Jean-Paul Barriac : « Gérer le club en bon père de famille »

  • À l’heure où ses protégés tenteront de faire un pas de plus vers les phases finales, en recevant Agde aujourd’hui (15 h 30), Jean-Paul Barriac pensera inlassablement à l’avenir du club, du Stade Rodez Aveyron.
    À l’heure où ses protégés tenteront de faire un pas de plus vers les phases finales, en recevant Agde aujourd’hui (15 h 30), Jean-Paul Barriac pensera inlassablement à l’avenir du club, du Stade Rodez Aveyron. Jean-Louis Bories / Jean-Louis Bories
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Fédérale 1. Alors que Rodez retrouve Paul-Lignon, aujourd’hui face à Agde (15h30), son président balaye l’actualité brûlante du club. Sportive certes mais surtout financière à dix jours de l’appel, après la rétrogradation administrative du club, devant la DNACG, mercredi 30 mars à Marcoussis. Entretien vérité.

Retrouver les terrains fait du bien en ces moments difficiles...

Oui car de ce côté-là, on a de réelles satisfactions. Après un début de saison compliqué, la mayonnaise a pris. Ce groupe de joueurs me plaît. Il ne lâche rien, s’entend bien, s’accroche...

En doutiez-vous avec les problèmes financiers qui ont secoué le club?

Non car dès qu’on a eu les problèmes, on a joué la transparence. On n’a rien caché aux joueurs. C’était nécessaire et en réponse, ils ont joué le jeu. D’ailleurs, j’ai l’impression que ces problèmes ont davantage soudé le groupe. Le repas qu’ils ont organisé pour récolter des fonds l’a prouvé. Je suis très content de voir autant de solidarité et d’osmose avec les entraîneurs car ce n’était pas forcément le cas ces dernières saisons...

Aujourd’hui, l’équipe est en mesure de jouer les phases finales. Est-ce l’objectif ?

Oui. On l’avait annoncé en début de saison et c’est toujours d’actualité. On a les moyens pour y parvenir. Si on ne fait pas de faux pas, on terminera 6e logiquement. Et si on se loupe, cela ne sera pas la fin du monde! Ces phases finales seront la cerise sur le gâteau. Espérons juste qu’il n’y ait pas trop de blessés dans l’équipe. Car on a un groupe restreint. C’était notre choix en début de campagne. Mieux vaut prendre des risques sportifs que financiers!

Un tour de phases finales, soit un match de plus à domicile, pourrait d’ailleurs faire du bien aux finances...

Non car la Fédération prend toutes les recettes! Donc, pour faire entrer de l’argent, il faut organiser des animations autour. Mais outre l’aspect financier, ces phases finales, je les veux surtout pour nos supporters et nos donateurs. On leur doit cela.

Les dons justement. Dépassent-ils vos espérances?

À ce jour, on a levé plus de 100000 de dons. En outre, on a plusieurs promesses mais j’attends d’avoir les chèques dans la poche (rires). Mais ce n’est pas encore suffisant. Je le répète mais il nous faut 250 000 euros.

D’où l’importance de l’aide des collectivités...

Effectivement. Pour la Mairie, l’aide de 50000 est acquise. Maintenant, concernant l’Agglo et le conseil départemental, à qui nous avons demandé la même aide, cela semble compromis...

Si d’aventure, cela se vérifait et que vous ne parveniez pas à récolter ces 250 000, qu’adviendrait-il ?

Ce sera très compliqué! Les 150000 sur le compte bloqué pour la DNACG, on les aura. Mais on a absolument besoin des 100000 de liquidité pour fonctionner jusqu’à la fin de la saison. Sans l’aide des collectivités, on sera malheureusement loin de cette somme. Il faudra donc trouver d’autres solutions.

Le vote de mardi soir au conseil de Rodez Agglo est donc crucial pour vous?

On a absolument besoin de cette aide! Maintenant, on ne peut pas interagir sur le vote des élus. Mais je ne vois pas comment ils ne pourraient pas suivre le formidable élan de la population par rapport aux dons. Il ne faut pas oublier que le club de rugby, comme celui du football ou autres, est une animation pour le territoire et participe à la cohésion sociale. Ce serait difficile de comprendre pourquoi les collectivités ne nous aideraient pas...

Malgré cela, êtes-vous confiant à 10 jours de votre passage devant la commission d’appel de la DNACG?

]Oui. Car je l’ai dit, les 150000 on les aura et le projet du club est basé sur la prudence. On a tout fait dans le sens des gendarmes financiers du rugby.

Et si l’appel n’aboutissait pas... L’avez-vous envisagé ?

Non! Quand je vois tous les efforts consentis et l’argent récupéré, c’est impensable. On a toujours été à l’écoute de la DNACG, on n’a jamais critiqué sa décision et on a tout fait pour leur apporter des garanties. Alors si notre appel n’aboutissait pas, c’est que quelqu’un ne voudrait pas de nous en Fédérale 1...

Récemment le club de Lille a déposé le bilan. Cela ne vous effraie-t-il pas sur la pérennité de Rodez en élite amateurs?

Comme je l’ai dit, notre projet est basé sur la prudence. C’est fini de mener le grand train! Il faut s’adapter et beaucoup de clubs ont eu des ambitions démesurées et s’essoufflent. J’espère surtout que la Fédération ne restera pas insensible à tout cela et changera le modèle de la Fédérale 1 sinon on va tout droit au mur!

Pour vivre à haut niveau, Rodez va-t-il devoir changer son modèle? L’idée de créer une structure professionnelle est-elle toujours d’actualité?

Beaucoup ne souhaitaient pas créer une structure professionnelle dans l’urgence. Alors, on s’est rangé derrière l’idée d’un compte bloqué grâce aux dons. C’est la décision du comité directeur. Donc, on verra plus tard pour créer une structure professionnelle... Mais si on devait arriver à cela, on y réfléchira longuement en prenant notre temps. En attendant, on jouera la prudence. Et si on doit jouer le milieu de tableau la saison prochaine, on le fera! Je ne veux plus prendre de risques financiers car j’ai désormais une responsabilité vis-à-vis des donateurs. Je ne veux pas me retrouver de nouveau le couteau sous la gorge dans deux ans.

Pour un président, traverser ce genre de crise n’est-il pas difficile à gérer?

C’est dur, surtout au début. Mais j’ai retrouvé le sourire. Tout n’est pas fini, je suis confiant et quand je vois tous les dons, cela me donne le sourire. Des sponsors, perdus ces dernières années, sont revenus au club, des gens m’interpellent dans la rue pour soutenir le club, certains donnent 10, d’autres 50... J’ai même reçu des dons de personnes qui ne sont jamais venus au stade mais qui me disent «ce serait dommage de ne plus avoir un gros club de rugby à Rodez». Ce qu’on vient de réaliser en si peu de temps, c’est exceptionnel! Et cette solidarité, je ne l’oublierai jamais. Désormais, on va gérer le club en bon père de famille et ne pas vivre au-dessus de nos moyens.

Propos recueillis par Mathieu Roualdés
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