Magyd Cherfi : "Personne n’a envie d’être baratiné"

  • Le Toulousain rencontrera des collégiens et lycéens millavois avant son spectacle du soir.
    Le Toulousain rencontrera des collégiens et lycéens millavois avant son spectacle du soir.
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L’ancien parolier de Zebda sera vendredi à la Maison du peuple pour présenter "Longue haleine".

Dans les quartiers nord de Toulouse où il a grandi, Magyd Cherfi poursuivait un rêve : celui de devenir Flaubert, à 14 ans. S’il s’est retrouvé sur scène avec Zebda un peu "par hasard", il revient en solo sur son "délire originel", à savoir l’écriture. Dans ses livres (Livret de famille, La trempe, Ma part de Gaulois) et ses chroniques, Magyd Cherfi libère sa parole et ses prises de position. Sur les planches, dans Longue haleine, il accompagne ses lectures de chansons et d’une guitare. à travers son histoire, celle d’un enfant de Kabyles installés en France, il pose des questions "révélatrices du désespoir de l’humanité", non sans une pointe d’humour.

Derrière le rire, il incarne un "éveilleur de conscience" au message engagé. De fraternité, de dignité, d’injustices et de discriminations : sur fond noir, Longue haleine est aussi, et avant tout, une ode à l’humanité.

Après une semaine passée en Lozère, notamment avec des scolaires, vous arrivez en Aveyron. Quel accueil vous réserve-t-on ?

Un accueil exceptionnel. Ce que j’aime particulièrement, loin des mégalopoles et dans des petits coins isolés, c’est de trouver les yeux écarquillés du public. Ils sont prêts à faire de longues distances pour assister au spectacle, ils viennent avec tout leur cœur, ont envie de rêver, mais sont très exigeants, et en demande d’idées fortes.

C’est ce que vous faites de mieux, non ?

Je soulève, derrière des métaphores et des bons mots, une idée universelle : à quand la fraternité ?

À quand la fin des injustices envers les femmes, les ouvriers, les chômeurs, les sans-papiers ? Je me sers de mon histoire de fils d’ouvriers immigrés pour ouvrir les portes d’un combat : celui de la dignité. Parce que oui, la République fait des lois pour l’équité, pour l’égalité, mais elle ne le fait que pour compenser son manque de cœur. Crouler sous les lois ne suffit pas à respecter l’individu.

Vos mots résonnent particulièrement avec les "gilets jaunes" qui battent le pavé.

Non seulement ils ne peuvent pas finir le mois, mais en plus les gens se sentent humiliés tous les jours de ne pas être considérés. Depuis Mitterrand, on allège les charges d’entreprises qui n’ont jamais rendu leur dû à la France, qui n’ont pas créé d’emplois. Macron doit arrêter avec ce leurre, c’est la leçon qu’il doit tirer avant d’exploser.

La politique a une place dans votre spectacle ?

Je n’en parle que peu frontalement, mais elle n’est jamais loin. Je suis viscéralement de gauche. Mais je ne crois plus en la gauche depuis Mitterrand, parce qu’elle devient un objet de droite quand elle arrive au pouvoir. Si la France n’avait pas promis l’universalité, l’égalité, il y aurait moins de rancœur dans la société. Aujourd’hui, la France, c’est mille petits peuples qui se battent les uns contre les autres.

Les campagnes contre les banlieues, les riches contre les pauvres, les athées contre les religieux. Alors si vous êtes Noir, au chômage et pauvre, vous êtes mort.

Par où doit passer la société pour sortir de ces conflits permanents ?

La République doit commencer par être intellectuellement honnête. Quand je rencontre des jeunes, comme je ferai vendredi après-midi à Millau, je leur dis : "N’oubliez pas que vous êtes Français", mais au fond, je comprends qu’ils n’aient pas envie de l’être. Parce que l’égalité promise ne correspond à rien. La réalité, c’est que si t’es Noir, tu auras quatre fois moins de chances de trouver un boulot et si t’es arabe, t’auras dix fois plus de mal à trouver un logement. Le roman français n’est illustré que par des Blancs, de Vercingétorix à De Gaulle. Où sommes-nous, les Noirs, les Maghrébins, les femmes ? Relégués.

Est-ce qu’il y a de l’optimisme dans votre propos, tout de même ?

Je suis dans l’obligation d’y croire. J’ai foi en les principes de la République, je demande juste à ce qu’ils soient appliqués. En cela, j’ai envie de participer à l’éveil des consciences. Même si, en tant qu’écrivain j’évolue dans l’imaginaire, je ne veux pas promettre des lendemains qui chantent. Plus personne n’a envie d’être baratiné.

Vendredi 23 novembre, dès 20 h 30 au théâtre de Millau.

JDM
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