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Le jeu vidéo, un "exutoire" peu accessible aux personnes handicapées

  • Dans le monde du "gaming", les joueurs handicapés tentent d'adapter les jeux et le matériel en fonction de leurs besoins et s'échangent leurs astuces sur internet.
    Dans le monde du "gaming", les joueurs handicapés tentent d'adapter les jeux et le matériel en fonction de leurs besoins et s'échangent leurs astuces sur internet. - scyther5/IStock.com
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(AFP) - A 25 ans, Jean-Pablo a perdu l'usage d'une main dans un accident. Pour cet amateur de jeu vidéo, il n'était pas question de renoncer à ce "bon exutoire", mais les initiatives pour améliorer l'accessibilité des personnes handicapées à ce loisir restent limitées. 

(AFP) - A 25 ans, Jean-Pablo a perdu l'usage d'une main dans un accident. Pour cet amateur de jeu vidéo, il n'était pas question de renoncer à ce "bon exutoire", mais les initiatives pour améliorer l'accessibilité des personnes handicapées à ce loisir restent limitées. 


"J'étais au bord de la dépression quand je voyais qu'il n'y avait rien pour les handicapés", raconte Jean-Pablo, chargé de développement à l'international. Il y a six mois, il a perdu l'usage de sa main droite à la suite d'un accident de voiture. 

De face, sa nouvelle manette semble classique mais à l'arrière, des touches ont été greffées. Il peut ainsi accéder à toutes les touches avec sa seule main gauche.

"Dans une situation de handicap, quand tu es toujours chez toi, jouer aux jeux vidéo, c'est un bon exutoire", ajoute le jeune homme, encore en convalescence.

Sa manette personnalisée lui a coûté 300 euros (contre 60 euros pour une manette classique). Il l'a achetée à David Combarieu, ingénieur en informatique qui s'est lancé dans la customisation de manettes par "besoin personnel", pour son beau-fils devenu tétraplégique après un accident. 

"Il a vite eu des problèmes pour jouer sur sa console. Comme on n'a pas trouvé de solution sur le marché, j'ai fait moi-même une adaptation", raconte David Combarieu. "On s'est rendu compte que beaucoup de gens avaient les mêmes attentes et problèmes", explique-t-il. 

Son beau-fils et lui créent alors Handigamer pour proposer des manettes personnalisées. Un an plus tard, il en a vendu une vingtaine et travaille désormais à l'"industrialisation" de sa production, pour l'heure encore au stade artisanal.

Dans le monde du "gaming", les joueurs handicapés tentent d'adapter les jeux et le matériel en fonction de leurs besoins et s'échangent leurs astuces sur internet. Pourtant sur les forums, il y a "beaucoup de plaintes mais peu de solutions", se désole Jean-Pablo.

- astuces échangées sur internet -

"Il y a des problématiques liées à chaque handicap et vu que le nombre de handicaps est assez infini, c'est difficile d'avoir un jeu 100% accessible", affirme Flavien Gelly, responsable marketing dans l'automobile.

Amateur de jeux vidéo sur ordinateur, il ne peut utiliser que sa main droite pour jouer et a principalement recours au "remapping": changer l'attribution des touches sur le clavier et créer des combinaisons de touches.

"Pour les problèmes moteurs, c'est important de pouvoir réattribuer les touches, pour les déficiences intellectuelles on a besoin de contenus non écrits et d'icônes pour pouvoir naviguer dans le jeu et il faut des filtres de couleur pour les daltoniens", détaille Stéphane Laurent, de l'association Game Lover.

Avec une dizaine de joueurs, chacun atteint d'un handicap différent, il teste des jeux vidéo et poste des comptes rendus sur le site de l'association. "On forme un panel large pour avoir une idée de l'accessibilité sur chaque profil", explique cet éducateur spécialisé.

Game Lover et Handigamer ont été consultés par Hugues Ouvrard, directeur de Xbox France. En mai, cette filiale de Microsoft a annoncé la sortie d'une manette accessible "aux joueurs à mobilité réduite".

La manette, qui peut être utilisée avec une seule main ou posée sur un fauteuil roulant, se présente comme une "plateforme" sur laquelle les joueurs peuvent ajouter les périphériques qui leur conviennent, selon M. Ouvrard.

Pour le responsable, qui se défend d'avoir conçu "ce produit sous l'angle commercial", l'accessibilité des jeux vidéo est "un développement qui prend du temps".

Du côté de Playstation, "actuellement il n'y a pas d'accessoires prévus", indique Richard Brunois, directeur de la communication de Sony interactive entertainment. Nintendo, le troisième gros constructeur, n'a pas répondu aux sollicitations.  

Selon une étude parue en 2017 commandée par le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), 53% des Français jouent régulièrement aux jeux vidéo (panel de 1.023 personnes âgées de 10 à 65 ans). En 2014, le gouvernement estimait à "12 millions" les personnes vivant "avec une incapacité ou un handicap".

Source : Relaxnews

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