéger au plus près des territoires, pourront recevoir les gens. Les services de la région pourront également se déplacer. Si on doit travailler sur le pastoralisme dans les Pyrénées, il est préférable de se réunir à Tarbes ou à Foix.    

L'entre d'eux tour sera musclé, Gerard Onesta et Philippe Saurel voulant sans doute négocier chèrement leur soutien. Jusqu'au être vous prête à aller... le PS serait-t-il prêt à renoncer à la présidence pour faire gagner la gauche ?

L'équation, c'est que je suis la tête de liste PS-PRG-MRC.GE. Les négociations avec les partenaires, le soir du premier tour, se fera en fonction des scores. Je vois ce dont vous parlez. Ce sont des histoires de troisième tour. Pour ceux qui veulent soi-disant faire une nouvelle politique c'est quand même terrible qu'il y ait des candidats qui commencent à penser à des magouilles d'arrière-salle. Moi je fais de la politique de façon claire. Je suis socialiste. J'ai bâti un programme PS-PRG-MRC-GE. je dis que la droite et la gauche ce n'est pas la même chose et qu'il faut, en effet, avoir une renouvellement des pratiques. Je suis authentique et sincère. Je suis une femme de gauche et libre. On ne peut pas croire qu'on peut bâtir un projet commun entre la droite et la gauche. Quand Dominique Reynié dit qu'il va baisser de 25 millions d'euros les subventions aux associations, je ne suis pas d'accord. Car c'est mal connaître leur rôle dans les quartiers, les villages, en terme d'éducation, d'accès à la culture, aux sports.    

Sur les attaques ?

Je dis à tous ces messieurs de garder leur calme, de maîtriser leurs nerfs. Quand on aspire à diriger cette région, il faut avoir du sang-froid. Et moi, depuis plusieurs mois, je suis l'objet d'attaques. Depuis que j'ai été élue, comme maire, députée ou membre du gouvernement, j'en ai subi des attaques. Mais je continue à tracer mon sillon, à avancer. Rien ne m'arrête. J'ai le cuir tanné. Je suis solide. Et puis je pense qu'une femme présidente, cela permettra d'avoir une autre hauteur et d'arrêter un peu ces combats de coqs.      

La présidence déléguée accordée à Damien Alary, l'actuel président de la région Languedoc-Roussillon, est-elle toujours d'actualité ?

Nous sommes une équipe pleinement mobilisée. Ce que nous voulons, c'est obtenir le score le plus élevé dès le premier tour. C'est ce que souhaite Damien Alary. Il faut appeler à un vote utile pour être en position d'organiser la région. Quel sera la place de l'Aude et des PO dans cette future grande région ? Comment comptez-vous rééquilibrer ces territoires par rapport aux métropoles de Toulouse et de Montpellier ? Dans le débat sur les hôtels de région, au printemps dernier, j'ai indiqué dès le début que les services de la région continueraient à travailler à Toulouse et Montpellier. Ce n'est pas juste pour faire plaisir, mais il s'agit là d'un principe d'efficacité administrative et d'équilibre territorial. On sait qu'à Montpellier, l'économie est liée à la présence d'agents publics. Pour les Gardois, par exemple, il est important qu'ils puissent également venir à Montpellier. J'ai toujours indiqué que la direction générale des services serait à Toulouse, car la préfecture de région y sera probablement. Il est logique que tous les services de direction soient à proximité des services préfectoraux de l'Etat.  Mais toutes les réunions se feront à Montpellier pour conserver un équilibre. Et quand j'entends certains dire qu'il n'y aura que quatre réunions par an, cela veut dire qu'ils ne savent pas comment fonctionne un conseil région, avec une assemblée plénière, les commissions permanentes.  

C'est comme à Bruxelles et Strasbourg.

Non, car on ne déménage pas. Tout ce qui est relatif aux assemblées délibérantes sera à Montpellier. Dans l'exemple que vous citez, tout est à Bruxelles et l'on déménage pendant les sessions à Strasbourg. Mon bureau ne sera pas dans un hélicoptère, mais sur le terrain. 

Les départements de l'Aude et des PO, c'est ce qui ressort en tous les cas de plusieurs milieux, ont peur d'être les grands perdants de la lutte entre Toulouse et Montpellier pour attirer les administrations régionales. Que comptez-vous faire pour les rassurer ?

