L'Aubrac en guerre contre les rats taupiers

  • Les éleveurs, ici à St-Urcize (Cantal) en pleine tempête de neige, ont attendu en vain le contrôleur, mais restent unis pour affronter le rat taupier appelé aussi campagnol terrestre.
    Les éleveurs, ici à St-Urcize (Cantal) en pleine tempête de neige, ont attendu en vain le contrôleur, mais restent unis pour affronter le rat taupier appelé aussi campagnol terrestre. Olivier Courtil / Olivier Courtil
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Le collectif de l’Aubrac se mobilise en se rattachant à d’autres mouvements similaires pour fonder le collectif «Rat le bol, vivre et travailler dans le Massif Central » qui couvre plusieurs régions dans le but d’interpeller les services de l’État.

Nouvelle opération jeudi dernier du collectif de l’Aubrac, cette fois, à St-Urcize, côté Cantal, pour interpeller sur l’invasion des rats taupiers - dit aussi campagnols terrestres - qui infectent les campagnes. «Le contrôleur doit passer, on ne va pas le bloquer mais lui proposer un “apérat”», dit avec humour Jean-Pierre Boissonnade, l’un des porte-parole du collectif de l’Aubrac. Mais la pointe d’humour s’arrête là. Les éleveurs ont beau multiplier les opérations de sensibilisation, rencontre à la clef en décembre dernier dans les locaux de la DDCSPP de Rodez, rien n’avance. Et le contrôleur n’est pas venu, symbole d’une communication rompue. Du moins en Aveyron et le Cantal car en Lozère la prise de conscience est effective. «On est arrivé à un stade où il faudrait traiter mais vue la pullulation du rongeur, la caisse à outils proposée depuis des années comme l’utilisation de la bromadiolone est inefficace et le renard ne suffit pas, ni l’hermine, ni le milan…», se désespère l’un des 60 éleveurs présents ce jour-là, bravant la neige, à St-Urcize. Le temps presse donc.

Force de proposition 

Des éleveurs venus des trois départements de l’Aubrac à cheval sur deux régions désormais pour annoncer, entre autres, leur adhésion au collectif «Rat le bol, vivre et travailler dans le Massif Central» pour disposer d’un cadre juridique et être entendus par les services de l’État. «On est une force de proposition mais on ne résistera pas longtemps», confie Noël Entraygues, autre porte-parole, côté Aveyron. Le fléau des rats taupiers est donc loin d’être maîtrisé. Plus grave, il met en péril des exploitations. D’où les deux commissions fondées par le collectif, à savoir l’indemnisation et la recherche. Concernant l’indemnisation, le fond de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE) existe mais le collectif se dit «sceptique». Et de conclure: «Les gens sont exaspérés. La première réunion sur cette problématique remonte au 26 octobre 1988 en présence du préfet de l’époque. Depuis, rien n’a changé. Nous demandons à travailler ensemble. Les agriculteurs l’ont fait, à travers ce collectif qui rassemble plusieurs régions, il faut que les administrations en fassent de même».Une réunion de l’ensemble des services régionaux de l’alimentation (SRAL) s’est tenue la semaine dernière à Paris où fut notamment évoqué le cas des rats taupiers. Ces services de l’État envisagent de venir se rendre compte de la situation sur le terrain, soit le 24 mars ou 25 mars, soit les 6 ou 8 ou 11 avril… Un début d’état d’urgence?

La caisse à outils inadaptée face à l'ampleur

Appelée ainsi par les Groupements de défense contre les organismes nuisibles (Gdons), les différentes instances et les éleveurs eux-mêmes, la «caisse à outils» actuelle ne répond plus à l’invasion de rats taupiers dont les pullulations cycliques sont de plus en plus récurrentes, sans parler de la taille du rongeur de plus en plus importante au fil des années. Cette caisse à outils comprend de la bromadiolone (un rodenticide sous forme d’appât sec à base de blé enrobé d’un anti-coagulant), du phosphure d’hydrogène (le PH3) et une charrue dite la sous-soleuse. Des mesures inefficaces face à l’ampleur de l’invasion des rats taupiers. À cela s’ajoute le manque de main-d’œuvre, un frein pour agir de façon préventive sur les parcelles infestées.

La Lozère s'engage, quid en Aveyron ?

Après différentes opérations et rencontres dont celles qui ont tourné court avec la Direction des services vétérinaires (DSV) «menaçant de faire venir les forces de l’ordre», le collectif a reçu un courrier témoignant d’une prise de conscience de la part du préfet de Lozère, Hervé Malherbe, suite à une réunion avec ses services début février. Ce dernier s’adresse au Directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées basé à Toulouse et décline trois mesures à prendre: Une augmentation des moyens alloués à la recherche sur cette problématique afin d’enrichir la boîte à outils des moyens de lutte. Une station de recherches pourrait être basée sur le site de Marcenat appartenant à l’INRA, dans la zone du Cézallier (Cantal). En second lieu, une coordination de la lutte au niveau régional: l’Aubrac se situant à cheval sur trois départements et deux régions, une coordination est nécessaire pour avoir une approche homogène dans la lutte. Enfin, un financement de la lutte collective: pour que la lutte soit efficace, il est impératif qu’elle soit mise en œuvre dès les tout premiers stades de la pullulation et de façon collective.

Olivier Courtil
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