Le Roots Muffin Job vit au rythme de la campagne

  • Le groupe en concert le 19 octobre prochain au V&B d'Onet-le-Château.
    Le groupe en concert le 19 octobre prochain au V&B d'Onet-le-Château. Photo DR / Photo DR
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Il a fallu 20 années d'existence au groupe raggae aveyronnais pour sortir son premier album. Ce sera fait à la fin du mois.

Quand on a l’esprit rasta, on prend son temps. "C’est le côté spirituel de la culture reggae, dit Fred, la prière, le calme, la douceur, la réflexion..."

Et quand cette culture rasta se cultive (tout à fait légalement) en Aveyron, on prend encore plus de temps. L’hibernation, la gestation, dans un pays où les hivers sont rigoureux et où l’élevage est roi, c’est sacré. C’est quasi rastafari.

C’est en tout cas comme ça que les Roots Muffin Job voient les choses. Prendre son temps, sans pour autant flâner. Fred le batteur est avec Jobaï le chanteur les deux derniers membres historiques de ce groupe aveyronnais né il y a tout juste 20 ans. Ils sont aujourd’hui cinq et trouvent une ou deux journées par mois pour répéter ensemble. Tant le concept de groupe aveyronnais les caractérise plus qu’autre chose, les membres habitant Salles-Curan, Sébazac, Auzits, Colombiès et Salles-Courbatiers. Et de plus chacun travaillant, dans un Ehpad, à transporter du béton, ou menuisier, ou soudeur... Sauf Jobaï qui n’a pas de boulot fixe, mais il a tout loisir, la soixantaine venant, de trouver chaussure à son pied. Ou pas. C’est ça, l’esprit reggae, c’est cool, on a le temps. Et puis soixante, ça n’est pas vieux pour chanter reggae, pas du tout.

Mais ça n’a pas empêché les Roots Muffin Job de faire de la musique, de créer leur propre répertoire et d’écumer les lieux aveyronnais. " Je crois qu’on a épuisé les dates dans l’Aveyron, dit Fred. Du coup, on veut essayer un peu de sortir de là. Et l’album va nous permettre ça. " La dernière fois que Roots Muffin Job a eu envie d’aller voir ailleurs si l’esprit reggae y était égal qu’en Aveyron, c’était il y a 15 ans. Je vous l’ai dit, pas de précipitation, chaque chose vient en son temps. À l’époque, le groupe avait sorti un CD trois titres et tenté l’aventure vers Tours et la Charente-Maritime.

Rebelle et familial

Et puis réfléchir, doucement, reprendre le rythme, la répétition tous les 15 jours, les bouffes ensemble, en famille, avec quelques digressions musicales, les concerts par ci par là dans le département... Tranquille.

Il a fallu donc 15 ans après cette première tentative d’évasion pour remettre le couvert, cette fois en bonne et due forme, avec un premier vrai album, "Etoile filante". Avec des guest-stars, notamment pour les cuivres et les chœurs, et pour un résultat remarquable. Avec Jobaï à la plume et au chant, en anglais, en français et en créole puisqu’il est Martiniquais d’origine, les Roots Muffin Job se sont concoctés un répertoire entre reggae et rock steady, en s’inspirant de l’actu et de leur entourage, dans un esprit... comment dire... rebelle et familial.

Parler de l’amour, de maman, d’Haïlé Sélassié, du ghetto et de la liberté. Une bonne basse qui percute, une guitare légère mais non dénuée de rock ou de blues, un savoir-faire bonifié tranquillement, lentement, autour d’une table, d’une batterie ou du lac de Pareloup, une belle réalisation de l’album, et le tout premier disque des Roots Muffin Job sonne déjà comme un bon vieux vin de derrière les fagots, vieilli en fûts de chêne, au bouquet affirmé et à la robe colorée qui parle, parfois avec insistance, au palais. Voilà à n’en pas douter l’une des vertus de l’attente, de la réflexion, du calme. Des morceaux riches, impeccables, comme "Mama", "Rebel ou "Libération", beaucoup qui s’accrochent à l’oreille naturellement.

Alors les Roots Muffin Job, sans se presser, se lèveront pour aller voir du pays. Sans se presser, mais sereins.

Album sur les plateformes de téléchargement ou en commande (12 euros) à : Association One Drop, 30, les Pasiments, 12740, Sébazac-Concourès.

Monsieur L'Ouïe
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