Gilets jaunes : ce qu'en pensent les députés aveyronnais

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  • Nos trois députés Mazars, Blanc et Viala donnent leur point de vue sur la mobilisation qui ne faiblit pas en Aveyron et dans l'Hexagone.
    Nos trois députés Mazars, Blanc et Viala donnent leur point de vue sur la mobilisation qui ne faiblit pas en Aveyron et dans l'Hexagone. JAT
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Plus que jamais mobilisés, les gilets jaunes aveyronnais, dans leur diversité, font converger sur le fond et la forme leurs actions dans un but : infléchir le gouvernement. Et sont, sur l’essentiel, rejoints par leurs députés. 

STEPHANE MAZARS : "Agir au plus vite sur le pouvoir d’achat"

Stéphane Mazars, député La République en Marche de la première circonscription.
Stéphane Mazars, député La République en Marche de la première circonscription. Ph.R.

Avez-vous rencontré les gilets jaunes ?

Oui, à mon initiative, samedi 24 novembre, au giratoire de Saint-Félix à Rodez. J’ai passé deux heures avec eux. Ma démarche était très personnelle, ils m’ont remercié et ont voulu communiquer ma venue. Le dialogue avec eux a été riche et constructif, ils sont conscients que leurs difficultés sont anciennes mais c’est une étincelle qui a allumé la mèche. Leur revendication commune, c’est le pouvoir d’achat avant tout : ils travaillent mais n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Et puis jeudi dernier, j’ai reçu une délégation de quatre gilets jaunes, sur des revendications beaucoup plus générales mais avec un dialogue de vérité : "Attention ça va péter samedi" m’ont-ils dit.

Député de la majorité, n’êtes-vous pas entre le marteau et l’enclume ?

Ma position est claire : la crise n’est bonne pour personne. Ce contexte dresse les Français les uns contre les autres, commerçants, routiers… sont à cran et ce n’est pas bon pour la cohésion du pays. Bien sûr, il faut que le gouvernement entende la revendication sur le pouvoir d’achat et agisse en ce sens. Car il faut trier l’essentiel de l’accessoire. Une de nos priorités de campagne était ceux qui travaillent et ne gagnent pas assez. On en a pris la trajectoire, mais pas assez vite et assez fort pour les gens. Nos décisions n’ont pas assez porté leurs fruits jusqu’à présent et maintenant on prend les choses dans la figure. Aujourd’hui, on ne sait pas avec qui discuter, c’est bien le problème. Mais il faut prendre nos responsabilités de députés.

Que faire dans l’immédiat ?

Il faut que les gens aient les moyens de gagner plus et de payer leur carburant s’il le faut… Agir sur le pouvoir d’achat plus encore que sur la taxe carbone. Car la transition écologique est un thème magnifique pour réenchanter l’idée de l’Europe chez nos concitoyens. Faisons que l’on accompagne les gens sur le moyen ou long terme pour qu’ils y adhèrent. Or, on vient stigmatiser ceux qui polluent car ils sont obligés de se déplacer et on ne prend pas les choses comme il faudrait. C’est pour cela que de nombreux députés LREM ont commencé à tirer la sonnette d’alarme.

 

ANNE BLANC : « Dans le contexte actuel, il faut savoir lâcher un peu »

Anne Blanc, députée La République en Marche de la deuxième circonscription.
Anne Blanc, députée La République en Marche de la deuxième circonscription. JAT

Avez-vous rencontré les gilets jaunes ?

Oui, de façon informelle, sans publicité et sur des ronds-points de ma circonscription. Vendredi matin, j’ai deux rendez-vous : avec un groupe de Villefranche et avec un groupe de Decazeville. Il est difficile de trouver un interlocuteur dans ce mouvement où les discours sont parfois très différents…

Députée de la majorité, n’êtes-vous pas entre le marteau et l’enclume ?

Mais on est là pour ça ! On fait remonter les réalités du terrain que l’on connaît bien, mais à un moment, il faut des signaux forts du gouvernement, du Président de la République.
Bien sûr, on ne peut pas céder systématiquement sur tous les sujets, Il faut savoir rester ferme, c’est normal. J’étais à Paris ce week-end du 1er décembre pour l’assemblée générale de la République en Marche. Dans la rue, j’étais terrifiée. C’est une ambiance d’insurrection. Dans un tel contexte, c’est bien de tenir ses engagements. Mais on voit bien que les choses évoluent et qu’il faut savoir alors lâcher un peu. S’il est normal de ne pas céder à tout, on voit bien que l’on est face à une situation extraordinaire.

Que faire dans l’immédiat ? 

On avait réfléchi à un moratoire sur la surtaxe des carburants dès la semaine dernière. Jusqu’alors, les députés que nous sommes n’ont pas été suivis. Cela dit, je ne suis pas sûre que la taxe carbone soit le sujet majeur car le problème désormais est beaucoup plus vaste.
On a été très nombreux, dans notre groupe, à l’assemblée, à envoyer des messages forts aux instances du plus haut niveau, le Président, le Premier ministre. On attend des annonces rapides désormais. Et j’ai envie d’être confiante à ce sujet…

 

ARNAUD VIALA : « Tout le système démocratique est remis en question »

Arnaud Viala, député Les Républicains de la troisième circonscription.
Arnaud Viala, député Les Républicains de la troisième circonscription. XB

Avez-vous rencontré les gilets jaunes ?

Oui, à leur demande. Leur mouvement exprime le désir d’être apolitique, les gilets jaunes ne veulent pas être récupérés. J’ai donc attendu que ce soient eux qui me sollicitent. On s’est donné rendez-vous samedi, j’ai reçu une délégation à ma permanence et l’on doit se revoir en fin de semaine.
Le contact avec eux s’est bien passé. J’ai rencontré des gens qui ne sont pas habitués à manifester, qui restent mobilisés depuis plusieurs semaines et qui expriment une véritable détresse. Ce sont tout sauf des fauteurs de troubles. Et le pouvoir d’achat porte l’essentiel de leurs revendications. N’oublions pas que dans ce territoire aveyronnais, le revenu médian est inférieur à la moyenne nationale et que la nécessité des déplacements impacte le budget des ménages…

Vous êtes député de l’opposition, comment jugez-vous l’attitude de fermeté du gouvernement ?

Je ne suis pas toujours « en ligne » avec mon parti. D’un point de vue personnel, je suis très inquiet depuis plusieurs semaines du désaveu de ce gouvernement qui ne réagit pas, mais aussi du désaveu des oppositions et des familles politiques. Les gens ne se sentent plus représentés, c’est tout le système démocratique qui est remis en question. Et puis, proposer une concertation de trois mois, c’est ignorer que les gens veulent des mesures concrètes et immédiates. Je regrette bien sûr que le gouvernement n’ait pas réagi plus tôt. Il devait aux Français l’honnêteté de dire que l’argent de la surtaxe des carburants n’ira pas intégralement à l’écologie. La transition écologique est nécessaire, mais pas de façon aussi abrupte.

Et que devrait faire votre groupe, Les Républicains ?

Le gel de la taxe carbone ne suffit pas, il faut avoir une politique d’accompagnement différenciée selon les territoires et ouvrir une discussion avec l’industrie automobile car l’alternative au thermique n’existe pas. Ce que j’attends de mon groupe aujourd’hui, c’est qu’il soit à la production d’idées concrètes, de propositions que puisse reprendre le gouvernement. 
 

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Christophe Cathala
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