Jean-Luc Delaneau : « Je n’ai jamais cessé de me battre »

  • « J’ai toujours eu le souhait  de rendre les gens heureux  et fiers. Le Bassin a besoin de ça », dit Jean-Luc Delaneau.  
    « J’ai toujours eu le souhait de rendre les gens heureux et fiers. Le Bassin a besoin de ça », dit Jean-Luc Delaneau.  
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Centre Presse / Maxime Raynaud

Dimanche dernier, vous avez vécu votre dernier match du Sporting club decazevillois dans la peau de son président. Qu’avez-vous ressenti ?

Cela faisait plusieurs jours que je sentais l’émotion monter. Dimanche, ce fut l’apothéose. En plus du match, il y a aussi eu la journée Promoval (club entreprises du Sporting, NDLR). Il y a 25 ans, j’avais participé à sa création aux côtés du président visionnaire, Jean Esculier, et d’autres comme Raymond Bras. C’est étrange, c’était hier.

Dimanche dernier, il y avait aussi beaucoup de monde au stade. Et les mots à mon égard m’ont fait chaud au cœur. Ce sont des moments particuliers. Habituellement, je les fuis mais là, c’était très chargé. C’est exceptionnel ce que j’ai vécu. J’ai été gâté par cette aventure à Decazeville.

Pourquoi en être arrivé à passer la main ?

C’est avant tout par usure. L’an dernier, il y a eu cet accident et cette blessure à l’épaule. Je suis resté trois semaines sans sortir. Là, je me suis rendu compte qu’il ne devait pas y avoir que le Sporting dans ma vie. Que j’étais d’une certaine manière égoïste, depuis dix ans. C’est un privilège d’être le président de ce club. Mais il y a aussi la famille.

Cette décision a-t-elle été compliquée à prendre ?

Non. Cela s’est fait naturellement. Je suis quelqu’un qui tourne les pages assez facilement. Je ne vis pas dans le passé.

Vous avez parlé d’égoïsme précédemment. Est-ce que cela ne vous a pas joué parfois des tours, à vous retrouver un peu seul à la tête du club ?

Certainement que ça y a concouru. Mais quand je m’investis, je n’y peux rien, c’est à fond. Je mets la barre haut et tout pour y arriver. Avec le Sporting, je n’ai jamais cessé de me battre pour qu’il reste en fédérale 2. Et c’était parfois très tendu...Les gens qui s’investissent au quotidien, c’est aussi de plus en plus rare. Comme la matière grise pour les dossiers, l’administratif, etc. Alors tu prends les choses en mains.

Est-ce finalement cela le plus usant, l’administratif, ce qui a trait au budget ?

Oui. On ne fait pas n’importe quoi avec le budget. Mais le plus dur, c’est la trésorerie. L’an dernier, par exemple, 20 % du budget n’était pas rentré quand on l’a bouclé...C’est cela qui use, oui. Et les nuits blanches qui vont avec. La DNACG (le gendarme financier du rugby, NDLR) met une pression parfois terrible. Et puis, il a tout le travail de dossier. Heureusement que je me débrouille en informatique (rires).

On évoque le budget. Sur ce point, avez-vous le sentiment de laisser le Sporting dans un meilleur état financier que lorsque vous l’aviez repris ?

Il n’était pas en mauvais état quand je suis arrivé à sa tête. La première fois, en 1999-2000, il fallait faire quelque chose c’est vrai. Il a fallu se battre et même prendre des risques, parfois dingues... D’ailleurs, c’est mon plus gros coup. À l’époque, on est en Fédérale 3 depuis trois saisons. Les gens commencent à ne plus y croire. Là, je fais faire et distribuer des affichettes dans toute la ville en disant « Rendez-vous en août », sous-entendu pour la campagne de l’accession.

Et on double les abonnements. C’était un pari un peu fou mais on l’a réussi en remontant en Fédérale 2 (rires). Les gens aiment rêver. On est un peu des marchands de rêve. Et des docteurs.

Aujourd’hui, quelle est la santé du club ?

Au niveau organisationnel, je crois que c’est pas mal. Je passe le témoin sur de nombreux dossiers. Et financièrement, nous allons laisser des fonds propres à zéro. Ce qui n’est pas si mal quand on se souvient que l’an dernier, on était à -17 000 €. Mais si Decazeville veut survivre, et continuer d’être ambitieux, il se doit d’avoir une équipe performante en Fédérale 2. Aujourd’hui, l’équipe première est le fonds de commerce d’un club. Elle draine tout. Et c’est fragile. En 2015, on avait déçu les supporters. Cette saison, cela s’est vu : 25 % d’abonnements et 21 % d’entrées au stade en moins.

À moins d’un revirement de situation, Patrick Malpel et Christian Murat devraient être élus lors de l’AG du 21 avril pour reprendre le témoin. C’est un duo que vous appréciez. Mais qui tranche réellement avec votre style.

C’est évident. Ils doivent d’ailleurs organiser le club à leur image. Ils sont en train de s’entourer de personnes compétentes. J’aurais aussi voulu faire ça. Peut-être n’ai-je pas su fédérer. Surtout aux postes clés.

Quelle image espérez-vous laisser ?

On m’a dit que j’avais ouvert le Sporting, que je l’avais démocratisé même si je ne sais pas si c’est le bon mot. Puis, j’ai toujours eu le souhait de rendre les gens heureux et fiers. Le Bassin a besoin de ça. Ce bonheur me touche. Le fric n’importe pas.

À quoi va ressembler votre nouvelle vie ?

J’ai déjà commencé ! J’ai la chance d’être au milieu des bois, de pouvoir accueillir ma grande famille, avec des enfants qui courent partout. Puis il y a la pêche, le golf. Et vivre sans pression. Sans penser au Sporting.

Jean-Luc Delaneau ne siégera donc pas au comité directeur ?

Non, non, ce n’est pas aider les nouveaux présidents. Ils doivent se prendre en charge. Je peux aider en informatique. Mais autre chose, ce serait handicapant pour eux. Delaneau a fait ce qu’il avait à faire. Il ira voir les matches mais n’aura aucun rôle.

Même pas aux côtés de Bernard Laporte, que vous avez soutenu pendant la campagne pour la présidence de la FFR, ou en politique ?

J’ai déjà été approché par la Fédération pour intégrer la commission d’organisation des matches du XV de France. J’étais même attendu pour France -écosse. J’étais flatté mais j’ai décliné. Je n’ai pas envie de me remettre dans quelque chose. Pour ce qui est de la politique, ce n’est pas pour moi. Je suis trop indépendant. Ça peut évoluer. Mais j’ai besoin d’un ou deux ans pour retrouver une vie normale.

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