Organiser sa mort numérique

  • Les internautes peuvent désormais organiser par avance leur mort numérique.
    Les internautes peuvent désormais organiser par avance leur mort numérique. Getty Images HStocks / Getty Images HStocks
Publié le / Mis à jour le S'abonner
-- partages

La plupart des individus gèrent au quotidien une ribambelle de comptes personnels sur la Toile. Mais que se passe-t-il en cas de décès ?

Entre les réseaux sociaux, les plateformes de services en ligne, les sites d'e-commerce et les différentes boîtes mail, les internautes gèrent une kyrielle de données personnelles sur le web. Sauf qu'à défaut d'effacement programmé par la personne concernée, tous ses profils continuent d'exister sur la Toile et d'être référencés par les moteurs de recherche malgré son décès…

Une législation insuffisante

Puisque la vie virtuelle coexiste pleinement avec la vie réelle, il paraît logique de pouvoir organiser sa disparition en ligne de la même manière qu'on prépare sa fin sur Terre. C'est l'objectif de la « mort numérique ». Mais du principe à l'application, il y a un monde. Les droits d'accès, de modification et de suppression des données liées à des espaces en ligne sont en effet strictement personnels et par conséquent soumis au secret des correspondances, même après le décès. Faute de connaître déjà les identifiants et mots de passe du défunt, ses proches ne pouvaient donc jusqu'à présent pas les obtenir pour clôturer eux-mêmes ses comptes internet et encore moins pour y récupérer des données, documents et autres photos souvenirs. En vertu de la Loi informatique et libertés de 1978, le seul droit des héritiers se résume en effet à pouvoir exiger des responsables des sites internet qu'ils ferment les comptes en ligne. Pour cela, ils doivent produire le certificat de décès et justifier de leur identité.

À chacun sa solution

Face à un problème grandissant, certains géants du web ont souhaité aller plus loin dans la mort numérique. Google propose par exemple de réaliser une sorte de testament numérique pour programmer la suppression de ses comptes, la désignation de certains contacts et le partage automatique de ses données avec eux. Dans la même optique, Facebook permet à ses utilisateurs de choisir par avance de supprimer leur compte à leur mort ou de désigner un légataire chargé de le gérer. Après un décès, les proches peuvent également demander la transformation du profil du défunt en compte de commémoration mais sans pouvoir agir sur son contenu. De son côté, Outlook envoie un DVD contenant toutes les données du compte sur présentation du certificat de décès et du justificatif du lien de parenté avec le défunt. Bien moins arrangeantes, des sociétés comme Apple ou Amazon se contentent pour leur part de clôturer le compte sans aucune possibilité de récupérer les données. Musiques et e-books stockés en ligne sont donc perdus.

Une nouvelle loi

Afin d'homogénéiser toutes ces pratiques et de faciliter les démarches des familles endeuillées, le gouvernement a voulu créer un véritable droit à la mort numérique, à travers le projet de loi pour une République numérique dont l'examen final par le Sénat est prévu le 27 septembre. Ce texte donne aux internautes toutes les cartes en main pour agir en amont en imposant aux entreprises d'informer les utilisateurs du devenir de leurs informations en cas de décès. De plus, le projet permet à tout un chacun de formuler des directives concernant le devenir de ses données après son décès et leur éventuelle gestion par une personne désignée à l'avance. Le tout avec force contraignante pour les sites internet. Le régime de la mort numérique est en outre aligné sur celui de la mort civile. À défaut de directives spécifiques, les héritiers pourront donc recevoir « communication des biens numériques ou des données s'apparentant à des souvenirs de famille ». En clair : ils auront accès à toutes ses données en ligne.

Centre Presse Aveyron