Je compte avoir une attention particulière pour tous les départements. On m'a récemment interrogé pour savoir si j'allais donner une autonomie particulière aux Pyrénées-Orientales que je connais bien car j'ai des attaches familiales à Argelès-sur-mer. J'ai répondu non. J'y suis allé récemment avec Didier Codorniou, pour visiter le laboratoire Arago à Banyuls-sur-Mer qui travaille déjà avec les Laboratoires Pierre Fabre. Je ne l'ai pas fait par hasard. C'est un signal. Au-delà de l'équilibre des territoires, je souhaite, concernant la recherche, qu'il y ait un soutien fort de la région aux sites décentralisés. Toujours au sujet des Pyrénées-Orientales, il faut qu'on travaille sur la création d'une école de la sommellerie.

Nous allons également devoir investir dans les ports, qu'ils soient de commerce, spécialisés dans la pêche ou la plaisance, mais aussi dans la préservation et l'aménagement des littoraux, la rénovation des équipements touristiques, sur le Train jaune. Sur Port Vendres par exemple, il y a des investissements à faire rapidement. En matière de soutient à la viticulture, nous avons aussi un travail à mener. Ensuite, nous devons soutenir les filières qui peuvent se développer, comme  l'aéronautique et le spatial, l'agroalimentaire…. A Perpignan, il y a des entreprises qui travaillent en lien avec l'aéronautique sur la rénovation d'avions. La culture catalane doit également être promue : je suis très intéressée par tout ce qui concerne les richesses locales. On peut parler de la valorisation du grenat de Perpignan, du tissu catalan, des toiles du soleil etc. Nous serons attentifs à valoriser toutes les richesses de ce territoire. Je ne suis pas la candidate d'une ville, mais de la nouvelle région. Et la nouvelle région, c'est porter une attention à tous les territoires, tous les citoyens. Dans les Pyrénées-Orientales, j'entends les craintes. Ils sont au bout de la région, comme les Hautes-Pyrénées d'ailleurs. Les lozériens ou les gardois peuvent dire la même chose. Les discours alarmistes que je peux entendre, ou tout est catastrophique, ne résolve rien. Quand on fait de la politique, on doit avoir un projet réaliste, des échéances, et on doit bâtir le collectif pour construire l'avenir. Si on est pas capable de faire cela, si on se lève le matin en se disant que c'était mieux hier, on baisse les bras. Ce n'est pas ma vision de la politique. Il faut se retrousser les manches et travailler tous ensemble. On est dans un contexte budgétaire qui est complexe. Cela signifie que tout euro dépensé doit être efficace. C'est la raison pour laquelle au chapitre des compétences en matière d'économie, il y aura des contractualisations avec la métropole, les réseaux consulaires, pour que chacun intervienne dans le domaine ou il est le plus efficace.

La lutte contre les déserts médicaux fait partie de vos engagements pour la ruralité. Vous évoquez notamment le développement de la télémédecine. Quel est votre plan ?

C'est un sujet que je connais bien pour avoir lancé les maisons de santé pluridisciplinaires en Midi-Pyrénées, qui regroupent des professionnels de santé. Il en existe actuellement 80 sur les 13 départements. Dans le programme, nous prévoyons d'en créer 100 de plus. La région finance l'investissement, mais Il faut qu'il y ait un projet médical pertinent porté par les professionnels de santé et les collectivités. Ce que nous avons également prévu, à titre expérimental, ce sont des centres de santé avec des médecins qui sont salariés. D'un point de vue purement juridique, c'est un peu à l'image des anciens dispensaires. Dans certains quartiers de grandes villes ou dans certains territoires ruraux en grande difficulté en matière de démographie médicale, nous n'arrivons pas en effet à implanter des médecins en libéral. Ces établissements seront reliés, grâce à la télémédecine, à des CHU pour de l'expertise, avec les maisons de retraite et les hôpitaux locaux que nous soutiendrons pour qu'ils puissent allier soin de qualité et de proximité. Il faut aussi faire connaitre nos territoires ruraux à nos étudiants en médecine, en particulier  de troisième cycle. C'est pourquoi la région continuera à mettre en place une aide au logement pour le stage de six mois dans des zones sous médicalisées. Quand on arrive à mieux faire connaître nos zones rurales ou de montagne, les jeunes s'y installent plus facilement. Le plus difficile, c'est d'enclencher la démarche. Après, ils se rendent compte qu'on arrive à mettre en place des emplois pour leurs conjoints, qu'il existe une qualité de vie, une offre culturelle ou sportive. Dans notre projet, nous prévoyons également l'implantation d'écoles de formation sanitaire et social dans les villes. C'est indispensable. Nous avons dans cette nouvelle région 50 000 habitants de plus par an, une population âgée de 25-35 ans qui est forte et une part des plus de 65 ans tout aussi forte. Cet allongement de l'espérance de vie nécessite des métiers sanitaires et sociaux. C'est pleinement de la compétence de la région, à l'image des écoles de formation des infirmières. Il faut éviter le phénomène de concentration dans les grandes villes. L'intérêt d'avoir des formations dans les villes, c'est de répondre à un besoin d'emploi, mais aussi permettre à des jeunes d'avoir accès à des formations bac+ 3. Le taux d'étudiants boursiers, selon que l'on est dans une métropole ou une petite ville, varie beaucoup. C'est en moyenne de 33 % sur Toulouse et Montpellier. Sur Tarbes ou Narbonne, le chiffre monte à plus de 50 %. La proximité de l'enseignement supérieur permet à des jeunes de milieu modeste d'accéder à des hautes études et de trouver un meilleur travail.  

