Pêche : plongée dans la fabrique de truites de Lapanouse-de-Cernon

  • Philippe Cenni et Patrick Cayrel, les deux chevilles ouvrières de la pisciculture fédérale de Lapanouse-de-Cernon.
    Philippe Cenni et Patrick Cayrel, les deux chevilles ouvrières de la pisciculture fédérale de Lapanouse-de-Cernon. Fédération de pêche / Centre Presse
  • La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon.
    La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon. Fédération de pêche / Centre Presse
  • La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon.
    La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon. Fédération de pêche / Centre Presse
  • La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon.
    La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon. Fédération de pêche / Centre Presse
  • La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon.
    La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon. Fédération de pêche / Centre Presse
  • La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon.
    La pisciculture de Lapanouse-de-Cernon. Fédération de pêche / Centre Presse
Publié le , mis à jour

Sur ce site, propriété de la Fédération départementale de pêche de l’Aveyron, 35 tonnes de truites ont été produites pour la saison 2016. Ces salmonidés rejoindront des plans d’eau, et des secteurs de rivières très spécifiques, où la truite sauvage ne peut pas se reproduire.

Chaque année à La Mouline, le renouvellement du cheptel a lieu en automne. Lorsque commence la période de reproduction. À partir du mois d’octobre pour les truites arc-en-ciel, et un peu plus tard, en novembre et décembre pour les fario.

"Les femelles sont prêtes à pondre dès 3 ans. Nous “trions” chaque semaine les poissons, en effectuant une simple pression sur l’abdomen de la truite. Si des ovules apparaissent, comme c’est le cas ici, alors elles sont prêtes pour la salle de ponte", explique Philippe Cenni le responsable du site.

De la salle de ponte à la nurserie

Une fois à l’intérieur de la pièce, les femelles placées dans un seau sont endormies momentanément, pour être plus facilement manipulées. Puis séchées à l’aide d’un torchon, car il ne faut pas d’eau sur les ovules. Les pisciculteurs peuvent alors « striper » ou presser leur abdomen, d’où sont éjectés les ovules.

Maintenant au fond d’un grand récipient, les voilà recouverts par la laitance des mâles, non anesthésiés. La fécondation très brève dure seulement 2 minutes, mais afin d’être optimale, les « faiseurs de truites » mélangent ovules et spermatozoïdes, qu’ils laisseront reposer une vingtaine de minutes.

On a maintenant affaire à des œufs, oranges vifs, et non plus à des ovules. Après avoir remis les truites bien vivantes dans les bassins, les œufs (environ 400 000 en 2016) sont placés dans les incubateurs de la nurserie, qui jouxte la salle de ponte.

Des incubateurs sous haute surveillance

Chez les truites, la durée de l’incubation des œufs se calcule en degrés/jours. En sachant que ce cycle nécessite entre 380 et 460°/ jours, le calcul est simple. Dans une eau, par exemple, constamment à 10°, l’incubation sera terminée entre le 38e et le 46e jour. À la pisciculture de La Mouline, celle-ci dure environ 35 jours pour les œufs de fario, et une trentaine pour ceux des arc-en-ciel. Mais pour que ce cycle connaisse le maximum de réussite, les pisciculteurs veillent avant tout à bien oxygéner les œufs. L’apparition de champignons pourrait être catastrophique.

Alors, comme cela se passe en milieu naturel, où les salmonidés fraient sur des zones courantes (radiers), un léger courant a été recréé dans les incubateurs. Deuxième précaution, l’eau qui enveloppe les œufs est stérilisée, grâce aux rayons UV produits par les néons suspendus au-dessus des bassins. Cet écologique et astucieux procédé -utilisé dans certaines régions du globe pour rendre consommable l’eau -, évite en effet l’utilisation de produits chimiques pour réduire là encore les risques de maladies. Mais ce n’est pas tout.

"Chaque jour, ajoute Patrick Cayrel, il faut à l’aide d’une pipette, retirer des incubateurs, un par un, tous les œufs non fécondés, reconnaissables à leur couleur blanche. L’oxygénation doit être maximale. Ici, dans cet autre incubateur, vous voyez des œufs de couleur rouge. Cela signifie que l’incubation a eu lieu. Le rouge représente les vaisseaux sanguins, et les deux œillets les yeux. Cet embryon va bientôt éclore et sortir de sa coquille dont on enlève au quotidien les débris. On aperçoit nettement le sac vitellin, une sorte de poche qui nourrit l’embryon. Puis quand cette poche sera résorbée, l’embryon qui reposait au fond de la caisse commencera à nager: voici enfin l’alevin! C’est à partir de ce moment-là que nous les alimentons. On en compte environ 50000 pour 1000 litres d’eau. Chaque jour leurs salissures ou excréments sont enlevés des bassins."

Dernière ligne droite avant le grand plongeon

Les alevins de truites fario et arc-en-ciel, toujours séparés, resteront encore plusieurs semaines à la nurserie, respectivement 6 mois et 3 mois. Pesant à ce moment-là entre 4 et 7 grammes (environ 4 à 7 cm), ils rejoindront leur bassin extérieur spécifique. Au terme des 15 mois qui seront écoulés, les arc-en-ciel seront prêtes pour les livraisons. Et il faudra attendre 10 mois supplémentaires pour les fario.

Ces dernières seulement, bénéficient de bassins conçus avec un fond en terre et galets, ceci afin de favoriser la croissance des nageoires... Au départ de la pisciculture, toutes les truites pèsent au moins 200 g et mesurent minimum entre 23 et 25 cm."Le premier atout remarquable de cette pisciculture remise aux normes en 2014, insiste Philippe Cenni, est de disposer de sa propre source, pour alimenter directement les installations. Nous ne dépendons en aucune façon du Cernon. Son débit moyen est de 500 l/seconde, avec une eau qui coule en permanence à 11°. Les truites évoluent par conséquent dans de bonnes conditions. Autre point fort, les responsables de la fédération ont choisi de faire de l’élevage en semi-intensif. Concrètement on compte 75 fario ou 100 arc-en-ciel par m3. En intensif ce serait le double. De fait les poissons sont plus jolis et plus savoureux. Certains restaurants locaux nous ont d’ailleurs demandé s’ils pouvaient acheter des truites !".

Hélas pour eux, elles sont exclusivement destinées aux AAPPMA (Associations agréées de pêche et de protection des milieux aquatiques) et au lac des Picades. Les gourmets devront attendre un peu...

Centre Presse Aveyron
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