Rodez

Tout ce que vous ignoriez sur la place de l’Olmet, siège du pouvoir comtal

  • La place de l’Olmet aujourd’hui, entourée de belles façades anciennes.Gilles Tordjman
    La place de l’Olmet aujourd’hui, entourée de belles façades anciennes.Gilles Tordjman
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Toujours sur la thématique des places, le service du patrimoine poursuit aujourd’hui son cheminement entre le Bourg et Saint-Amans.

Située au nord de l’église Saint-Amans, la place de l’Olmet tient son nom de l’ormeau, symbole du pouvoir comtal, planté en son centre au Moyen âge. Cette petite place était alors le lieu de représentation et d’exercice des fonctions de justice et de pouvoir du comte et le centre d’une activité commerciale prospère dynamisée par les quatre foires annuelles de Rodez.

Si la Cité était, autour de la cathédrale, le premier noyau urbain constitué de Rodez, le second pôle de la ville autour de l’église Saint-Amans doit en effet son essor au choix du comte de Rodez de s’établir à proximité de cette église au XIe siècle.

Malgré sa disparition complète au XVIIe siècle, les indications fournies par les archives permettent d’imaginer le domaine comtal à cet endroit de la ville : dessinant un vaste îlot en forme de croissant de lune, les bâtiments et espaces libres dépendant du comte s’étendent de la porte Martelenque, dite aussi porte de " Mossen lo comte " au sud de l’église, jusqu’à la porte Saint-Amans, au nord, sur la place de l’Olmet. Les maisons des proches du comte, des communs, des cours et jardins s’organisent autour de son palais, implanté contre la place de l’Olmet.

Halle aux draps...

Au XIIIe siècle, le comte achète des maisons à la famille de la Barrière pour y établir une halle aux draps contre le palais. Un plan du Bourg dressé en 1495 donne à voir la halle et surtout le palais : au-dessus d’un rez-de-chaussée ouvert de nombreuses arcades de boutiques, la grande salle était le lieu d’exercice et de représentation du pouvoir comtal ; contre ce long corps de bâtiment à deux niveaux, une tour crénelée surmontait la porte dite de Saint-Amans. À cette époque, une porte fermait le haut de la rue du Bal, principale entrée dans le Bourg depuis la campagne.

De l’autre côté de la place (aux n° 1et 3), une vaste demeure aristocratique dont la façade est en grande partie conservée, a été construite au XIIIe siècle certainement par un proche du comte. Les étages de la façade conservent des vestiges médiévaux visibles : la maçonnerie en grès et les restes des arcs des fenêtres ou leur empreinte dans la maçonnerie. Le deuxième étage était le plus beau, avec de hautes fenêtres pourvues de réseaux de pierre qui devaient ressembler à celles de la cathédrale construites au même moment. Leurs propriétaires à la fin du Moyen âge, les Masnau, sont bien connus. À la fin du XVe siècle, ils firent de cet édifice l’hôtellerie de la Fleur de Lys.

... Et foires très fréquentées

Les foires qui se tenaient place de l’Olmet attiraient en effet de nombreux marchands étrangers à la ville, qui avaient besoin d’un hébergement proche de la place et de la halle dans laquelle ils étaient tenus par le comte de vendre leurs draps. L’activité d’hôtellerie était ainsi devenue une opportunité d’enrichissement supplémentaire pour les propriétaires des environs, le plus souvent également marchands.

Sur la place ou près d’elle, ce sont les maisons et hôtelleries de la fin du Moyen âge et de la Renaissance qui sont le mieux conservées. Elles témoignent de la prospérité des marchands établis à cet emplacement privilégié, quartier le plus peuplé au Moyen âge et lieu de résidence des négociants les plus aisés.

La plus célèbre d’entre elles est la maison dite d’Armagnac, demeure construite par Hugues Daulhou, issu d’une famille de marchands originaire d’un village près de Laguiole. Le commanditaire, marchand accompli, faisait des affaires jusque dans les villes de Toulouse et de Lyon. Il fit construire là un véritable petit hôtel particulier, avec plusieurs corps de bâtiments autour d’une cour et dans le style de la première Renaissance. Mais cela fera l’objet d’une autre chronique...

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