Millau

Le loup en Europe : éleveurs et élus crient leur désarroi

  • Les Aveyronnais, venus en nombre.
    Les Aveyronnais, venus en nombre. - Lola Cros
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Élus et éleveurs de tous pays ont fait bloc, mardi, face à une Commission européenne restée impassible.

Les élus et éleveurs français étaient venus en nombre, mardi, au Parlement européen. Mais tous avaient à cœur de ne pas faire des tables rondes sur « le loup et la défense du pastoralisme » un événement franco-français. L’objectif étant, résume José Bové, « d’échanger témoignages et bonnes pratiques pour faire émerger une méthodologie commune » et de protéger les éleveurs, aujourd’hui en première ligne.

Car l’expérience des pays d’Europe centrale est, pour les éleveurs français, riche d’enseignements. « Après des décennies d’absence, nous observons une migration vers l’ouest des loups, commence l’eurodéputée allemande Rebecca Harms. Ainsi, en Allemagne, nos loups viennent de Pologne. Ils traversent les fleuves, les frontières. Et nous faisons face à une invasion. »

Stefan Wenzel, ancien ministre de l’Environnement de Basse-Saxe, une région particulièrement agricole qui observe un retour « significatif » du loup, ajoute : « Nous avons longtemps su repousser les loups, avant de mettre en place des aides aux agriculteurs pour la construction de clôtures. Aujourd’hui, nous pensons que des subventions de pâturage seraient bienvenues. Si l’on compare aux subventions agricoles ou aux réparations en cas de dégâts causés par du gibier, le coût de ces subventions ne serait pas inatteignable. »

En Autriche, l’Union européenne a « beaucoup investi » pour financer des moyens de protection et protéger le loup. « Mais tout a été détruit en quelques semaines », regrette l’euro député Grill. « Le statut d’espèce strictement protégée du loup n’a pas fait ses preuves. Le loup n’est pas en danger en Europe, et n’est pas présent partout en Europe. Nous avons besoin d’une approche scientifique pour étudier les différentes populations de loups présentes, et pour élaborer une stratégie supranationale. L’Europe doit prendre ses responsabilités car nous perdons des agriculteurs tous les jours. »

Interdiction des clôtures en Autriche

Le cas autrichien est particulier : deux-tiers des éleveurs d’ovins sont à temps partiel et ne tirent que des revenus complémentaires de cette activité. Aussi, ils ne possèdent en moyenne que 25 bêtes, mélangeant parfois ovins, bovins et caprins. Sur un territoire principalement alpin, la protection des troupeaux y est d’autant plus difficile.

« Nous n’avons pas l’autorisation de construire des clôtures électriques, par exemple, reprend Grill. En raison des conditions météorologiques et du difficile accès à l’électricité. Si nous mettons des chiens de garde, nous entrons en conflit avec le secteur touristique, notamment les activités de ski, de trekking et de randonnée.

Le secteur touristique pèse neuf fois plus lourd que l’agriculture en Autriche. Chez nous, l’agriculture extensive n’est plus rentable. Même s’il existe des compensations financières en cas d’attaque, aucun éleveur ne veut plus prendre le risque. »

« La prochaine espèce en voie de disparition, ce sera les éleveurs, rebondit une députée des Asturies, en Espagne. Les Régions n’ont plus les moyens d’assumer le plan de gestion du loup européen. »

En 2017, par exemple, la province de Castille et Leon ont déboursé quelque 850 000 € pour indemniser ses éleveurs attaqués, a rappelé Arranz Sanz, le directeur général à l’Environnement de la province, pour 2 000 attaques et 3 000 victimes.

Les prévisionnels 2018, basés sur les données du premier trimestre, tablent sur des indemnisations à hauteur de... « 1 800 000 € ». « Malgré nos efforts en terme de comptage, de suivi des populations de loups : nous n’avons pas de solution, conclut-il. D’autant que le nombre de victimes n’est pas proportionnel au nombre de loups. Par exemple, nous savons qu’une meute seule a tué près de 200 brebis l’an passé. »

« Laisser nos territoires se vider des hommes »

Au-delà des différences de terrain, tous convergeaient mardi sur un point : la nécessaire révision du statut du loup dans la convention de Bern en 1979, au vu de l’évolution de l’espèce en Europe depuis sa ratification. Classé parmi les espèces strictement protégées, il ne peut faire l’objet de prélèvements sauf dérogation sur strictes conditions.

La députée de Savoie, Béatrice Santais, a rapidement résumé le caractère d’urgence de la situation : « Au vu du niveau de saturation que nous vivons, de la protection inefficace, de la rupture de confiance des éleveurs envers les autorités, notamment européennes, et des drames psychologiques qu’ils vivent, car on oublie de mentionner l’impact psychologique qu’ont les attaques sur les éleveurs : il est impératif de trouver une solution européenne pour ne pas laisser nos territoires se vider des hommes. » Restée impassible, et répétant sa volonté d’établir une cohabitation entre loups et élevages, la Commission s’est attirée les foudres des élus et des éleveurs. Elle seule a la compétence pour impulser une légifération européenne, et remettre la - très controversée - convention de Bern sur le tapis.

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