La pêche de la carpe toujours dans le vent en Aveyron

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    La pêche de la carpe toujours dans le vent
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Depuis qu’elle a posé pour la première fois ses nageoires dans les eaux d’Europe de l’ouest, notre fameuse carpe, venue d’Asie Mineure, n’a cessé de se développer. En 2000 ans, elle a conquis l’ensemble du réseau hydrographique français et se porte toujours bien. Malgré cette longue période, sa présence est restée constante, et n’a nécessité jusqu’à aujourd’hui aucune mesure de protection ou de conservation particulière, contrairement à d’autres espèces, comme le brochet ou l’omble chevalier. Pas étonnant donc, qu’en Aveyron, on retrouve un peu partout, ce puissant cyprinidé. Dans les grands barrages hydroélectriques, mais aussi dans des plans d’eau plus modestes, les rivières, et certains étangs bien sûr. C’est d’ailleurs sur ces retenues d’eau particulières, dont nous parlent les livres d’histoire, que furent conçues, au Moyen âge par les moines, de vastes zones d’aquaculture dédiées aux carpes (Sologne, Limousin, Dombes…). Aujourd’hui, on trouve dans les eaux aveyronnaises trois types de carpes. La carpe commune, totalement recouverte de grandes écailles identiques, puis la « miroir », qui, au contraire, en est presque totalement dépourvue, sauf de grosses irrégulières sous la dorsale et au niveau de la caudale, et enfin la carpe cuir, toute « lisse ».

Une pêche rajeunie

Jusqu’au début des années 80, il faut bien le dire, la pêche de la carpe est souvent considérée comme « vieillotte ». La rusticité et la lourdeur du matériel utilisé, l’aspect en apparence peu sportif de cette technique, pratiquée de manière statique et nécessitant une longue présence sur le lieu de pêche, peinent à lutter contre l’intensité très attractive d’autres techniques. On pense en particulier ici, à la pêche des salmonidés en eaux vives, ou des carnassiers, que l’on pratique par exemple à la mouche sèche ou aux leurres. Dynamiques, itinérantes et pouvant être pratiquées sur une courte période de temps, elles ont peu à peu marginalisé les pêcheurs de carpes. Arrivent heureusement les années 1980, avec la révolutionnaire pêche au « cheveu » inventée par un pêcheur anglais. La carpe en effet, se pique obligatoirement sur le bord des lèvres, grâce à un système d’autoferrage, permettant ainsi au pêcheur de la remettre à l’eau. C’est de plus à cette période qu’apparaissent de nouvelles cannes « spécial » carpes. Capables de ramener des poissons de 30 kg, elles permettent aussi des lancers incroyables, jusqu’à 200 m de distance ! On comprend mieux pourquoi de nombreux pêcheurs se convertissent dès lors à cette pêche, modernisée, qui offre et cultive toutefois des vertus d’autrefois, qu’illustre à merveille, le livre culte du docteur Ernest Sexe, « La carpe de rivière » publié en 1937.

Nouveau matériel et bonnes vieilles sensations

Ces vertus ou ces « bonheurs simples », consistent avant tout à se retrouver au plus près de la nature dans des endroits préservés. C’est là que le pêcheur de carpe aime se ressourcer. Le rythme de vie est calqué sur la présence du soleil… et de la lune quand il pêche la nuit (lire par ailleurs). C’est en effet à partir de 1995 qu’est autorisée la création de parcours de nuit. Au bout du compte et pour beaucoup, prendre un poisson-trophée n’est pas la priorité absolue. Surprendre un sanglier à proximité de la tente ou effaroucher un chevreuil au petit matin laissent aussi des souvenirs impérissables…

Concernant la partie de pêche, celle-ci commence toujours de la même manière, avec le repérage des carpes, que l’on peut voir sauter hors de l’eau ou « rôder » en groupe… Ce repérage permet donc d’amorcer la zone où elles évoluent. L’objectif est d’habituer la carpe à venir se nourrir sur le (s) poste (s) que la carpiste a décidé de pêcher. Le temps d’amorçage est variable. Il peut avoir lieu au moment même de la partie de pêche. Parfois l’amorçage dure plusieurs jours voire plusieurs semaines (!), toujours à la même heure et au même endroit, bien sûr. L’aventure peut dès lors commencer, notamment si l’on a décidé de pêcher de nuit…

Un poisson gourmand !

Avant de lancer ses lignes, on se rappellera que la carpe, poisson omnivore, se nourrit aussi bien de glands tombés d’un chêne, que d’algues, sangsues, larves, écrevisses et autres moules d’eau douce. Ses cinq puissantes dents pharyngiennes (implantées dans le pharynx) brisent facilement les carapaces. Pour autant, elle reste très friande des graines de maïs, de noix tigrées et autres fèves, des amorces et des appâts très efficaces. Son autre pêché mignon, la fameuse bouillette. Très facile à utiliser, cette amorce de synthèse (farines, œufs, lait en poudre, huiles végétales…) que l’on trouve dans le commerce est également conçue de manière artisanale par de nombreux pêcheurs. Son goût peut être sucré (banane, fraise, coco…), carné (moules, sardines…), voire épicé (piments, curry), en sachant que leur efficacité varie en fonction de la période. Car cette pêche - véritable art de vivre pour certains - est possible toute l’année.

Sous les flocons de neige ou face à un beau coucher de soleil, se cache toujours un carpiste silencieux, les sens en éveil, prêt à bondir à la moindre alerte.

Centre Presse
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