Compeyre

Les caves de Compeyre revivent

  • Le Mas Daumas Gassac fera vieillir chaque année 500 bouteilles d’un même millésime.  V. G.
    Le Mas Daumas Gassac fera vieillir chaque année 500 bouteilles d’un même millésime. V. G.
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C’est un patrimoine sauvé de l’oubli. Un retour aux sources, également. À Compeyre, village fortifié accroché aux flancs du causse de Sauveterre, les antiques caves trouvent une seconde jeunesse. La commune abrite un patrimoine de plus de 200 cavités viticoles, bien aérées et rafraîchies par des fleurines. Si les vieilles pierres pouvaient parler, elles diraient que ces caves ont assuré, dès le Moyen Âge, la prospérité du village et de son terroir (lire ci-dessous).

La ténacité du vigneron Alain Montrozier

Viscéralement attaché à ce patrimoine et à son histoire, le viticulteur Alain Montrozier nourrissait depuis plus de trente ans l’espoir de redonner vie à ces caves abandonnées avec le temps. De renouer avec ce glorieux passé. C’est lui qui a porté à bout de bras le projet de réhabilitation des caves de son village. " Ce projet mijotait dans ma tête depuis des décennies, explique-t-il. Quand on a connu ce qu’était Compeyre par le passé, on ne veut pas laisser mourir ce patrimoine. Le village a traversé les époques, il transpire quelque chose de ses pierres. Voir ce redémarrage et cette ambition, ça fait quelque chose. Être le dernier vigneron compeyrol me procure une certaine fierté. "

C’est effectivement Compeyre qui se métamorphose et retrouve son âme. Ce long cheminement, qui s’est accéléré en 2016, vient finalement d’aboutir avec la livraison d’une douzaine de caves retapées (34 000 € HT de subventions de la communauté de communes) au profit de douze vignerons occitans triés sur le volet. " Avec une certaine vision de leur métier ", ajoute Alain Montrozier, qui contribue, depuis une vingtaine d’années, au redéploiement du savoir-faire viticole en Sud-Aveyron. Des AOC Pic Saint-Loup au Mas Daumas Gassac, en passant par le Picpoul de Pinet, c’est la première fois que de grands noms du vin se rassemblent autour d’un tel projet. " Des vignerons qui nous ont montré un tel attachement pour leurs terres et un tel amour pour leur métier, que cela nous a confortés dans notre projet ", rapporte Patricia Pitot-Migayrou, maire d’un village soucieux de perpétuer la tradition. " Le volet humain est très important dans cette aventure, complète Alain Montrozier, aussi adjoint municipal. Nous avons fait appel à des vignerons tous différents. Chacun va apporter son savoir-faire. "

Vieillissement optimal

Olivier Jullien, des Terrasses du Larzac, ainsi que Roman Guibert, gérant du domaine Daumas Gassac, à Aniane (Hérault), ont été les premiers à adhérer au projet. Une façon pour ce dernier de renouer avec ses racines aveyronnaises (lire ci-contre) et d’offrir à ses grands crus un vieillissement optimal. " On a fait monter nos vins le jour de l’Ascension, rigole le vigneron, qui y voit un symbole. Vous nous avez ouvert les portes de votre village et donné l’occasion de participer à un projet avec beaucoup d’atouts. Il suffit d’aligner les planètes, et cela peut donner de belles choses. "

Le viticulteur envisage, chaque année, de faire mûrir à Compeyre jusqu’à 500 bouteilles d’un même millésime. En blanc et en rouge. Une migration en raison du réchauffement constaté depuis plusieurs années. Celui-ci a en effet pour conséquence de trop charger le vin en sucre, donc en alcool. " À Compeyre, nous allons profiter de conditions de conservations optimales ", se réjouit Roman Guibert, fier de renouer avec son passé familial et de s’offrir une infime partie de ces lieux singuliers. Comme une parenthèse dans une histoire millénaire.

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