Football - Laurent Peyrelade (entraîneur de Rodez) : "On n’est pas à la limite"

  • Disposant d’un effectif supérieur à celui de l’an passé, Laurent Peyrelade attend beaucoup de la seconde partie de saison, que ses joueurs débuteront à Cholet, le 11 janvier.
    Disposant d’un effectif supérieur à celui de l’an passé, Laurent Peyrelade attend beaucoup de la seconde partie de saison, que ses joueurs débuteront à Cholet, le 11 janvier. Jean-Louis Bories / Jean-Louis Bories
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L’entraîneur du Rodez Aveyron football est revenu, vendredi, au téléphone, sur la première partie de saison de ses joueurs, achevée jeudi soir par un succès convaincant à domicile contre Laval (2-1). Un Laurent Peyrelade détendu à l’heure de regarder en arrière et ambitieux quand il s’est agi de se projeter vers 2019. Entretien.

Avec le recul de quelques heures, que retenez-vous de cette dernière rencontre de l’année et de ce succès face à Laval (2-1) ?

Trois choses. La première est que le groupe apprend. Ça s’est vu parce que les mecs ont su répondre présent dans un match de haut de tableau ; il n’y avait pas un écart de niveau entre nous et Laval, comme ç’avait pu être le cas entre nous et le Red Star ou Grenoble l’an dernier. On s’est mis à la hauteur, on a été là, présents, et on a fait de bonnes choses. La deuxième est qu’il y avait du public et que si l’on a envie qu’il revienne, il faudra que l’on soit capables de reproduire ce genre de prestation. Il faut que les gens comprennent que l’on aura besoin d’eux. Des matches, on en gagnera, on fera des résultats nuls, mais si l’on veut aller au bout, il faudra éviter de faire comme l’an dernier contre Les Herbiers, où l’on avait fait 0-0 alors que l’on était deuxièmes au classement. Tous les points comptent et l’important est que l’on soit réguliers. Et notre stade, quand il est chaud, quand il est bouillant, est un avantage et met la pression sur les adversaires. Enfin, la troisième est que Laval a eu beaucoup d’occasions. ça faisait longtemps qu’une équipe n’en avait pas eu autant contre nous. Le match aurait pu basculer dans leur (les Lavallois, NDLR) sens s’ils avaient été plus efficaces. Ils ont eu plus d’occasions que nous, il ne faut pas se voiler la face, mais on a été plus efficaces qu’eux. Disons que les circonstances, la dynamique et le courage ont fait tourner les choses en notre faveur.

Vous dites "si l’on veut aller au bout". Faut-il comprendre qu’aujourd’hui, vous jouez officiellement la montée en Ligue 2 ?

Non, parce que l’an dernier, on avait le même nombre de points à ce stade de la saison mais au cours de la phase retour, on n’a gagné que deux matches et pris seulement quatorze points. Donc non. Après, il faut justement que l’expérience de l’an dernier nous serve.

Êtes-vous confiant à ce sujet ?

Cet été, on a construit l’effectif pour bénéficier de plus de munitions offensives que l’an dernier et ainsi éviter l’un des écueils auxquels on avait été confrontés. Après, il faudra que l’on soit capables de s’adapter à ce "nouveau championnat". Pendant la première partie de la saison, les équipes jouent avec leurs principes alors que pendant la seconde, elles jouent pour des points. On devra notamment être bien meilleurs qu’actuellement en attaques placées, face à des blocs très compacts, mais aussi capables de faire tourner l’effectif pour conserver de la fraîcheur assez loin dans le temps. Il faut avoir conscience qu’à partir de janvier, on va jouer seize week-ends de suite en championnat, sans la moindre coupure, rien. Il faudra que l’on soit capables de nous aménager du temps pour nous, c’est-à-dire de faire autre chose que du foot, et ne pas avoir peur d’enlever une séance d’entraînement pour faire autre chose.

Est-ce quelque chose que vous n’aviez pas su faire l’an dernier ?

