Feu

Incendie du Bowling du Rouergue : Braley - Bastide, même combat

  • Christian Braley complètement impuissant lors de l’énorme incendie qui a frappé un centrede tri du site de son entreprise  à Bozouls en mai 2017.Archives José A. Torres
    Christian Braley complètement impuissant lors de l’énorme incendie qui a frappé un centrede tri du site de son entreprise à Bozouls en mai 2017.Archives José A. Torres
S'abonner Mis à jour le -- partages

Le Bowling du Rouergue à Onet-le-Château est parti en fumée dans la nuit de lundi à dimanche (lire nos précédentes éditions). Dès qu’il a appris la nouvelle, Christian Braley s’est rendu sur le site pour apporter tout son soutien à la famille Bastide et l’encourager à garder espoir pour rebondir. Il sait de quoi il parle puisque sa société de traitement de déchets a brûlé à trois reprises en trois ans, entre 2014 et 2017, à Bozouls.

Lundi matin, 7 heures. Christian Braley est à son bureau et un des chauffeurs de son entreprise lui annonce la nouvelle : un incendie frappe le Bowling du Rouergue à Onet-le-Château. Le temps de distribuer le travail aux salariés de sa société de traitement de déchets, qu’il a créée en 1972, et le voilà déjà dans sa voiture pour " aller soutenir " la famille Bastide. " C’est normal, lâche l’intéressé en toute simplicité et toute sincérité. Je connais bien sûr les enfants mais Gilbert est un ami. C’est quelqu’un de méritant, de solide ". Et de poursuivre, les yeux rougis et des trémolos dans la voix : " Je lui ai apporté tout de suite une aide matérielle et j’ai voulu lui faire part de quelques messages forts à titre privé : ce n’est pas foutu, il faut continuer d’y croire et vite rebondir. Mon père, qui a fait la guerre, disait : “Tant que la tête ne saute pas, il faut garder espoir”. C’était inimaginable pour moi de ne pas être à ses côtés ".

Si son élan est " naturel ", Christian Braley a aussi agi ainsi car il a été confronté à " ces douloureux événements ". Le site de la zone des Calsades à Bozouls a été le théâtre de trois incendies en trois ans : une plateforme bois en 2014, un premier centre de tri en 2016 et un autre centre de tri l’année suivante. " La première fois, on a pu continuer à bricoler car le bâtiment a été seulement endommagé mais, les deux fois suivantes, ça a été plus compliqué. D’autant plus que les pompiers n’ont pas pu intervenir comme ils souhaitaient à cause du photovoltaïque ", se souvient le chef d’entreprise qui va bientôt souffler ses 70 bougies.

Sa fille Ludivine, 28 ans, impliquée avec son frère Ludovic à 100 % dans l’entreprise, vit une douleur identique : " Il n’y a pas eu le même impact émotionnel et affectif que pour les Bastide car on a vu aucun souvenir personnel partir en fumée mais l’impact économique a été tout aussi important. C’était catastrophique avec entre 15 et 20 M€ de pertes. C’est d’autant plus dur à vivre qu’on n’a rien pu faire : on a regardé brûler le bâtiment durant deux jours ". Et la jeune femme d’ajouter sur le sujet : " Tu es là, impuissant. Tu te demandes ce qui t’arrive. Tu réalises, mais pas vraiment. Il y a un premier choc dans l’instant et c’est les jours qui suivent que tu prends la mesure des dégâts... Mais, la plaie ne se referme jamais ! ".

" Le Bowling faisait partie du patrimoine aveyronnais ! "

La cicatrice est d’autant plus ouverte que la reconstruction débute à peine. " On n’a pas eu le temps, confirme Christian Braley. Le terrassement a été effectué au début de l’hiver dernier et les fondations viennent d’être coulées. On espère que le nouveau centre de tri sera opérationnel au cours du premier semestre 2019 ". Depuis le troisième incendie, une dizaine de salariés sont au chômage partiel.

Alors que le Bowling du Rouergue a été totalement détruit dans la nuit de dimanche à lundi, l’émotion est encore grande chez Christian Braley. Et elle transpire facilement : " C’est le fruit de ton travail de toute une vie. Et puis, il y a des choses qui ressortent. Comme tous ceux qui te veulent du mal, souvent, par jalousie. En France, on n’aime pas bien ceux qui réussissent. Il faut essayer de passer outre, de trouver un équilibre ".

Il développe volontiers : " Heureusement, comme la nôtre, la famille Bastide est très unie. On peut même parler d’une dynastie. C’est la clé de tout ". A-t-il pensé à arrêter ou à vendre ? " Jamais ! ", lâche-t-il sans hésitation. " Vendre quoi ? On n’avait plus rien, enchaîne sa fille Ludivine. Il y a certes eu des douleurs familiales et professionnelles mais on n’a pas réfléchi. De toute façon, on n’a pas eu le temps de se poser. On s’est mis tout de suite en mode action ".

Christian Braley sait que Gilbert Bastide ne baissera pas les bras : " En Aveyron, il y avait la cathédrale de Rodez, le viaduc de Millau et le Bowling du Rouergue à Onet-le-Château. Un pan du patrimoine aveyronnais est parti mais cette institution renaîtra de ses cendres ". Il conclut : " Je crois en Dieu, je crois aux hommes ! ça m’a aidé. Puis, et ce sera la même chose pour les Bastide, le personnel ne nous a jamais laissé tomber. On a eu la chance d’être entouré, par les amis, par les proches, par des anonymes, par les assurances, par les banques ". S’il avoue que " tous les jours, on y pense et on ne dort plus ", il veut " regarder vers demain avec espoir ".

Réagir