Migrants: Suède, Finlande et Pays-Bas veulent expulser, nouvelles noyades en Mediterranée

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La Suède et la Finlande, aux prises avec des tensions croissantes liées à la crise migratoire, veulent renvoyer des dizaines de milliers de demandeurs d'asile déboutés, au moment où l'Europe dépassée cherche à atténuer la pression à ses frontières extérieures.

Les Pays-Bas, qui occupent pour le premier semestre la présidence tournante de l'Union européenne, envisagent eux de renvoyer en Turquie les migrants fraîchement arrivés en Grèce, en échange de l’accueil de 250.000 réfugiés installés en Turquie.

Des milliers de migrants continuent d'affluer malgré l'hiver en Méditerranée, fuyant notamment les conflits en Syrie ou en Irak au péril de leur vie: les corps de 24 migrants, dont 10 enfants, ont encore été repêchés jeudi matin par les autorités grecques au large de l'île de Samos en mer Égée, et six corps ont été découverts par la marine italienne à bord d'un canot pneumatique qui coulait au large des côtes libyennes.

Selon le ministre de l'Intérieur suédois Anders Ygeman, entre 60.000 à 80.000 demandeurs d'asile enregistrés l'an dernier seraient déboutés et expulsés, soit près d'un requérant sur deux. "Nous allons devoir utiliser plus d'avions charters", a-t-il souligné.

Puis c'est la Finlande qui a dit jeudi tabler sur l'expulsion de 20.000 des 32.000 demandeurs arrivés dans le pays l'an dernier, conformément au taux habituel de rejet qui se monte à 65%, selon la chef de cabinet du ministre de l'Intérieur, Païvi Nerg, interrogée par l'AFP.

Deux avions charters sont déjà réservés pour la reconduite de migrants irakiens au cours des prochains mois, selon Mme Nerg.

Les procédures sont conformes à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) qui interdit les expulsions collectives de migrants, sauf s'ils ont fait l'objet d'un examen individuel au préalable, font valoir les deux capitales nordiques.

- Laxisme en Suède -

"Nous devons nous occuper du mieux possible de ceux qui peuvent rester, mais ceux qui reçoivent une réponse négative doivent repartir", a justifié pour la Suède le chef du gouvernement Stefan Löfven, critiqué pour son laxisme après le meurtre lundi par un jeune de 15 ans d'une éducatrice qui travaillait seule dans un foyer pour mineurs.

Sur les quelque 58.800 dossiers traités l'an dernier par l'Office suédois des migrations, 55% ont été acceptés, moyenne sur laquelle se fonde le gouvernement. Mais les ambitions affichées se heurtent à une difficulté: plus de 40.000 déboutés ont disparu dans la nature entre 2010 et 2015.

Par ailleurs, si de nombreux Irakiens et Afghans sont expulsables vers leur premier pays d'entrée dans l'UE - souvent la Grèce et l'Italie - ce règlement n'est pas toujours facile à appliquer et Bruxelles cherche d'ailleurs à le réviser.

Depuis Paris, le Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, s'est également dit réservé sur l'annonce de Stockholm.

Les déboutés du droit d'asile doivent "être rapatriés, évidemment" mais "selon les procédures les plus correctes et les plus humaines, en respectant tout à fait leurs droits", a-t-il dit.

- Migrants contre réfugiés -

Aux Pays-Bas, le chef de file du parti travailliste (PvdA) Diederick Samsom a assuré au quotidien De Volkskrant qu'un projet à l'étude depuis décembre proposait de renvoyer les derniers migrants arrivés clandestinement en Grèce en échange de l'accueil de 250.000 réfugiés restés en Turquie.

Ce projet est examiné en collaboration avec des partis politiques dans 10 pays, dont l'Autriche, l'Allemagne et la Suède, selon M. Samsom. Il pourrait néanmoins être contraire à la Convention de Genève et aux politiques européennes, a assuré à l'AFP un porte-parole de la Commission européenne.

"Si quelqu'un entre sur le territoire de l'UE ou se présente à la frontière de l'un des pays membres et demande l'asile, nous ne leur refuserons jamais l'accès", a-t-il affirmé.

Amnesty International a critiqué l'idée. "Un plan d'accueil à grande échelle pour les réfugiés en Turquie est une bonne idée mais le rendre conditionnel au retour rapide de ceux traversant les frontières de manière illégale revient à faire du troc avec des vies humaines", a affirmé John Dalhuisen, le directeur de l'ONG pour l'Europe.

Plus d'un million de migrants, dont un nombre important de Syriens fuyant le conflit qui ravage leur pays, sont entrés en Europe en 2015, provoquant la plus grande crise migratoire sur le continent depuis la Seconde Guerre mondiale. 52.868 sont arrivés en janvier, dont 50.668 en Grèce, selon le HCR.

Source : AFP

Centre Presse Aveyron
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