La compétence du transport scolaire va revenir aux Régions, avec possibilités de la confier à d'autres collectivités. Comptez-vous déléguer leur organisation ? Comment comptez vous également régler le problème de l'harmonisation (gratuité, critères d'ouverture de ligne...) pour les habitants des 13 départements ?

Je n'étais pas favorable à ce que le transport scolaire soit délégué aux régions. Je l'ai dit clairement au Premier ministre. Le parlement en a décidé autrement, dont acte. Mais je pense que cette compétence, qui entrera en vigueur en 2017,  devrait rester au niveau des départements, car il s'agit d'un transport au porte-à-porte. C'est, en quelque sorte, de la dentelle. Autant j'étais favorable à ce que les transports soient délégués aux régions, avec la mise en œuvre d'un titre unique, l'indispensable concordance des différents modes de transport, autant je n'étais pas d'accord pour ce qui touche au scolaire. Du coup, on les confiera à des autorités locales, soit aux départements, à des syndicats mixtes ou des intercommunalités. Pour ce qui touche à  la tarification, nous allons travailler, pendant le mandat, sur l'harmonisation. Il faudra également nous pencher sur la mutualisation du transport scolaire qui permettrait notamment de faire baisser les coûts, qui dépendent aussi du mode choisi pour la gestion des transports. Dans l'Hérault par exemple, les bus ne transportent pas uniquement des scolaires mais assurent d'autres liaisons. En baissant les coûts, on peut maintenir des tarifs très attractifs. Dans les départements où la gratuité a été mise en œuvre, elle sera maintenue. Pour les deux prochaines années, rien ne va changer.

Nous avons dans les PO, le bus à 1 euro. Comptez-vous étendre le dispositif au reste de la Région ?

Comme le train à un euro, je trouve que ce sont des dispositifs intéressants et non, comme certains l'affirment, des mesures gadgets. Sur des déplacements occasionnels, cela permet de mettre plus d'utilisateurs sur certains créneaux plutôt vides. Donner la priorité à la mobilité entre nos territoires. Dans la mobilité, il y a les infrastructures mais aussi les tarifs. Sur le TER a un euro, actif sur réservation et sur certains horaires, cela peut correspondre au mode de déplacements de personnes qui n'ont pas d'obligations professionnelles. Ils ne correspondent pas aux déplacements quotidiens que sont le domicile-travail ou domicile études.   

Transport toujours. Le Comminges a un débouché sur l'Espagne, les Hautes-Pyrénées aussi, par le tunnel d'Aragnouet, mais ces accès ne sont pas dimensionnés à la fois pour délester la circulation et le transport aux deux extrémités de la chaîne et pour favoriser les échanges de marchandises avec l'Espagne. Etes-vous favorable à une traversée centrale et dans l'affirmative, où devrait-elle se situer selon vous ? 

