Gentiane, lavande... du causse à l’Aubrac à la quête des cueillettes

  • Mickaël à l'oeuvre, secrétaire de l'association nationale des professionnels de la cueillette sauvage.
    Mickaël à l'oeuvre, secrétaire de l'association nationale des professionnels de la cueillette sauvage. OC
Publié le , mis à jour

Sur les pas d’Emile Griffoul, pionnier de la cueillette, installé à Condom-d’Aubrac

Il y a les cabretaïres pour la musique et les gentianaires pour la « reine des estives » sur l’Aubrac. Ces derniers cultivent comme ils mettent aussi en musique car ils ont l’art et la manière d’embaumer la petite fleur jaune aux bienfaits thérapeutiques.

Emile Griffoul à Condom-d’Aubrac en la figure emblématique sur le plateau. Mais pas seulement, le thé d’Aubrac et bien d’autres encore irriguent ses huiles essentielles et autres plantes infusées d’Aubrac Essen’ciel. Les cueillettes et les recoins, dans les sous-bois ou ailleurs sur des massifs, il les connaît par cœur.

Cultivée pour la liqueur, la gentiane revient à la mode mais sert avant tout pour ses vertus médicinales. Environ 1 800 tonnes de racines sont extraites en France chaque année, essentiellement dans le Massif Central. 

Rencontre ce matin-là, dès potron-minet, sur le causse de Sauveterre en Lozère, pour « une cueillette magnifique et traditionnelle avec la lavande sauvage », à l’heure où il s’apprête à transmettre son savoir-faire à Natacha et Iwan, jeune couple qui a élu domicile dans son hameau de Lasbros. Ces derniers sont (évidemment) à ses côtés ainsi que Michaël.

 

Donner un sens à sa vie

Si la gentiane requiert la pioche pour déraciner, la lavande exige la faucille à dent. « Je dis souvent que j’ai la faucille et le couteau », glisse-t-il amusé. Avant de (me) taquiner : « J’en ai une pour vous si vous voulez… » Nos quatre Aveyronnais arpentent le causse où la beauté coupe le souffle autant que la chaleur. La lavande sauvage colore le paysage éloquent classé au patrimoine mondial et cueilli dans les règles de l’art.

« L’idéal est de cueillir par touffe, après le passage des abeilles qui ont tiré leur nectar, cela nous donne le maximum d’huiles ». Et inutile de couper plus qu’il n’en faut. À contre-courant de la société de consommation et des industriels.

Cette cueillette est d’ailleurs unique dans l’année. Se définissant comme « paysan », Emile Griffoul a pourtant œuvré dans des bureaux ruthénois voici douze ans encore ; franchissant le pas de la reconversion pour donner un sens à sa vie et prendre part au repeuplement de l’Aubrac. « Dans mon hameau, nous étions cinquante quand j’étais enfant. Nous sommes cinq aujourd’hui ».

Emile Griffoul, faucille à dent à la main, lavande et bonheur en poche.  
Emile Griffoul, faucille à dent à la main, lavande et bonheur en poche.   OC

À l’image de la métaphore du colibri, Emile fait sa part. Et les journées ne sont pas de tout repos avec cueillette, distillerie, marchés et vente directe. « Le sommeil nous ferme les yeux », résume-t-il.

Mais lui comme les autres cueilleurs indépendants sont maîtres du temps. Celui qui s’arrête quand vient l’heure de la passion, de la méditation. Celui des gestes ancestraux du cueilleur - soit les racines mêmes de l’humanité alors que paradoxalement aucun statut n’existe aujourd’hui.

Une aberration de plus dans un monde qui ne tourne plus rond. Mais la demande comme une prise de conscience ravive l’intérêt pour ces plantes cosmétiques, alimentaires et médicinales ; ces mauvaises herbes qui soignent et participent au bien-être.

"La demande en plantes sauvages est en plein essor avec la prise de conscience de manger et de se soigner sain alors nous devons préserver les ressources. Nous comptons une centaine d’adhérents et il y en a autant qui ont fait leur demande car beaucoup de gens, au mitan de leur vie, souvent des cadres, souhaitent trouver un sens à leur vie." Mickaël, membre de l'Association française des professionnels de la cueillette des plantes sauvages
 

« La montagne sera toujours une terre de refuge », assure-t-il convaincu face au chaos. Changer le rapport à la nature, rendre fertile les sols, la terre nourricière, ce n’est pas une mince affaire. Sur ces terres mirifiques et bucoliques, les cueilleurs n’ont que l’allure du poète.

Ils connaissent le nom des plantes en ramassant et leurs vertus en cheminant. Les pieds sur terre pour savoir mieux que quiconque l’intérêt de sauver notre humanité. Autour de la besace aux odeurs enivrantes, les insectes rendent la musique entêtante. La vie est là, bien réelle. Elle fourmille, saute et bourdonne.

Après l’effort, vient l’heure du pique-nique. Emile fait goûter « son mescladis à base d’eau gazeuse d’Aubrac, gentiane et cassis », Michaël apporte ses patates du jardin et biscuits de sa compagne, Natacha et Iwan leurs melons. Tout est fait maison puisque celle-ci est leur jardin. Le nôtre. Sous nos pas. La Terre. Et le paradis à l’intérieur.
 

Olivier Courtil
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