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Olivier Norek : après le flic, l’écrivain vient à Aubin

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L’ancien flic du 93 est en train de se faire un nom dans le milieu de la littérature policière. Dans la maison de ses parents, il prépare son prochain roman qui aura pour cadre... l’Aveyron.

La maison d’Aubin, c’est le jardin secret d’Olivier Norek. C’est là qu’il vient chercher le calme. Autrefois, c’était le repos du guerrier. Celui du flic aux journées interminables dans ces banlieues parisiennes qui ne se reposent jamais et qui chaque jour offrent  leur lot d’affaires sordides.

Aujourd’hui, c’est le calme dont le romancier a besoin pour mettre en place le schéma de son prochain bouquin qu’il vient chercher.  « C’est la ferme de mes grands-parents, qui a été arrangée pierre après pierre. Ma chambre, c’était là où il y avait les cochons. Celle de ma sœur, celle où il y avait les vaches », sourit-il.

Avec une fierté remplie d’humilité. Un havre de paix sur les hauteurs du bassin decazevillois, véritable point d’ancrage pour celui qui en quatre livres à peine est passé du statut de policier qui écrit à celui d’écrivain qui était flic.

Déjà vendu à 60 000 exemplaires

Avec ses trois premiers romans inspirés de son quotidien de lieutenant en Seine-Saint-Denis, organisé autour du héros Victor Costes, il a fait une entrée fracassante dans le milieu du polar. Et avec son quatrième roman, « Entre deux mondes », qui a pour théâtre la jungle de Calais, c’est le monde de la littérature qui commence à jeter un regard intéressé sur ce flic en disponibilité, plutôt beau gosse avec ses yeux bleus et ses cheveux poivre et sel.

« Entre deux mondes » a notamment été récompensé du prix Le Point du polar européen, du prix des lecteurs de Elle, et lui a valu de passer par le plateau de La grande librairie, sur France 5. Autant dire qu’une telle ascension dans le milieu du livre est assez rare. D’autant que « Entre deux mondes » s’apprête à sortir en Bande dessinée, signée Michel Montheillet (La trilogie du mal) et en film, sous la direction de Gilles Paquet-Brenner.

Un livre dont il aime encore parler. « J’étais assis dans mon canapé, je regardais BFM TV. Il était question de migrants. Et j’étais en train de me dire, ben oui on ne peut pas les accueillir tous...» quand soudain son passé lui a explosé à la figure. « Je suis fils d’immigré. Mon grand-père est originaire de la Silésie, qu’il a quittée pour rencontrer ma grand-mère. Il est devenu mineur, ici, après s’être évadé des camps...».

Bousculer les consciences

Il ne pouvait plus rester sur son canapé. Il a fait son paquetage, il est parti s’installer trois semaines dans la jungle de Calais et a observé. Attendu. Attendu que l’on vienne lui parler. Puis il est allé voir ses collègues policiers, « piégés » eux aussi dans l’enfer de Calais.

Il a vécu à leurs côtés. Il a mis des noms sur tous ces personnages, invitant les lecteurs à se lier à leur destin. Si bien que celui qui a lu « Entre deux mondes » aujourd’hui, ne peut pas avoir le pouls qui s’accélère à l’évocation de ces embarcations remplies de gens fuyant la mort que les ports d’Europe se rejettent.

Exactement là où veut en venir Olivier Norek dans ses polars. Bousculer les consciences. Des chiffres truqués de la délinquance au manque de matériel auquel font face les policiers tous les jours, en passant par ce qu’il se passe dans les prisons, Olivier Norek ne se départit jamais de son fond militant. Des vérités pas bonnes à dire ? Gênantes ? « Ces vérités sont mon gilet pare-balles. Mais preuve que l’on ne m’en veut pas, on vient de me proposer de faire partie du jury du prix du Quai des Orfèvres », sourit-il.

Ses trois premiers livres : Code 93 (2013), Territoires (2014) et Surtensions (2016).
Ses trois premiers livres : Code 93 (2013), Territoires (2014) et Surtensions (2016).

« La France ce n’est pas que Paris ! »

Infatigable travailleur, donnant l’impression de vouloir en découdre le plus possible et le plus vite possible avec la littérature, l’Aubinois se lance dans un nouvel exercice pour son prochain roman. Une fiction complète qui aura pour cadre, cerise sur le gâteau, l’Aveyron. « C’est une manière de rendre à ce département tout ce qu’il m’a apporté. Et pourquoi les héros doivent-ils se trouver à Brooklyn, Londres...  Puis il n’y a pas que Paris. La France ce n’est pas que Paris ! »

Ces jours-ci, dans la maison de ses parents, une fois le tumulte familial passé, Olivier Norek a mis au clair la trame de ce roman qui verra une policière défigurée après avoir reçu une balle venir se reconstruire en Aveyron. Tout en menant une enquête sur des faits qui se sont déroulés il y a quelques années. Dans son ancienne chambre d’adolescent, il va mettre au point ce scénario à rebondissement et au final étourdissant qui fait la marque de fabrique de ces romans à l’écriture ciselée.

« Je vais aussi accompagner cette fille dans sa reconstruction. Essayer d’en savoir aussi un peu plus sur moi aussi » avoue celui qui, plus jeune, avec son 5 sur 20 en français, n’aurait jamais cru écrire un roman un jour, mais s’imaginait bien dans un groupe de musique ou derrière des platines.  « Puis je proposerai un nouveau polar avec Victor Costes et son équipe. Mais si les lecteurs me suivent dans la fiction que je vais leur proposer, j’en ai plein d’autres à leur écrire », rigole-t-il. Quelle aubaine pour ses lecteurs !

 

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