Ce n'est pas d'actualité. Il faut d'abord que nous ayons une vision globale sur l'ensemble des transports. Les priorités, c'est d'abord la ligne à grande vitesse Toulouse-Bordeaux, mais aussi les trains du quotidien, un titre unique des transports. Il est beaucoup question de TGV, de LGV autour des deux métropoles, mais quid des trains intercités que le gouvernement envisage de supprimer dans le sillage du rapport Duron, notamment le Toulouse-Tarbes-Hendaye, indispensable pour la desserte de toutes les villes sur son axe. Je ne partage pas beaucoup des orientations du rapport Duron. Je trouve qu'il dénote une méconnaissance des réalités du terrain. Dans ce rapport, il est indiqué que la solution alternative, c'est le bus. On va inviter M. Duron au mois de février sur le plateau de Lannemezan. Sur la ligne Toulouse-Tarbes, la région a énormément investi et continue à le faire : 400 millions d'euros . C'est la ligne la plus fréquentée et elle doit continuer à proposer un haut niveau de service. Le préfet Philizot (missionné pour être l'interlocuteur ... au rapport DURON sur l'avenir des trains TET ( Trains d'Équilibre des Territoires NDLR) rédige un rapport qu'il doit rendre au printemps. Je ne manquerai pas de prendre très rapidement contact avec lui pour lui expliquer l'enjeu de cette liaison.  

Vous parlez de favoriser les circuits courts. Par quel moyens ? Avez-vous un plan pour l'agriculture bio ?

L'agriculture, c'est le premier employeur de la région qui, je le rappelle, est la première en France France pour l'agriculture bio. Le secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire emploie 165 000 personnes. Nous devons allier l'excellence et la proximité : l'excellence en valorisant tous nos produits, notamment ceux sous signes officiels de qualité. A cet égard, l'institut régional de la qualité alimentaire (Irqualim), qui n'existe actuellement qu'en Midi-Pyrénées, sera étendu à toute la future région. A travers la marque Sud de France, nous aurons une force commerciale à l'international. La marque Sud Ouest continuera cependant à exister.  

Avoir une action de vente et de promo forte à l'étranger. Cela nous permettra d'aider les agriculteurs à produire de façon durable, des produits identitaires de notre région. Nous allons continuer à soutenir cette filière parce que nous avons cette image de qualité et d'excellence.C'est favoriser l'utilisation de produits locaux, de qualité, dans la restauration collective qui dépend de la région. Là, on va amplifier le plan. Dans les marchés publics d'appel d'offres, on favorisera les produits locaux pour permettre à nos agriculteurs d'avoir un débouché et une éducation pour nos jeunes sur l'enjeu de la proximité et du bien manger.  

Les deux marques seront-elles maintenues ?

Il faut sortir du prisme jacobin. On veut souvent tout concentrer en un seul lieu, avec une seule marque, une seule capitale. Avec une nouvelle région qui a la taille d'un pays, il est tout a fait souhaitable qu'il existe les deux marques, d'autant qu'elles sont différentes : Sud de France est une marque ombrelle, qui n'est pas uniquement concentrée sur l'agroalimentaire, contrairement à la marque Sud Ouest . Sur l'agroalimentaire, il est intéressant de conserver les deux marques car les histoires liées à la qualité des produits sont différentes. Le foie gras ou le canard sont davantage des traditions gersoises, haut-pyrénéennes ou lotoises. En revanche, tout ce qui concerne l'huile d'olive ou autres dépend du Languedoc-Roussillon et de Sud de France, une marque qui est une réussite. J'étais d'ailleurs dans le bureau de Martin Malvy quand Georges Frêche a lancé cette marque. Les deux marques doivent allier la force commerciale à l'international avec des démarches qui structurent la qualité de nos produits.  

Quelle est votre position par rapport au dossier de Sivens ? 

Je pense à la mort d'un jeune homme, à ce drame. C'est la conséquence de l'incompréhension entre plusieurs partis. On doit s'en rappeler pour que cela ne se reproduise plus jamais. Sur la politique d'irrigation, on doit tout d'abord favoriser les cultures peu consommatrice d'eau, travailler sur une gestion économe de l'eau. Mais pour autant, les besoins en matière d'irrigation sont rééls. En Languedoc Roussillon, il existe le dispositif aquadomitia, une belle réussite  qui permet d'amener  de l'eau brute dans certains territoires. Sur d'autres territoires, il faudra qu'on travaille sur des retenues collinaires de petites tailles. Il ne faut pas être sur des positions dogmatiques, mais cela nécessite des discussions, des échanges concertés.  

Comment concilier les deux agricultures ?

