Site archéologique des Touriès : «Une chance extraordinaire»

  • Le site a été occupé pendant 400 ans environ, du VIII au IVe environ avant d'être abandonné.
    Le site a été occupé pendant 400 ans environ, du VIII au IVe environ avant d'être abandonné. PR / PR
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Dans un cadre exceptionnel, le site archéologique des Touriès est aujourd'hui une précieuse base de travail au niveau international,à propos du fonctionnement des sanctuaires guerriers de l’âge du fer.

Ce qui saute aux yeux lorsqu’on arrive sur le site des Touriès, c’est la beauté du paysage et son isolement. Le cirque naturel de Saint-Paul-des-Fonts, sur lequel repose le plateau du Larzac, offre un décor spectaculaire. Au pied de ce promontoire sur lequel se trouvent les Touriès, déambulent l’Annou et le Congonelet, deux ruisseaux se jetant dans la Sorgues.

À 360 degrés, le paysage est simplement magnifique. «C’est sans doute la raison pour laquelle ils ont installé un sanctuaire ici», lance Philippe Gruat, directeur des fouilles de ce site archéologique. Site qui, au fil des fouilles, a pris une dimension de plus en plus importante au sein de la communauté archéologique.

«Le site a été occupé pendant 400 ans environ, du VIII au IVe environ. Puis il a été abandonné. C’est un sanctuaire resté dans son jus. Il n’a pas donné suite à la création d’une agglomération comme c’est souvent le cas. C’est une chance extraordinaire. Nos recherches permettent de mieux comprendre petit à petit comment fonctionnait ce type de sanctuaire héroïque», explique Philippe Gruat.

Ce promontoire a ainsi été le théâtre de rites successifs, où la représentation symbolique d’un chef était érigée, puis abattue, avant que n’en soit érigée une autre. Et ainsi de suite. Au sol, des pierres dressées il y a plusieurs siècles sont toujours là. Ailleurs, les creusets dans lesquels les stèles reposaient sont bien visibles. Tout cela est aux bons soins de la vingtaine de personnes qui grattent minutieusement le sol.

Des banquets, «comme dans Astérix»

«C’est un sanctuaire héroïque guerrier, où se retrouvaient les plus importants, ceux avec le cardiofilax, le disque de métal. C’est rare», souffle Philippe Gruat. «Sur dix stèles possédant de telles représentations dans le grand sud, six sont issues des Touriès» rappelle l’archéologue, pour souligner encore et encore l’importance du site. Sur celui-ci, se dressait vraisemblablement une sorte de grand podium, dominant un paysage exceptionnel. Pour l’heure, ce sont une quarantaine de stèles qui ont été trouvées. Unique! Peut-être jetait-on sur les stèles des vases remplis de vins.

«Sur certaines d’entre elles ont été retrouvées des tâches de vins». On imagine ainsi, en ce lieu, de grands banquets à la gauloise, «comme dans Astérix» souffle un archéologue. «Il y a dix ans, aucune stèle de l’âge du fer n’avait été recensée en Aveyron. Aujourd’hui, nous avons un site majeur», sourit Philippe Gruat. La découverte, l’an passé, de la représentation d’une roue de char, ou, récemment, d’éléments importés comme de la céramique attique, confirme ce que pressentait l’archéologue quant à l’importance du site des Touriès.

«Au niveau international, on est désormais observé. Nous avons été classés d’intérêt majeur au niveau européen, mais ce n’est pas nous qui l’avons décidé», précise en outre Philippe Gruat. Les fouilles vont se poursuivre encore quelques années, grâce au financement du conseil départemental de l’Aveyron, avec l’aide de la Drac Midi-Pyrénées et de toute une équipe pluridisciplinaire.

Et dans le même temps, Philippe Gruat plaide pour une valorisation de celui-ci au travers de ses découvertes. En attendant, le musée de Montrozier met en lumière ces huit années de travaux qui, au sein d’une partie de la famille des archéologues, fait bien des envieux. Et il est certain que le site n’a pas dévoilé tous ses secrets. «Ce site des Touriès, c’est vraiment une chance», insiste Philippe Gruat, le regard balayant cet horizon qui, au fil des derniers siècles, n’a pour ainsi dire pas bougé.

Philippe Routhe
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