MUSÉE SOULAGES À RODEZ

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Dédié à la création contemporaine et écrin des deux donations consenties par Colette et Pierre Soulages à l’agglomération de Rodez,le musée Soulages a accueilli plus de 500 000 visiteurs en moins de trois ans. 

Il est aujourd’hui parmi les musées de province les plus visités en France et a permis de faire de Rodez une destination touristique à part entière. Une réussite qui déjoue tous les pronostics, y compris les plus optimistes. A découvrir au fil de huit épisodes, chaque premier samedi du mois.

Il y a quelques semaines, les trois architectes catalans de RCR Arquitectes se sont vus décerner le prix Pritzker d'architecture 2017, plus haute distinction au monde pour cette profession. La fondation Hyatt a ainsi souhaité valoriser cette idée que partagent de manière indissociable Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramón Vilalta : intégrer les bâtiments qu’ils dessinent à l’environnement, à l’histoire locale.

Une idée parfaitement traduite à Rodez où les trois architectes signent la réalisation du musée Soulages, bâtiment bardé d’acier corten dont le dialogue harmonieux avec le grès rose de la cathédrale contribue de manière indissociable au succès du musée.

Même si les architectes catalans s'affairent désormais sur le projet de l'Ile Seguin, à Boulogne- Billancourt, ils n'en délaissent pas pour autant leur région natale d'Olot où ils ont créé leur cabinet d'architectes. C'est de la Catalogne que Carme Pigem se remémore le pari aveyronnais.


Que signifie pour vous ce prix ?

C'est bien sûr une consécration pour toute notre carrière. Ce prix récompense notre principe, celui qui est commun à l’ensemble de nos réalisations, à savoir : placer les bâtiments en relation étroite et forte avec leurs sites. Le musée Soulages l'illustre. Il est volontairement assez bas, ce qui permet, côté nord (boulevard), de pouvoir apercevoir les monts d’Aubrac. Et le passage entre la partie foirail et la vieille ville est conservé. Intégrer des bâtiments nouveaux, modernes, aux paysages est une caractéristique de notre travail.

Pourquoi avoir fait le choix de l'acier Corten ?

Nous avions déjà travaillé avec l'acier Corten dans notre région. Pour nous, c'est un matériau qui se travaille bien et se marie très bien avec la nature, les couleurs, les arbres, la terre. A Rodez, il est en parfaite harmonie avec la cathédrale. Il s'agit d'un matériau noble qui révèle une texture, et sa couleur n'est pas uniforme. Ce matériau s'avère plein de richesse.

Comment avez-vous conçu le musée, sachant qu'il fallait tenir compte des oeuvres qu'il abriterait ?

Quand on pense à un bâtiment, il doit garantir une relation forte avec son contenu. A Rodez, le musée est né de l'initiative du maire de l'époque qui souhaitait présenter les études des vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques. Nous avons ainsi voulu rappeler cet espace de l'abbaye dans la salle la plus haute et étroite du musée, là où sont installés ces cartons d’étude. Et de l'extérieur, cette pièce est la plus visible car le musée est né de ces études sur les vitraux. Dans ce musée, il fallait également montrer tous les travaux de Pierre Soulages, toutes ses techniques, tout son parcours artistique. Nous l'avons donc conçu comme une promenade, chaque volume contient des oeuvres selon une technique. La partie la plus basse rassemble des eaux fortes, des planches comme des bijoux dans des vitrines. Chaque volume permet de porter un regard différent sur les oeuvres grâce au parcours promenade. A la fin, le parcours ouvre sur une grande pièce dédiée aux expositions temporaires. Cela permet aux visiteurs de connaître d'autres artistes avec des expositions qui se renouvellent.

Des premières esquisses du musée à sa conception finale, beaucoup de choses ont-elles été modifiées ?

Quand on regarde le dessin du concours, il n'y a pas eu beaucoup de changements. Pierre Soulages souhaitait un musée dans un jardin, sans casser le jardin. Nous avons fait le choix de placer le bâtiment sur un côté, ainsi il participe au jardin mais ne le coupe pas du tout.

Comment se traduit la mise en relation du site avec les deux quartiers de la ville, le quartier moderne de Bourran et la cité historique?

Quand on vient de Bourran, on voit les volumes puissants qui dialoguent avec la cathédrale, en fond. Il s'agissait aussi d'établir des relations urbaines avec l’édifice religieux et les quartiers de la ville. Des voies de communication ont été installées autour du musée dans ce but, notamment

quand on rentre dans le parc. Le musée appartient à son site, il figure au milieu de cette problématique. Les gens devaient s'approprier cet espace, ce musée. Grâce aux voies de communication, ils peuvent entrer dans le jardin sans forcément aller au musée, le contourner, passer devant...

Profitez vous de la notoriété du musée Soulages ?

Oui, en France, ce musée est très connu, en Catalogne également. Et si nous annonçons que nous en sommes les architectes, beaucoup nous disent que ce bâtiment plaît bien.

Y-a-t-il des éléments du site ruthénois que vous allez reprendre dans vos projets futurs ?

Non, on ne peut pas dire ça, pas directement, mais on apprend toujours au cours des processus pour un autre projet. Chaque endroit est différent, son architecture se veut particulière.

Christian Teyssèdre
Maire de Rodez
Président de Rodez agglomération

 

Christian Teyssèdre, maire de Rodez depuis 2008, a toujours pris le contrepied de la plupart des élus mais également de l'opinion publique, majoritairement opposés au projet de musée. Et ce, contre vents et marées, tant du point de vue financier que dans l'aménagement et la requalification urbaine du quartier du foirail.

Nous sommes entrés dans la cour des grands musées », s'enthousiasme Christian Teyssèdre. « Partout dans le milieu culturel, Rodez est connue. Notre travail au sein de l’agglomération, maintenant, c'est de faire davantage connaître ce musée au grand public. Et je souhaite, dans les années qui viennent, non seulement accueillir des expositions temporaires de grande qualité mais aussi, et surtout, développer des partenariats avec d'autres musées et territoires, notamment à l'international avec le Japon, la Russie, l'Amérique du Nord où Soulages est extrêmement apprécié. Nous avons entre nos mains un outil de développement économique, touristique, culturel, qui doit permettre dans quelques années de rayonner encore davantage au bénéfice de notre territoire ».

Et pour l’élu, la reconnaissance de la qualité architecturale du musée, la distinction « amplement méritée » récemment reçue par les architectes catalans, participe largement de ce succès. « Ce prix est une chance inespérée pour Rodez et le musée ». En 2007, Christian Teyssèdre participait au jury qui eut à choisir d’abord trois finalistes (Kengo Kuma, Paul Andreu et RCR) parmi 98 dossiers et ensuite le lauréat du concours d’architecture lancé par la communauté d’agglomération. « Le projet de RCR était celui qui valorisait le mieux l’intégration environnementale.

C’était aussi celui qui a séduit le plus Pierre Soulages qui participait au jury », explique le président de Rodez agglomération, conquis par le parti pris des trois Catalans.

« L'acier Corten s’embellit au fil des années, et se marie à la perfection avec le grès rose de la cathédrale. Les visiteurs sont agréablement surpris par la complémentarité du site historique, de la cathédrale avec le côté moderne du musée. Sans compter que toutes les salles sont en corrélation avec les oeuvres de Soulages, ce qui procure aux visiteurs une véritable émotion. Je crois que nulle part au monde, on peut ressentir une telle concordance entre les oeuvres artistique et architecturale ».



Centre Presse Aveyron
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