On l'a déjà fait. Dans notre majorité, il y avait EELV. On a réussi à trouver des moyens. Dans mes listes, il y a des agriculteurs, des gens qui représentent le monde agricole. On sait qu'il nous faut produire de façon qualitative, de façon adapté aux réalités du terrain. Je n'ai dans mes listes aucun ayatola de la culture  intensive. Jean Louis Cazaubon, le président de la chambre régionale d'agriculture de Midi-Pyrénées, a fortement développé le bio, de nouvelles cultures. Nous avons la vision d'une agriculture de qualité, raisonnée et qui s'inscrive bien dans l'environnement. On veut soutenir ce secteur économique qui est essentiel.  

Gérard Onesta est loin d'être tendre avec vous. Que voulez vous lui dire ?

Le conseil que je donne à ces messieurs, je le redis, c'est maîtrisez vos nerfs. Quand on veut être président de région, il faut gardez son sang-froid. Dans ma pratique politique, je me suis toujours tenu droite. Je ne fais pas de petites phrases. Je travaille au fond, je rencontre les gens et je reste, comme mes colistiers, sur la construction de notre projet. Depuis des mois, nous parlons de la région, nous sommes à l'écoute de nos concitoyens, nous rencontrons les acteurs des territoires. Faire de la politique de façon renouvelée, c'est cela et pas les attaques personnelles. Quand certains parlent du renouveau en politique, il suffit d'observer combien il y a de têtes de liste occupées par femmes dans les autres listes.

Parmi les treize têtes de listes PS-PRG-MRC-GE, il y a sept femmes. Moi, Je fais ce que je dis, je dis ce que je fais. J'ai pour habitude de ne jamais critiquer mes partenaires de gauche. Nous devons travailler ensemble. Nous avons un bilan en commun et surtout, face au Front national, nous avons l'impérieuse nécessité de nous rassembler pour que la région reste à gauche. C'est aussi mon combat. Mon combat, ce n'est pas une histoire d'ego ou de rancœur personnelles. Mon combat, c'est que notre région, qui est à gauche depuis 1998 en Midi-Pyrénées et depuis 2004 en Languedoc-Roussillon; le reste. C'est un combat fondamental. Je ne céderai pas sur cet objectif, quelque soient les vents mauvais, les attaques. Ce qui m'occupe, c'est que cette région reste solidaire envers tous les territoires, entre les générations, qu'elle soit toujours aussi créative, Personne ne me détournera de cet objectif.  

Des alliances à prévoir ?

Je ne transiges jamais. En politique, Il faut savoir faire des concessions, jamais de compromissions, jamais de faiblesses par rapport à la droite et mener un combat total face aux idées de l'extrême droite. Dans un débat récent, je n'ai pas accepte ce qu'a dit M. Reynié sur la collusion que pouvaient avoir les socialistes et les radicaux sur l'abstentionnisme vis-à-vis du FN. Je suis rarement virulente dans mes propos mais la je ne l'ai pas accepté. En politique, on se tient droit.  On ne peut pas dire que les socialistes et les radicaux se contentent d'un score élevé du front national et d'un abstentionnisme fort. Les valeurs républicaines sont essentielles.

Vous avez été, au gouvernement, en charge notamment du commerce et de l'artisanat. Or, dans nos villes moyennes, les friches commerciales se multiplient, que faire pour revitaliser le commerce de centre ville ? Et s'agissant de l'artisanat, que peut faire la région pour aider plus fortement ce secteur d'activité si important dans le domaine de l'emploi notamment ?

Dans notre programme, on a travaillé sur ces sujets, notamment avec Sylvia Pinel, (ministre du Logement NDLR). On a prévu de continuer à aider les commerçants, à travers les opération de modernisation des commerces et de l'artisanat. cela passe par des aides directes à la rénovation des commerces, au soutien de l'animation des centres bourg. Au niveau national, ce que nous avons mis en place avec Sylvia Pinel, ce sont notamment des outils qui limitent l'expansion des zones commerciales en périphérie. La région doit aider à la réfection d'espaces publics afin de créer un cadre d'achat, soutenir le commerce dans les centre bourgs pour créer l'activité, mais aussi investir pour la rénovation des logements afin de limiter la vacance et limiter les tensions que l'on observe. C'est aussi une question de lien social. On voit trop aujourd'hui de centre ville qui se paupérisent. C'est un enjeu de reconquête républicaine. Il faut davantage densifier et moins étaler, limiter l'érosion foncière des terres agricoles, arrêter l'artificialisation des sols. Sur la région Languedoc-Roussillon, il y a un établissement public foncier régional. Je demanderai au gouvernement et à la ministre du Logement la possibilité d'étendre  l'établissement public foncier régional à l'ensemble de la région. C'est un outil qui nous permettra d'avoir une maîtrise foncière pour préserver les terres agricoles, favoriser l'installation de jeunes agriculteurs, mais aussi d'avoir une vision d'aménagement et de densification du logement.

