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Tortures à Ayssènes : "Ce que j’ai fait est atroce"

  • Les avocats de la défense :  Me Jacques Durieux et  Me Jessica Guy, du barreau de Toulouse.
    Les avocats de la défense : Me Jacques Durieux et Me Jessica Guy, du barreau de Toulouse. J.A.T. - J.A.T.
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Séquestrée, humiliée et rouée de coups, la victime a échappé de peu à la mort. Seule dans le box des accusés, la jeune femme endosse sa part de responsabilité mais assure avoir été sous l’emprise de sa mère, coaccusée mais décédée en août.

Je lui avais mis des coups, mais je ne m’étais pas rendu compte que j’avais fait autant de mal… Ce que j’ai fait est atroce". Sabrina, seule dans le box des accusés, a vu hier les photos des lésions infligées à sa victime, prises dès après les faits, projetées en salle d’audience. Elle avait "agi sans réfléchir", prend conscience aujourd’hui de la portée de ces actes perpétrés avec sa mère Claudine. Six coups de couteau à pain et de couteau de charcutier dans le dos, d’autres qui perforent le thorax, d’autres encore qui marquent les bras, des bosses et des hématomes liés à des coups de bûche, de casserole et de poêle (au point de casser le manche de l’une d’elle), des coups de poing… Moins visible est l’absorption forcée de gel douche et de 124 cachets de neuroleptiques.

La rage et l’emprise

Laurent n’est pas passé loin de la mort, en l’espace d’une soirée, le 25 janvier 2016, dans ce gîte d’Ayssènes, loué une semaine plus tôt. "C’est parce que je ne voulais pas qu’il meure que j’ai appelé le Samu. J’avais alors pris conscience de la gravité des faits", dit-elle. Et de répéter pour expliquer son comportement qu’elle était "en rage" d’apprendre que ses deux enfants (de deux pères différents partis avant leur naissance) devaient être placés en famille d’accueil, qu’elle était sous l’emprise de médicaments et d’alcool. Qu’elle était aussi "sous l’emprise de sa mère" dont elle "avait peur" et dont elle suivra quelques-uns des agissements violents envers la victime. Une victime qu’elle prend aussi en pitié "en espérant qu’il sortira par la fenêtre" quand elle ferme à clef la porte du gîte.

Car la mère et la fille séquestrent ce trentenaire fragilisé par une vie passée en foyers d’accueil et la "personnalité cabossée" qu’il s’est forgée. Lui, ne songe même pas à quitter ses tortionnaires de peur de se retrouver à la rue.

Des vies marquées par des séjours psychiatriques

Il faut dire que les trois protagonistes de cette sordide affaire ont, chacun à leur niveau, jalonné leur parcours de vie de séjours psychiatriques, de tentatives de suicide comme autant d’appels au secours, d’addictions à l’alcool voire au jeu pour Sabrina… Claudine rencontre Laurent dans un centre, il a 20 ans de moins qu’elle mais se ils mettent en ménage en 2015. Il s’entiche de Sabrina qui a sensiblement son âge, elle repousse ses avances, clairement exprimées qui convaincront la jeune femme de vouloir "se débarrasser de lui", aux côtés de sa mère qui ne le supporte plus. Il lui doit de l’argent qu’il ne lui remet pas…

Pourtant, la volonté commune de ces originaires de Limoges de louer un gîte en Sud-Aveyron était placée, les premiers jours surtout, sous le signe de la concorde.

Mère-fille : des relations troubles

Jalousie et rivalités diverses vont dominer la relation mère-fille sur fond d’agressivité permanente et de carences affectives. Une mère alcoolique, "maniaco-dépressive", "probablement bipolaire", diront à son sujet les experts qui l’ont auditionnée avant son décès en août dernier.

Sabrina de son côté variera dans ses déclarations. "Je n’étais pas bien en garde à vue, les médicaments me fatiguaient, j’ai dit un peu n’importe quoi", assure-t-elle à l’audience, sous les questions tenaces de la présidente Sylvie Chamayou-Dupuy.

L’avocat général Bernard Salvador souligne pour sa part la volonté de l’accusée de responsabiliser sa mère qui n’est plus là, pointe un certain "esprit manipulateur".

Sabrina assumera hier sa part de violences envers Laurent, reconnaîtra avoir porté des coups et aussi, en quelque sorte, avoir obéi à sa mère. "Ce n’est pas vrai que je lui mets tout sur le dos car pour moi elle est innocente… Enfin, pas tant que ça. En tout cas je ne veux pas l’accabler". La salle d’audience retient son souffle.

Ce matin, c’est Laurent qui exprimera son calvaire de victime devant la cour et les jurés. Il a pu venir car il se remet de ses blessures physiques, "mais son traumatisme psychique est encore très actif", dit un expert psychiatre.

À son tour de lever quelques zones d’ombre sur ce huis clos barbare. Verdict attendu jeudi en fin de journée.

 

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