Michel Malet, un expert qui a la frite

  • Michel Malet prodigue ses conseils sur la pomme de terre comme ici en Ouzbékistan et en profite pour cultiver les échanges humains.
    Michel Malet prodigue ses conseils sur la pomme de terre comme ici en Ouzbékistan et en profite pour cultiver les échanges humains.
Publié le , mis à jour

Il n’est pas tombé dans l’athanor de la pomme de terre comme Obélix dans la potion magique.

Après une adolescence passée à Saint-Martial, près de la RN88, à castrer du maïs dès l’âge de 11 ans, la famille rejoint Bonnefon près de Naucelle. Michel Malet passe un bac de biochimie à Castres, puis intègre la faculté des sciences de Toulouse tout en étant surveillant en internat au collège de Baraqueville. Vient la rencontre déterminante avec René Thémines, à Rieupeyroux, pour s’orienter vers l’Institut technique de la pomme de terre dans la capitale.

C’est ainsi, une rencontre fait toujours basculer le cours d’une vie. La sienne est unique à plus d’un titre en devenant ingénieur conseil en pommes de terre, seul en France à exercer en libéral, en qualité d’expert international en agriculture à la Commission européenne à Bruxelles. Il a donc relevé le défi de se lancer en libéral, chez lui, à Onet.

Un début délicat, plus de 400 CV envoyés, des heures à arpenter le bitume pour se faire connaître. L’Aveyron est rural mais pas une mine d’or en matière de champs de pommes de terre malgré le Ségala.

Ce fut le temps d’une remise en question mais le travail et la probité ont payé. Aujourd’hui ses expertises répondent à de nombreuses sollicitations. La dernière en date a pris la route de l’Ouzbékistan.

Un voyage pour développer le tubercule en zone rurale dans le cadre d’une mission européenne portée par l’Agence pour le développement de la coopération internationale dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (Adecia). « C’était très enrichissant de découvrir ce pays coincé entre l’Europe et l’Asie qui compte 90 % de musulmans. J’ai découvert le plat national qui est le plov mélangeant riz, bœuf et carotte ».

Mais parmi les vingt-deux pays traversés pour sa profession, c’est l’Algérie l’a marqué par le sens de l’hospitalité, la beauté des paysages et des hommes. « C’est chez moi », résume-t-il. Que ce soit au bout du monde ou plus près d’ici pour un projet dans l’Aude, Michel Malet n’a pour d’autres ambitions que de cultiver ce qui fait nos racines, à savoir l’Humain.

Une quête humaniste qu’il concrétise dans un engagement auprès de l’association « Agro sans frontière » pour aider les pays émergents, à la fois sur le plan sanitaire et tout simplement pour user de la terre nourricière. Cette implication professionnelle et personnelle y trouve une tout aussi double reconnaissance : la promotion au grade de Chevalier dans l’ordre du Mérite agricole l’an dernier et bien plus encore, la reconnaissance de la profession.

Mais, faisant fi de l’avoir et du paraître, Michel Malet cultiverait plutôt la pensée d’Einstein : « La valeur d’un homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir ».

Dans sa quête de curiosité, Michel Malet fut aussi rugbyman et joueur de quilles, photographe et peintre aujourd’hui (lire ci-contre). Et au milieu pousse la pomme de terre... Incollable évidemment sur le tubercule, quatrième ressource alimentaire après le riz, le blé, le maïs. « Mais la patate rattrape le maïs », précise-t-il.

La marge de progression est énorme contrairement aux idées reçues avec environ 7 000 (!) variétés dans le monde, la moitié seulement inscrites. Le Français consomme 48 kg de pommes de terre par an quand Hollandais et Belges en consomment le double !

Mais ces pays ne sont pas les plus gros mangeurs. Pour anecdote, la Chine est le plus gros consommateur et l’Ukraine arrive en tête avec sa moyenne par habitant.

Ses compétences professionnelles qui le conduisent aux quatre coins du monde, lui permettent de choisir ses projets et en parallèle de prolonger ses idéaux sur ses toiles. En y mêlant tous les éléments. De la terre au firmament. Et toutes les dimensions.

Pour atteindre cette ascèse, un peu comme l’œuvre au noir de Yourcenar se teinterait au contact du nombre d’or, il préfère rester discret, voire secret sur ce qu’il met dans son athanor. Et s’il y avait dedans une pomme de terre en robe des champs ? Histoire de nourrir le corps et l’esprit.

Centre Presse / Olivier Courtil
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