Au large de la Libye, le rêve d'Europe tue encore

  • Une embarcation de migrants dérive au large de la Libye en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016
    Une embarcation de migrants dérive au large de la Libye en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016 AFP - ARIS MESSINIS / AFP - ARIS MESSINIS
  • Des migrants sur une embarcation de fortune au large de la Libye, le 4 octobre 2016.
    Des migrants sur une embarcation de fortune au large de la Libye, le 4 octobre 2016. AFP - ARIS MESSINIS / AFP - ARIS MESSINIS
  • Traversée mortelle de la Méditerranée
    Traversée mortelle de la Méditerranée AFP - John SAEKI, Gal ROMA / AFP - John SAEKI, Gal ROMA
  • Des migrants attendent d'être secourus par les membres de l'Astral, un navire de l'ONG espagnole ProActiva Open Arms, au large de la Libye, en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016.
    Des migrants attendent d'être secourus par les membres de l'Astral, un navire de l'ONG espagnole ProActiva Open Arms, au large de la Libye, en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016. AFP - ARIS MESSINIS / AFP - ARIS MESSINIS
  • Un homme attend d'être secouru par les membres de l'Astral, un navire de l'ONG espagnole ProActiva Open Arms, au large de la Libye, en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016.
    Un homme attend d'être secouru par les membres de l'Astral, un navire de l'ONG espagnole ProActiva Open Arms, au large de la Libye, en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016. AFP - ARIS MESSINIS / AFP - ARIS MESSINIS
  • Un enfant est hissé par des migrants qui attendent à bord d'une embarcation de fortune d'être secourus par l'ONG espagnole ProActiva Open Arms, au large de la Libye, en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016.
    Un enfant est hissé par des migrants qui attendent à bord d'une embarcation de fortune d'être secourus par l'ONG espagnole ProActiva Open Arms, au large de la Libye, en mer Méditerranée, le 4 octobre 2016. AFP - ARIS MESSINIS / AFP - ARIS MESSINIS
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Plus de 10.600 migrants secourus en 48 heures en Méditerranée mais encore des dizaines de morts: malgré la multiplication des navires de secours au plus près des côtes libyennes, le rêve d'Europe reste extrêmement dangereux.

Depuis le début de l'année, 3.500 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée, "déjà plus que toute l'année dernière", indique à l'AFP le patron de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), William Lacy Swing. "De toute évidence, nos politiques ne marchent pas comme il faut, sinon nous n'aurions pas autant de morts".

Pour les secouristes de l'ONG espagnole ProActiva Open Arms à bord de l'Astral, les opérations de mardi ont commencé peu après 5h du matin, quand des gardes-côtes libyens sont venus leur confier des migrants récupérés sur un canot en perdition, a raconté par téléphone à l'AFP Gerard Canals, chef de mission à bord.

Très vite sont apparus plusieurs canots et un bateau en bois chargés jusqu'à l'inimaginable. Des centaines et des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants en proie à une peur panique.

Mais l'Astral n'est qu'un voilier, son rôle est de repérer et sécuriser les embarcations avant de participer au transfert des migrants vers de plus gros bateaux de secours.

Or, ce mardi, la plupart de ces bateaux étaient déjà en route pour l'Italie afin d'y débarquer les plus de 6.000 migrants secourus lundi. Isolés, les secouristes espagnols n'ont pu que rassembler les bateaux et tenter de maintenir le calme.

- "200 personnes à l'eau" -

"Tout à coup, un court-circuit a provoqué de la fumée et un mouvement de panique dans le bateau en bois qui transportait un millier de migrants. Très rapidement, nous nous sommes retrouvés avec 200 personnes à l'eau et le bateau qui tanguait", a raconté Gerard Canals, chef de mission de Proactiva Open Arms.

Les images d'Aris Messinis, photographe de l'AFP, témoignent de ces heures de détresse: des migrants aux yeux fiévreux sautent à l'eau pour tenter de rejoindre des canots de survie largués par un avion militaire, d'autres s'accrochent comme ils peuvent aux bouées mises à l'eau par l'Astral.

Un bébé tombé à l'eau est hissé à bord, un petit garçon est porté au-dessus de la foule pour échapper à la bousculade.

Pour les secouristes de l'Astral, la tension est extrême. "Si le bateau avait chaviré, nous n'avions les moyens de sauver que 200 personnes, les autres se noyaient", a expliqué M. Canals.

A partir de la mi-journée, des navires militaires et humanitaires arrivent pour entamer la lente évacuation des migrants, qui s'achèvera après minuit.

Dans la soute du bateau en bois, deux hommes et une femme ont été étouffés. Et sur l'un des canots, les secours découvrent l'horreur: 29 personnes -- 19 femmes et 10 hommes -- gisent sans vie.

"Nous n'avons pas vu ce qui s'est passé, c'était la panique, ceux qui perdaient connaissance tombaient à terre et se retrouvaient piétinés", a expliqué M. Canals. Mercredi après-midi, les corps étaient entreposés sur un canot de survie tiré par l'Astral, en attendant qu'un navire des gardes-côtes italiens vienne les prendre en charge.

- Quatre naissances -

Lundi déjà, au moins 20 migrants avaient trouvé la mort en mer, malgré le vaste dispositif de secours au large de la Libye: marine et gardes-côtes italiens, opération navale européenne Sophia, opération européenne de contrôle des frontières Triton, navires humanitaires privés...

Pour les migrants, la noyade n'est pas le seul danger: beaucoup, déjà affaiblis par leur périple et par des conditions effroyables en Libye, succombent par asphyxie, souvent par les émanations de carburant, brûlures dues au mélange de carburant et d'eau de mer, hypothermie ou déshydratation.

Cette année, les risques sont accrus par l'accentuation du phénomène de départs par vagues: les gardes-côtes se retrouvent à coordonner jusqu'à plus de 30 opérations de secours en une journée, alors qu'ils n'avaient jamais franchi ce seuil auparavant.

Autre phénomène de plus en plus fréquent: par peur d'accoucher en Libye, les femmes enceintes embarquent même lorsque leur grossesse arrive à terme. Trois bébés sont nés ces dernières heures sur le navire Dattilo des gardes-côtes, ainsi qu'une petite fille sur le bateau Argos de Médecins sans Frontières.

Pour l'Italie, les opérations de ces derniers jours vont porter à plus de 142.000 les arrivées depuis le début de l'année. Et peser encore un peu plus sur un réseau de structures d'accueil qui héberge déjà 160.000 demandeurs d'asile, contre 103.000 fin 2015.

Source : AFP

Centre Presse Aveyron
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