Coupe du monde de football

Nicolas Hourcade : une liesse "révélatrice d'un besoin de partager quelque chose collectivement"

  • Nicolas Hourcade : une liesse "révélatrice d'un besoin de partager quelque chose collectivement"
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La liesse après la qualification de la France pour la finale du Mondial-2018 révèle "un besoin de partage collectif", estime Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des supporters de football, appelant toutefois à ne pas "surinterpréter" cette ferveur comme en 1998. 

La ferveur qui s'est emparée de la France mardi soir vous a-t-elle surpris ?

En un sens oui, parce qu'il y a un décalage fort par rapport aux derniers matchs contre l'Argentine et l'Uruguay. Ça s'explique par le fait qu'il s'agit d'une qualification pour la finale, que le match était en soirée. Mais ce n'est pas surprenant dans le sens où l'équipe de France est devenue un symbole et ses grandes victoires sont l'occasion de célébrations collectives depuis 1998, mais aussi en 2000 (victoire à l'Euro), sur certains matchs de 2006 (finale du Mondial) ou de 2016 (finale de l'Euro). On est dans la continuité de phénomènes collectifs qu'on a déjà connus. Le fait qu'autant de gens descendent dans la rue autour d'une sélection sportive est révélateur d'un besoin de partager quelque chose collectivement, dans un contexte économique et social pas toujours joyeux, avec en plus une menace terroriste. Un grand événement sportif est un moment rare dans la vie sociale où la population peut communier autour d'émotions positives et consensuelles. Les autres occasions de rassemblement sont soit tristes, comme le décès d'un personnage public ou des attentats, soit clivantes, comme la victoire d'un camp politique. Mais il ne faut pas tomber dans la surinterprétation, comme on a pu le faire en 1998. Ce n'est pas pour autant que la France est réunie, que l'économie va bien marcher, qu'il n'y aura plus de risques d'attentats.
 
Les nombreuses références à 1998 qui ressurgissent relèvent-elles d'un passé fantasmé ? 

1998 est devenu un mythe collectif, un souvenir qui a été entretenu et amplifié. Et en 2016, quand les gens s'étaient dit "peut-être qu'on va le revivre", la France perd en finale. Cette année, de manière imprévue, les choses se remettent en marche comme vingt ans auparavant. Avant la compétition, on avait déjà insisté sur cet anniversaire. On a enchaîné sur un premier tour avec des critiques sur le style de jeu, puis on bascule avec une victoire marquante contre l'Argentine jusqu'à une qualification pour la finale. Il y a une combinaison de la surprise de ce parcours plus réussi qu'espéré et de l'envie, ancrée dans les mémoires, de revivre le moment convivial de 1998.

Cela marque-t-il aussi une réconciliation de la population avec l'équipe de France, après des épisodes de désamour ?

L'équipe de France est devenue un symbole depuis 1982 avec la demi-finale de la Coupe du monde à Séville (défaite aux tirs au but contre l'Allemagne), qui était le premier grand moment entre la nation et la sélection. En 1958, quand l'équipe de France est en demi-finales (de Coupe du monde), tout le monde n'a pas la télé, donc ça n'a pas le même impact. L'équipe de France est un symbole, donc quand elle n'est pas à la hauteur du symbole, les critiques sont extrêmement fortes. De la même manière qu'en 1998 on a été dans la surinterprétation après la victoire en disant "la France est réconciliée, tout va bien", en 2010 parce que certains joueurs font grève ça devient +les joueurs sont tous des racailles et la France va mal+. Petit à petit, en 2014, 2016 et 2018, la sélection a reconstruit son image autour de joueurs globalement consensuels, moins clivants qu'à d'autres périodes, et de figures représentatives de la France dans sa diversité. Donc elle suscite une adhésion plus forte du public.
 
 

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