Radicalisme dans le sport : « Impossible que l’Aveyron soit épargné »

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    Radicalisme dans le sport : « Impossible que l’Aveyron soit épargné »
Publié le , mis à jour

Mercredi, Médéric Chapiteaux, spécialiste du phénomène de radicalisation dans le sport qu’il étudie dans le cadre d’une thèse, était l’invité du Comité départemental olympique et sportif lors d’une conférence-débat organisée en partenariat avec les services de l’état et l’Institut national universitaire Champollion à Rodez. Son discours est « alarmiste » mais il l’assume. Les faits doivent être observés de près. Entretien.

Le phénomène de la radicalisation dans le sport est-il émergent ?

Médéric Chapiteaux : Au sens strict du terme non. Mais dans le sport, la prise de conscience est nouvelle, balbutiante. Or le sport est impacté. Comme tout le monde. Sauf que l’on n’a pas voulu le voir. La première définition de ce phénomène est apparue après les attentats du 11 septembre 2001, à New-York.

Quelles peuvent être les différentes formes ?

Les gens font beaucoup l’amalgame entre Islam et radicalisation. Or, dans le sport, on rencontre toutes les formes : d’extrême droite ou religieuse, même s’il faut nuancer car, pour moi, cette radicalisation relève surtout de l’idéologie. Sur le territoire français, les radicalisations idéologiques et religieuses sont les plus marquées. Sur les 10 attentats majeurs perpétrés en France depuis 2013, ou même 2012 avec Mohamed Merah, tous les auteurs affichent un même marqueur : le sport. C’est pour cette raison qu’il faut l’étudier, ce que je fais. Tout en gardant à l’esprit que l’amalgame est le plus gros danger.

Vous avez établi un lien entre les sports de combat et le terrorisme. Comment l’expliquez-vous ?

En 2011 déjà, le Conseil de l’Europe identifiait trois sports vecteurs de radicalisation : futsal, sports de combat et musculation. Étant moi-même spécialiste des sports de combat (de 2008 à 2014, Médéric Chapitaux a notamment occupé les fonctions de directeur technique national de la Fédération française de kick-boxing et muay-thaï, NDLR), je me suis penché sur cette problématique. Car lorsqu’on consulte les profils des auteurs d’attentats, ce marqueur revient souvent. Bataclan, Hyper Casher, etc., vous le retrouvez.

Que faut-il en déduire ?

En premier lieu, aucune conclusion hâtive. Mais ces sports de combat sont présents dans le parcours des terroristes. Davantage que la prison ou la délinquance. Sauf que ce marqueur n’a jamais été étudié. Il ne s’agit surtout pas de dire que tous les pratiquants sont des terroristes. En revanche, il faut se poser la question suivante : les terroristes, eux, n’ont-ils pas identifié les sports de combat comme utiles ?

Un des problèmes régulièrement constaté est que la frontière est particulièrement ténue entre communautarisme et radicalisation. Au risque de prendre l’un pour l’autre ?

Pour moi, il n’y a pas de difficulté. Le sport est communautaire par essence. Par exemple, quelqu’un qui défend les couleurs de Rodez ou des Portugais de Dole. Ce n’est pas un problème. Ce qui l’est, en revanche, c’est lorsqu’un club se structure autour d’une idéologie dure. Comme récemment avec la création d’un club d’extrême droite dans la région lyonnaise. Là, les valeurs du sport sont dévoyées. Qu’il faille être musulman ou d’extrême droite pour entrer dans un club, c’est une forme de violence. Et c’est à cela qu’il faut être vigilant. Tout le problème est dans la détection et l’identification de ces phénomènes de groupe. Sauf que l’on a déjà du mal à identifier des cas individuels...

En Aveyron, naïvement, on pourrait se sentir épargné...

Allez en Haute-Saône ou dans le Doubs et vous verrez que ce phénomène n’est pas lié aux grandes villes. Il s’est répandu. Il est donc quasiment impossible que l’Aveyron soit épargné. À moins que ce soit une exception et donc un cas d’étude. Toute la difficulté est de se pencher sur la question sans être taxé de discrimination. C’est très compliqué car on n’a rien vu ou voulu voir. Mais maintenant, il faut arrêter de se cacher car on est touché.

Dans un article intitulé « Radicalisation : attention danger ? » paru dans France football, le 7 février, vous évoquiez l’idée d’une « agence de sécurité » pour juguler la chose.

Ce n’est pas exclusivement pour la radicalisation. C’est pour le sport tout court car il est attaqué de toute part : blanchiment, trafic de produits dopants, de billetterie, etc. Le problème est qu’il est très fermé. Pour le comprendre, il faut des codes. Donc si l’on forme des gens, les fédérations bénéficieront d’un vrai levier. Je prends un exemple. Pour les produits dopants, il existe une agence de contrôle (AFLD) ; pour les jeux en ligne aussi (Argel). Réunissez tout et vous obtenez un vrai moyen de réguler.

Problème, à vous lire lorsque vous évoquez la radicalisation (« les fédérations doivent finir par admettre cet aspect du problème »), il existerait un déni...

Totalement ! Mais c’est par peur de stigmatisation car, tout de suite, le raccourci peut être fait entre radicalisation et islamisme. Sauf que le sujet n’est pas là. La problématique est sociétale. Il faut la traiter. C’est un peu comme le dopage il y a 20 ans. Il ne fallait pas en parler puis au fur et à mesure, même si tout n’est pas réglé, une agence a été créée et des contrôles mis en place.

Aujourd’hui, je suis néanmoins fortement sollicité par des Fédérations. En Ile-de-France, par exemple, on est déjà passé de la sensibilisation à la formation de cadres. Au-delà des clivages politiques.

Une des causes de cette montée des extrémismes dans le sport peut-elle être aussi l’appauvrissement du bénévolat ?

Il y a un lien. Sauf que le problème n’est pas seulement lié à un manque de moyens humains ou financiers. C’est une question de respect des valeurs du sport, de laïcité. Les dirigeants ne doivent pas tolérer un seul écart. Or, depuis 1998 et la victoire des Bleus à la Coupe du monde de football, on est sur le « vivre ensemble ». Sauf que le « Black-Blanc-Beur » est une supercherie. L’équipe de France de Kopa, fils d’immigrés polonais, ou celle de Platini, Tigana et Fernandez l’était aussi d’une manière. Pour moi, c’est un coup de « com’ ». Mais on est resté dessus. Et les gens n’ont pas voulu voir les différences qui s’installaient.

Sauf qu’aujourd’hui, par exemple, des licenciés jouent avec des « leggings » (pantalons) sous 30°C. Et pas pour des raisons esthétiques. Mais on a laissé faire. Alors que ce n’est pas dans les règlements. La religiosité s’immisce dans le sport. Et on a cessé de faire respecter les règles.

Centre Presse / Maxime Raynaud
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