Présidentielle : le débat des onze candidats secoué par l’entrée en jeu des «petits»

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    Présidentielle : le débat des onze candidats secoué par l’entrée en jeu des «petits»
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Première dans l’histoire des élections françaises, le débat télévisé réunissant la totalité des onze candidats à la présidentielle a été mis en effervescence mardi par l’offensive parfois déroutante des six «petits» postulants qui ont permis de souligner davantage les lignes de fracture.

Quinze jours après un premier débat pugnace sur TF1 entre les cinq favoris des sondages -Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon-, les six autres candidats étaient cette fois bien présents sur BFM TV et CNews: Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Nathalie Arthaud (LO), François Asselineau (UPR), Jean Lassalle, Jacques Cheminade, et Philippe Poutou (NPA), très en vue.

Soucieux de détonner pour ce rare moment de large exposition, ils ont marqué leurs différences, à l’image d’un Nicolas Dupont-Aignan particulièrement cinglant envers François Fillon en lançant en préambule: «j’ai toujours servi les Français sans jamais me servir». Le phrasé parfois incompréhensible et la voix rocailleuse de M. Lassalle «fils de berger, frère de berger»; la sortie acide contre les «politiciens corrompus» de Philippe Poutou; les flèches décochées par Nathalie Arthaud «dans le camp des travailleurs» contre «le grand patronat»; ou encore «l’indépendance de la France», mantra d’un François Asselineau en pointe sur les articles de la Constitution, ont apporté de la couleur, contrastant avec Marine Le Pen et Emmanuel Macron, favoris sans éclat.

Ce débat rythmé n’a toutefois pas échappé aux moments de confusion, aux interruptions brutales et à quelques déclarations incongrues. Les échanges se sont rapidement animés autour du thème de l’Europe, où les lignes de fracture se sont nettement dessinées: tenants du renforcement de la construction européenne (M. Macron), partisans d’une renégociation des traités (MM. Mélenchon, Hamon) ou demandeurs d’un «Frexit» et/ou de la sortie immédiate de l’euro (Mme Le Pen, M. Asselineau...). Sur ce thème, Marine Le Pen a raillé les «vieilles badernes» d’Emmanuel Macron, qui s’est opposé à Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan dans une passe d’armes sur les travailleurs détachés.

Fillon discret

Entre les éclats de voix, M. Fillon s’est montré plutôt discret, se posant en candidat du «redressement» et s’inquiétant du peu d’attention prêtée à la dette publique. Il a toutefois répliqué aux attaques de M. Dupont-Aignan en rappelant l’avoir connu «chef de cabinet de François Bayrou» dès 1993, ou à celles de M. Poutou, le menaçant de lui «foutre un procès». Si le thème du terrorisme a permis à chacun de dérouler des points attendus du programme, celui de l’exemplarité en politique a permis de rediriger les piques vers M. Fillon et Mme Le Pen.

«Quand nous on est convoqués par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière, donc on y va», a lancé M. Poutou à Mme Le Pen, qui a refusé de se rendre à une convocation chez le juge d’instruction dans l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs d’assistants du FN au Parlement européen. «C’est assez amusant de vous voir jouer les victimes», a encore moqué M. Hamon à l’adresse de la présidente du FN, qui s’estime «persécutée politiquement».

Quant à M. Fillon, qui a livré dans une anaphore sa définition d’un «président exemplaire» où il a attaqué le sortant François Hollande, il a été renvoyé par Mme Arthaud au «décalage insupportable» entre son cas et celui des contrôles visant les chômeurs ou les personnes en congé maladie. Et a ferraillé avec M. Hamon pour défendre la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires.

Durant quatre heures, avec des candidats à la fatigue visible en arrivant aux conclusions, ce débat pourrait être le dernier à onze. Un autre est programmé sur France 2 le 20 avril, à trois jours du premier tour, mais plusieurs candidats et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ont exprimé des réserves sur cette date. Jugeant le débat «de bonne qualité», M. Dupont-Aignan a demandé aux dix autres candidats de s’engager à être présents dans deux semaines, sans que la perche soit saisie.

Centre Presse / AFP
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