Gambie: la Mauritanie en médiateur, l'armée nigériane se prépare

  • Des touristes chargent leurs bagages dans un bus pour quitter la Gambie sous état d'urgence, le 18 janvier 2017 à Banjul
    Des touristes chargent leurs bagages dans un bus pour quitter la Gambie sous état d'urgence, le 18 janvier 2017 à Banjul AFP - STRINGER
  • Le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, le 20 octobre 2016 à Nouakchott
    Le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, le 20 octobre 2016 à Nouakchott AFP/Archives - -
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  • Le président-élu de Gambie Adama Barrow (c), le 13 décembre 2016 à Banjul
    Le président-élu de Gambie Adama Barrow (c), le 13 décembre 2016 à Banjul AFP/Archives - SEYLLOU
  • Des touristes se prépare à quitter leur hôtel et la Gambie sous état d'urgence, le 18 janvier 2017 à Banjul
    Des touristes se prépare à quitter leur hôtel et la Gambie sous état d'urgence, le 18 janvier 2017 à Banjul AFP - STRINGER
  • Le président sortant de Gambie Yahya Jammeh (c), le 1er décembre 2016 à Banjul
    Le président sortant de Gambie Yahya Jammeh (c), le 1er décembre 2016 à Banjul AFP/Archives - MARCO LONGARI
Publié le , mis à jour

Des habitants et touristes en Gambie quittaient mercredi en nombre ce pays, où la crise née de la contestation de la défaite électorale du président sortant Yahya Jammeh face à Adama Barrow menace de dégénérer, en dépit d'une nouvelle tentative de médiation par la Mauritanie.

Dans le même temps, le Nigeria, poids lourd régional et continental, se préparait dans l'éventualité d'une intervention militaire, que n'exclut pas en dernier ressort la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui presse depuis des semaines M. Jammeh de céder le fauteuil à M. Barrow.

L'armée de l'air nigériane a annoncé mercredi dans un communiqué l'envoi d'"un contingent de 200 hommes, ainsi qu'une flotte d'aviation comprenant un avion de combat, des cargos, un hélicoptère et un avion de surveillance et de reconnaissance à Dakar" en vue d'une opération en Gambie.

Les efforts pour éviter des troubles ont enregistré l'arrivée d'un nouveau médiateur: le chef de l'Etat mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a pris l'avion mercredi après-midi pour la capitale gambienne Banjul. "Une initiative mauritanienne" visant "une solution de la crise en Gambie", a indiqué à l'AFP une source officielle à Nouakchott, sans plus de détails.

A New York, le Sénégal a présenté mercredi au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution pour soutenir les efforts de la Cédéao sur le dossier gambien, selon des diplomates. Dakar demande à l'ONU de soutenir "toutes les mesures nécessaires" pour la passation de pouvoirs, selon le texte consulté par l'AFP.

Les prochaines heures sont cruciales pour la Gambie, petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest plongé dans une grave crise depuis que M. Jammeh a annoncé le 9 décembre qu'il ne reconnaissait plus les résultats de la présidentielle du 1er décembre. Une semaine auparavant, il avait pourtant félicité M. Barrow pour sa victoire.

Yahya Jammeh, qui dirige ce pays pauvre d'une main de fer depuis 22 ans, affirme vouloir rester en place tant que la justice n'aura pas statué sur ses recours électoraux, malgré les pressions internationales.

A Banjul, au fil des heures, le camp des partisans de M. Jammeh enregistre de nouvelles défections: la vice-présidente Isatou Njie Saidy a démissionné mercredi, le ministre de la Santé Omar Sey la veille, selon leurs proches. Avant eux, plusieurs ministres avaient quitté leurs fonctions, dont ceux des Affaires étrangères, des Finances, de l'Information.

Adama Barrow, accueilli le 15 janvier au Sénégal dans l'attente de son investiture, à la demande de la Cédéao, n'est plus apparu en public depuis, mais son entourage soutient qu'il prêtera serment jeudi en Gambie comme prévu, sans expliquer dans quelles conditions.

Dans un message sur son compte Facebook, un de ses conseillers, Mai Fatty, a jugé "illégale" la proclamation de l'état d'urgence mardi par M. Jammeh.

Banjul avait mercredi des allures de ville en sommeil : circulation réduite, des boutiques étaient fermées et des denrées commençaient à manquer dans plusieurs quartiers, selon un journaliste de l'AFP et des témoins.

- Lendemain incertain -

Par ailleurs, tous les malades, à l'exception des cas les plus graves, admis à l'hôpital Edward Francis Small, le plus grand du pays, ont commencé à être transférés vers d'autres établissements en raison de sa proximité avec le palais présidentiel, a indiqué à l'AFP un membre de son personnel.

A Old Jeshwang (banlieue), majoritairement peuplé de pêcheurs, les prises se sont raréfiées en raison du départ en exil de nombre d'habitants, selon des témoignages. Le poisson, le pain et les recharges de crédit téléphonique commencent à manquer, leurs vendeurs ayant fui la Gambie.

Une vague de départs était aussi enregistrée parmi les touristes, en majorité des Britanniques et des Néerlandais attirés par les plages de sable fin de ce pays. Mercredi à la mi-journée, les plages étaient désertées, abandonnées à des employés désoeuvrés et à des chèvres.

Des groupes de touristes étaient évacués de leurs hôtels par bus lors d'opérations organisées par le voyagiste britannique Thomas Cook, qui a décidé de rapatrier un millier de Britanniques et a proposé à 2.500 autres clients en Gambie un retour anticipé. Le géant du tourisme TUI a annoncé l'évacuation d'environ 800 clients.

Nathan Souch, un Britannique de 44 ans, quitte Banjul quatre jours plus tôt que prévu. "On ne sait pas ce qui se passera ici" jeudi, a-t-il dit.

Le climat s'est encore alourdi lorsque M. Jammeh a décrété mardi l'état d'urgence pour 90 jours, avec l'approbation de l'Assemblée nationale.

Malgré cette décision, un membre de la coalition soutenant M. Barrow, James Gomez, a assuré qu'une "grande célébration" aura lieu pour sa prestation de serment jeudi, mais en un lieu dont le choix "est entre les mains de la Cédéao".

"Si Jammeh ne démissionne pas à minuit" mercredi, "il sera déclaré hors-la-loi, chef rebelle, et sera traité en conséquence", a prévenu M. Fatty dans son message mardi soir.

Source : AFP

Centre Presse Aveyron
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