Couteau Laguiole

Thiers espère rejoindre «l’équipe de France du couteau de Laguiole»

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Quid de l’indication géographique ? Alors que Laguiole a monté son propre syndicat, Thiers a créé son association en début d’année, Couteau Laguiole Aubrac Auvergne, qui réunit des couteliers des deux cités. Rendez-vous en terre thiernoise pour savoir ce qui s’y passe et s’y pense, surtout.

L’apaisement semble être revenu à Laguiole. Du moins tel est le maître mot du maire Vincent Alazard. Une quiétude toute relative après la tempête de début d’année dernière qui a vu l’émergence à Thiers de l’association Couteau Laguiole Aubrac Auvergne (Claa) militant pour une zone unique d’indication géographique protégée (IGP), avec dans ses rangs, des couteliers laguiolais.

«Si on veut de la transparence pour le consommateur, il faut le dire, on travaille tous avec Thiers», lâche un coutelier de Laguiole, membre du Claa. Un choix qui a évidemment généré des crispations avec le syndicat des fabricants aveyronnais du couteau laguiole militant, lui, pour une IGP propre à Laguiole.

«Cette guerre, ça fait rigoler»

À Thiers, le sujet prête à sourire. «Ce serait plutôt intelligent de faire une IGP pour deux. Cette guerre, ça fait rigoler car on se connaît tous entre couteliers laguiolais et thiernois. Ils amènent du travail, c’est fait, je ne demande pas d’où ça vient», dit Philippe Pironin qui, avec son frère Patrick, dirige l’entreprise «Sempl» spécialisée dans le polissage. Dans la coutellerie artisanale Fontenille-Pataud, Gilles Steinberg, par ailleurs trésorier du Claa, se plaît à rappeler l’histoire.

«Cela fait 150 ans que Thiers fait du couteau laguiole. Si le couteau n’a pas disparu c’est parce qu’il y avait Thiers. C’est un secret de polichinelle ! Mitres, tire-bouchons viennent de Thiers. Le damas est importé de Suède, comme le fait aussi la Forge de Laguiole car la Suède a 300 ans d’avance sur nous avec un acier inoxydable. Il y a la légende et les documents qui disent la vérité. La situation est surréaliste aujourd’hui», glisse-t-il.

Thiers est loin de vouloir la guerre mais au contraire, veut œuvrer main dans la main. «Il y a une synergie à trouver, les uns ont besoin des autres. On veut bien que la Forge de Laguiole soit première si elle veut, mais pas seule». Du travail pour tous en somme. Et d’ajouter : «On n’est pas dans l’agressivité mais dans la logique. Il faut rendre hommage à tout le monde».

Quelle légitimité?

Le but est donc d’arrêter la querelle stérile de clochers. Et la nouvelle tombée l’été dernier d’une demande formulée par écrit par la coutellerie David de Thiers d’adhérer à l’association Claa conforte cette idée. «On a été agréablement surpris». Car il est bon de rappeler que le propriétaire de cette coutellerie thiernoise n’est autre que Christian Valat, propriétaire également de la coutellerie Laguiole en Aubrac à Espalion.

Pour l’heure, seul le savon de Marseille a fait la demande auprès de l’Institut national de propriété intellectuelle (Inpi). Si à Thiers, on espère encore rassembler pour réaliser «l’équipe de France du laguiole» résume Ronan Verdier. Son frère Aubry s’est même déplacé l’été dernier à Laguiole pour la remise du concours des Meilleurs ouvriers de France (Mof) en coutellerie et invité le maire Vincent Alazard à Thiers.

«Ce qui devait arriver, arriva»

D’autant que le projet d’IGP à Laguiole semble avoir non seulement un caillou dans sa chaussure, mais aussi dans son jardin. À l’instar de Nicolas Julvé de la coutellerie D’Albrac et Michel Frayssou de Vent d’Aubrac qui ont fait le choix... de ne pas choisir.

Ce dernier s’est attaché les services des deux Mof que sont Jean-Michel Cayron et Jérôme Lamic lui octroyant un savoir-faire et une légitimité au-delà de toute IGP. Quant à Nicolas Julvé, qui a officié 15 ans à la Forge, il souhaite avoir la paix.

«On travaille avec Thiers comme tous les couteliers laguiolais mais je ne me sens pas obligé de faire une association commune. On a notre légitimité aujourd’hui». Et d’enfoncer la lame : «Ce qui devait arriver, arriva. La démarche de l’IGP laguiole a été mal menée dès le départ en oubliant Thiers. Une telle attitude était vouée à l’échec. Je suis convaincu que l’IGP ne pourra pas se faire, c’est un tel capharnaüm pour le monde politique».

L’IGP est-elle alors sur la sellette avant même sa création ?

«On est d’accord avec Laguiole sur le cahier des charges, la déontologie. Seuls nous différencient le zonage et le fait de proposer une voix par entreprise. On parle d’un label d’État. L’esprit de la loi est d’éclairer le consommateur et promouvoir le produit. Il y a déjà 15 ans que la fédération française de coutellerie (basée à Thiers, lire page suivante) met en garde sur l’origine de fabrication.

Faire une seule IGP laguiole est une contre vérité, une injustice profonde qui ferait des conflits néfastes pour tous». Alors 2016, année de la fraternité ou de la guerre (re) déclarée? «Nombreux sont les Thiernois à me demander de publier dans la presse les factures des Laguiolais à Thiers, pour l’heure, on n’en est pas là. Je serai déçu si tout le monde ne se rallie pas», espère tout en mettant en garde Aubry Verdier.

Et de conclure : «Le consommateur attend de n’être plus floué, or Laguiole ne peut faire ses couteaux sans Thiers. Il faut en permanence se justifier sur la traçabilité. Avec une IGP commune, cela ne sera plus le cas. On parle du couteau, c’est le bien commun». Une coutume dit qu’un couteau ne s’offre pas, même en cadeau, mais demande en échange, une pièce de monnaie. Reste à savoir, en toute transparence, qui en payera les pots cassés si l’IGP ne voit pas le jour. 

Olivier Courtil
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