Economie

Le Brésil sans œillères du Ruthénois Alexandre Bros

  • Tout juste trentenaire,Alexandre Bros s’est installé en 2016  à São Paulo,après une escale d’un an à Miami.
    Tout juste trentenaire,Alexandre Bros s’est installé en 2016 à São Paulo,après une escale d’un an à Miami.
Publié le / Modifié le S'abonner
-- partages

Pas alarmiste pour un sou. Au lendemain de la très commentée élection présidentielle au Brésil, qui a vu jaillir Bolsonaro, Alexandre Bros n’a pas peur de la voie qu’a choisi d’emprunter son pays d’adoption. Son quotidien ne devrait pas changer du tout au tout. Sa seule crainte ? Voir un pays gangrené par les inégalités se diviser encore un peu plus, jusque dans ses idéologies les plus profondes.

Assez « partagé » sur le scrutin, il comprend les raisons avancées par les partisans du candidat d’extrême droite. « Il ne faut pas regarder la situation brésilienne avec des oeillères françaises, commence-t-il. Historiquement, le Brésil n’a pas le passé douloureux qu’a l’Europe avec l’extrême droite. Ici, les gens n’ont pas voté pour le machiste, le xénophobe, le climatosceptique que l’on décrit dans les médias internationaux, ils ont voté contre un système de corruption d’une ampleur dont on n’a même pas idée. »

Un pays « instable »

Installé depuis deux ans et demi à São Paulo comme consultant financier, après une année à Miami, le jeune Ruthénois pensait « rester six mois ». Fasciné par une ville qui « offre beaucoup de possibilités professionnelles », il admet sans peine ne pas imaginer une vie à long terme dans un pays « instable » où la violence va crescendo. Entouré de Brésiliens autant que d’expatriés, Alexandre Bros digère mal les raccourcis qu’il lit dans la presse, notamment française, au sujet de la présidentielle.

« Pendant dix ans, le pays était en pleine croissance, mais les impôts augmentaient, analyse-t-il. Le Brésil fait partie des pays qui ont le plus de taxes. Donc le quotidien des Brésiliens s’empirait plutôt que de profiter de la croissance. Dans le même temps, l’éducation allait de pire en pire, le système de santé régressait, et la violence augmentait. Et par-dessus le tout, les politiques s’enfonçaient dans des scandales de corruption énormes. Lula et son parti ont volé 50 milliards de dollars au pays. À côté, Woerth en France, c’est de la gnognotte. »

Dans la jeune démocratie qu’est le Brésil, reste une certitude chez l’Aveyronnais : la constitution empêchera toute dérive dictatoriale. « Le pays avait le choix entre le Diable et Satan, c’est ce que j’ai l’habitude de dire à mes amis ici, conclut le trentenaire. Bolsonaro a été élu sur la même stratégie de communication que Trump, à voir si ses premiers mois au pouvoir s’inscrivent dans cette même lignée. »

Lola Cros
Voir les commentaires
Réagir