Tout personnel confondu, la future Région comptera autour de 6500 agents. On dit que cette fusion coûtera au final 10 millions d'euros et s'étalera sur quatre ans tant les disparités sont nombreuses (couverture sociale, régime indemnitaire...) Où se trouve l'économie ?

Durant les deux ou trois premières années, il n'y aura pas d'économies ni d'ailleurs d'augmentation des dépenses. Durant la deuxième partie du mandat, là on pourra avoir des économies. Nous pourrons mutualiser les fonctions supports, mettre en commun des outils autour de la gestion des ressources humaines. On va arriver à avoir des économies d'échelle en s'appuyant sur une gestion plus rigoureuse.   Le candidat du FN a expliqué que vous étiez la ministre de la fermeture de nombreuses PME Le FN, ce sont les VRP du malheur . Ils ne prospèrent que sur la peur et le malheur. Indiquer que nous sommes dans un temps de crise économique et que j'en suis la responsable, je laisse Louis Aliot à sa démagogie. Comme ministre, j'ai allégé les charges des indépendants. J'ai travaillé à une meilleure reconnaissance de l'artisanat. Nous avons soutenu les indications géographiques pour valoriser et protéger les productions artisanales. Nous avons certes un taux de chômage élevé mais c'est parce que la création d'emploi régionalement ne suffit pas à absorber tout l'apport de nouvelles populations. La future région, je me rappelle, va accueillir 50 000 habitants par an. Mais nous sommes aussi la région de France qui crée le plus d'entreprises. Nous sommes la première en terme d'investissement, en matière de recherche. Nous avons un fort potentiel que nous allons continuer à développer. A l'extrême droite, on ne fait que critiquer, on est toujours dans la politique du non et du pire. Les bilans des villes gérées par le FN sont-ils positifs ? Non !  

D'où vous vient votre confiance ? Où vous puisez vos forces ? Avez-vous découvert des hommes, des femmes, des activités que vous ne connaissiez pas ? Lesquels ?

Ma force, elle me vient des gens que je rencontre tous les jours. Dans cette région, il y a des idées, des savoirs faire, des richesses. Je suis étonné par sa créativité. C'est ce qui me construit. Je veux pouvoir les défendre, prendre en main leur destin, réaliser leurs projets. J'ai mieux découvert le monde de la viticulture que je connaissais moins. J'ai été admirative de la démarche qualité mise en place sur le vin. J'ai été touchée quand j'ai rencontré des femmes dans des quartiers de la politique de la ville qui se battent pour que leurs enfants puissent avoir accès à l'éducation. J'ai été touchée aussi de voir ces mamans qui savent dépasser leur propre culture pour faire que leurs enfants soient pleinement citoyens. J'ai rencontré des apprentis qui parlent de leurs métiers avec passion.

La formation passe aussi par l'intelligence de la main. Ma force elle vient de tous ces gens qui font la richesse de nos territoire. Des noms circulent pour la nouvelle région. Occitanie, Languedoc, Midi... Notre sondage (+ de 200 000 personnes) a penché pour Occitanie. Mais c'est le Conseil d'Etat qui décidera au final. Imaginez-vous un seul instant que le nom de notre région (identité/marque) descende de Paris ? Le conseil d'Etat suivra l'avis présenté par l'assemblée délibérante. Il n'y aura pas d'ingérence dans le choix du nom. C'est un moment important pour que nos concitoyens se sentent intégrés et fassent corps avec la nouvelle région. Je serai la garante d'une consultation forte des acteurs de la région. Il faut un nom qui fédère qui ait une visibilité à l'international et surtout pas un acronyme.  

Qualifiez d'un adjectif vos concurrents.

Onesta ? Passionné

Saurel ? Maire de Montpellier

Aliot ? Dangereux

Reynié ? Parachuté

Centre Presse Aveyron
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?