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Nice: accusé de pressions, le ministre de l'Intérieur porte plainte contre une policière municipale

  • La policière municipale, Sandra Bertin donne une conférence de presse, le 24 juillet 2016 à Nice
    La policière municipale, Sandra Bertin donne une conférence de presse, le 24 juillet 2016 à Nice AFP - VALERY HACHE / AFP - VALERY HACHE
  • Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (c) à Nice avec le président de la région Paca Christian Estrosi à Nice dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016
    Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (c) à Nice avec le président de la région Paca Christian Estrosi à Nice dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016 AFP/Archives - BORIS HORVAT / AFP/Archives - BORIS HORVAT
  • Le camion conduit par Mohamed Lahouaiej Bouhlel est inspecté par la police sur la Promenade des Anglais à Nice, le 15 juillet 2016, au lendemain matin de l'attentat qui a fait 84 morts
    Le camion conduit par Mohamed Lahouaiej Bouhlel est inspecté par la police sur la Promenade des Anglais à Nice, le 15 juillet 2016, au lendemain matin de l'attentat qui a fait 84 morts AFP/Archives - BORIS HORVAT / AFP/Archives - BORIS HORVAT
  • Le procureur de Paris François Molins lors d'une conférence de presse le 21 juillet 2016 à Paris
    Le procureur de Paris François Molins lors d'une conférence de presse le 21 juillet 2016 à Paris AFP - FRANCOIS GUILLOT / AFP - FRANCOIS GUILLOT
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Accusé dimanche par une policière municipale d'avoir fait pression pour modifier son rapport sur le dispositif de sécurité du 14 juillet à Nice, le ministère de l'Intérieur contre-attaque: Bernard Cazeneuve a annoncé une plainte en diffamation et s'en prend à la droite niçoise.

"C'est une campagne de vilenies", "je rendrai coup pour coup", a lancé dimanche soir sur France 2 le ministre, aux prises, depuis l'attentat qui a fait 84 morts sur la Promenade des Anglais, avec une polémique de plus en plus acerbe sur les moyens policiers déployés le soir de la fête nationale.

Il a dénoncé les "mensonges" selon lui quasi-quotidiens de "gens à Nice qui, pour certains, exercent des responsabilités politiques", visant implicitement la droite niçoise de Christian Estrosi, ex-maire, actuel premier adjoint chargé de la sécurité et président Les Républicains de la région Paca.

La nouvelle accusation est venue de la cheffe du Centre de supervision urbain (CSU) de Nice, qui centralise la vidéosurveillance.

Au lendemain de l'attaque au camion, "le cabinet du ministre de l'Intérieur a envoyé un commissaire au CSU qui m'a mise en ligne avec la Place Beauvau", raconte Sandra Bertin dans Le Journal du dimanche. Selon elle, il lui a été demandé un compte-rendu du dispositif "et de bien préciser que l'on voyait aussi la police nationale sur deux points".

Cette personne a demandé "une version modifiable du rapport, pour +ne pas tout retaper+" et "on m'a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n'ai pas vues à l'écran", accuse Sandra Bertin, également responsable syndicale et cosignataire d'une lettre ouverte déplorant le manque de considération du gouvernement pour la police municipale.

Elle a maintenu ses accusations dimanche soir, son avocat affirmant même qu'elle allait faire un signalement au procureur pour faux en écriture publique.

- Riposte graduée -

Pour le député Les Républicains des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, il s'agit d'un "élément de plus" confirmant "l'impression que le ministère de l'Intérieur ne joue pas la transparence", tandis que le Front national y voit un "témoignage accablant" sur une "tentative de dissimulation de la vérité".

La riposte des autorités a été graduée.

Dans une déclaration à l'AFP, le procureur de Paris, François Molins, a affirmé que c'est sous sa "seule autorité et pour les besoins de l'enquête en cours que le 15 juillet, deux brigadiers chefs ont été envoyés au CSU de Nice". L'enquête "relève exclusivement de l'autorité judiciaire", a aussitôt confirmé le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas.

"Contrairement à ce que Mme Bertin affirme, ce n'est en aucun cas +le cabinet du ministre de l'Intérieur qui a envoyé un commissaire au CSU+ ou qui aurait eu des échanges avec elle", a donc conclu la Place Beauvau dans un communiqué. "En conséquence", Bernard Cazeneuve "porte plainte ce jour pour diffamation".

Le patron de la police nationale a même organisé, fait rare, une conférence de presse pour prendre la défense de Bernard Cazeneuve: pas plus que son cabinet, le ministre n'a eu "à intervenir dans le cadre de cette remontée classique" d'informations, a garanti Jean-Marc Falcone, menaçant de porter plainte à son tour.

"Les polémiques et manipulations qui portent atteinte à la police nationale, à ses dirigeants et à son ministre doivent cesser", a-t-il martelé.

"Nous rejetons les accusations scandaleuses du ministre d'instrumentalisation", a rétorqué Christian Estrosi, assurant avoir découvert dans la presse les propos de sa policière municipale.

Au cœur de ces échanges qui tournent à l'aigre: le dispositif policier prévu le soir de la fête nationale, quand 30.000 personnes ont assisté au feu d'artifice sur la Promenade des Anglais avant que Mohamed Lahouaiej Bouhlel ne fauche la foule avec son camion.

Bernard Cazeneuve a dû détailler ces derniers jours les moyens déployés après avoir été accusé d'avoir menti par Christian Estrosi, mais aussi par le quotidien de gauche Libération, qui a assuré jeudi qu'une seule voiture de police municipale barrait l'entrée de la zone piétonne sur la célèbre avenue de la Côte d'Azur.

Source : AFP

Centre Presse Aveyron
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