(Il prend du temps avant de répondre) Je ne sais pas si on n’a pas su le faire… Disons que c’est différent. Il faut qu’on puisse laisser du temps aux joueurs pour sortir la tête de ce championnat de temps en temps. Après, on doit avoir en tête l’idée d’avancer, de progresser, mais ça, ce n’est pas lié qu’à l’équipe, c’est lié à tout le club, à l’environnement, et le fait que le dossier du stade ait avancé (lire notre édition du mercredi 19 décembre) offre d’autres perspectives. L’an dernier, on a passé six mois à en parler et là, ces six mois, on les a passés en quelques jours, ce qui change forcément pas mal de choses pour ce qui est de l’énergie que tu dépenses. Tout le travail que tu as fait l’an dernier, tout le temps que tu as perdu te permet, aujourd’hui, d’en gagner. Ça avance et j’aime bien cette idée de progresser petit à petit, tranquillement.

Se trompe-t-on en disant que l’élimination au huitième tour de la Coupe de France, à Sète (2-0), constitue le seul point noir de cette première partie de saison ?

Ce n’est pas un point noir, c’est une déception. C’est emmerdant de rater un match. Depuis le 20 juillet, on n’en a raté qu’un et ç’a été celui-là. C’est comme ça, on n’y peut rien. Il faut juste que ça nous serve à l’avenir, quand on recevra Lyon-Duchère ou Chambly, quand on disputera des matches importants lors desquels il faudra que l’on soit capables d’élever notre niveau d’engagement, notre concentration, tout ce qu’on n’a pas su faire face à Sète.

La victoire face à Laval peut-elle s’expliquer par ce que vous venez d’évoquer, par les leçons tirées par vos joueurs de cette élimination ?

Je ne pense pas. Pour moi, c’est plutôt quand on ira à Drancy, quand on va recevoir l’Entente Sannois Saint-Gratien, quand on ira à Marignane-Gignac, où il faudra être dense, compact, que l’on verra si on a retenu la leçon. Hier soir (jeudi), c’était un vrai bon match de foot. Il n’y avait pas de peur à avoir avant. Jouer contre Laval est motivant pour un groupe comme le nôtre. On affronte une équipe professionnelle, avec uniquement des mecs aguerris ; je savais que ç’allait mordre dedans. De là à gagner, c’était autre chose, mais pour ce qui est de mordre dedans, je n’avais pas de doute.

Parmi les points positifs de cette dernière rencontre figure aussi la confirmation de la progression de votre groupe…

(Il prend une nouvelle fois le temps avant de répondre) Je pense qu’on peut faire mieux. Je suis exigeant mais on n’est pas à la limite ; c’est mon sentiment. On doit être capables de faire mieux, d’afficher une maîtrise supérieure, de faire preuve d’un peu plus de maturité, de qualité technique. Il y a le matériel pour, on peut le faire et ça m’excite. On n’est pas au taquet. L’an dernier, on l’était souvent mais cette année, je sens qu’on a de la marge ; pas sur nos adversaires mais sur nous-mêmes, dans notre progression. Je nous vois capables de faire mieux. Si on bosse bien, si on est prêts à faire des sacrifices, on peut aller plus loin.

À combien estimez-vous cette marge de progression ?

À 10-15 %. On a un groupe jeune qui a beaucoup bougé cet été. Il y a plein d’affinités à mettre en place, plein de relations que l’on peut créer, mais il faut qu’on ait du temps pour pouvoir travailler tranquillement, dans notre coin.

Il y a peu, vous aviez déclaré que le club ne serait pas actif lors du marché des transferts hivernal. Votre position a-t-elle changé ?

Non, pas du tout. Je change rarement d’idée et c’est moi qui décide. Le groupe ne bougera pas : personne ne partira, personne n’arrivera. Il est très bien, on l’a construit pour ça.

Même en cas de coup à faire, d’opportunité exceptionnelle ?

Même dans ce cas, ce sera niet. J’ai du mal avec les coups, ce n’est pas mon truc. J’aime bien travailler dans la durée. Et puis, avec un coup, tu ne sais jamais ce qui va se passer. Le groupe travaille bien, les jeunes progressent, et même si on avait des absents face aux Lavallois, ça ne nous a pas empêchés de les taper. On ne fait pas un championnat à onze ou douze joueurs. C’est l’idée qui a dicté notre fonctionnement cet été et qui est le fruit de l’expérience de l’an dernier. Il fallait qu’on étoffe l’effectif et c’est ce qu’on a fait. On a un groupe jeune mais toutes les pièces du puzzle sont là et il n’y a pas besoin d’aller en chercher d’autres.

Romain Gruffaz
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