Marcel Mézy, ce type un peu fou devenu «inventeur de génie»

  • Marcel Mézy au Cameroun, devant une plante traitée avec un engrais chimique (à g.), une autre (à dr.) avec du Bactériosol.
    Marcel Mézy au Cameroun, devant une plante traitée avec un engrais chimique (à g.), une autre (à dr.) avec du Bactériosol.
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Écologie. Pendant longtemps, ce fils de paysan a été raillé. Mais il a tenu tête et ses fertilisants naturels sont aujourd’hui reconnus et largement utilisés. Il est invité à témoigner à la Cop 21.

Marcel Mézy n’est pas rancunier. Il aurait pourtant de quoi nourrir quelques rancœurs. Lui préfère en sourire. Il y a trente ans de cela lorsqu’il lança son idée, il fut pris pour un fou. Un mec un brin dérangé qui voulait révolutionner le monde agricole avec ses étranges préparations, dont il se gardera bien de vous livrer tous les secrets. Il y a de cela quelques jours, il fut honoré, au titre du développement durable, dans le cadre du Trophée des Champions de la chambre de commerce et d’industrie. Cette semaine, il participe à Paris, à la Cop21, et on le considère désormais comme «un chercheur et un inventeur de génie». Il faut dire que les produits naturels qu’il fabrique pour abonder les fumiers et fertiliser les sols font recette auprès de milliers d’agriculteurs. Il a même été adopté dans plusieurs pays africains : au Sénégal, en Algérie, au Togo, au Maroc ou bien encore au Cameroun, où il passe un peu pour un «sorcier blanc», qui aide les plantes à pousser mieux et plus vite.

164 salariés, 10 000 utilisateurs et 25M€ de chiffre d’affaires

De toute évidence, ce petit-fils et fils de paysan, passionné de chevaux, avait l’âme écologique avant l’heure. Et un sens aïgu de l’observation. «Gamin, sous certains arbres, j’avais remarqué les transformations provoquées par des champignons, qui humidifiaient le sol», raconte-t-il. Marcel Mézy a mis son procédé au point (à base de semences de microorganismes) dès 1980. Quelques années, plus tard, il commence à travailler avec des agriculteurs, et à la suite d’un rapprochement avec Raymond Fabre, le Bactérosol est lancé sur le marché en 1990. La Sobac voit le jour en 1992. «Mon idée de départ était de semer de bons microorganismes, résume-t-il. Pendant des années, j’ai subi de nombreuses critiques disant que mon produit c’était de la foutaise, du vent.»

Pas de quoi déstabiliser l’Aveyronnais pour autant. L’homme n’a jamais douté. S’est accroché. Contre bien des marées. Dès 1999, Marcel Mézy a reçu le soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Aujourd’hui âgé de 74 ans, le père de la Sobac, qu’il codirige avec Raymond et Patrick Fabre, et son fils, Christophe Mézy, se dit un «homme comblé». Fort du succès rencontré par sa gamme de fertilisants naturels auprès de plusieurs milliers d’agriculteurs (il revendique 10 000 utilisateurs). Implantée à Lioujas, la Sobac emploie 120 salariés. Ils sont 34 à Mézagri, la société qui élabore les produits à Grioudas, et 10 à Futuragri, l’usine de conditionnement basée près de Tours.

Le tout, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 25 millions d’euros. Jusqu’à la fin de la semaine, Marcel Mézy participe donc à la Cop 21, sur le stand de l’Ademe. Ce mardi, il fera part de son expérience dans le cadre de l’initiative «4 pour 1000» un programme d’actions multi-acteurs, étatiques et non étatiques, pour une meilleure gestion du carbone des sols, afin de lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. «Nous avons réalisé des profils de sols à travers toute la France. Nous arrivons à fixer de 10 à 40 tonnes de carbone à l’hectare. C’est mieux qu’une forêt, explique le dynamique créateur de la Sobac. Nous arrivons aussi à améliorer des sols où il y a trop de salinité et l’un des gros avantages de nos produits, c’est qu’avec nos fertilisants, les plantes ont besoin de deux fois moins d’eau.»

Joël Born
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