Derrière le Plan loup, le business de la nature ?

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  • « Nous, on considère bêtement nos animaux commefaisant partie de la famille et le loup les considère commedu casse-croûte », confie Jean-Pierre Boissonnade, éleveur sur l’Aubrac. « Nous, on considère bêtement nos animaux commefaisant partie de la famille et le loup les considère commedu casse-croûte », confie Jean-Pierre Boissonnade, éleveur sur l’Aubrac.
    « Nous, on considère bêtement nos animaux commefaisant partie de la famille et le loup les considère commedu casse-croûte », confie Jean-Pierre Boissonnade, éleveur sur l’Aubrac. CPA
  • Face aux attaques répétées,les éleveurs font effectuer leurs analyses en Allemagne. Face aux attaques répétées,les éleveurs font effectuer leurs analyses en Allemagne.
    Face aux attaques répétées,les éleveurs font effectuer leurs analyses en Allemagne. CPA
  • Manif anti-loup devant la sous-préfecture.
    Manif anti-loup devant la sous-préfecture. CPA
  • Pour les éleveurs, d'abord leurs bêtes avant la "bête". Pour les éleveurs, d'abord leurs bêtes avant la "bête".
    Pour les éleveurs, d'abord leurs bêtes avant la "bête". CPA
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La présence du loup et son accroissement annuel de 20 %, confirmé par l’État, inquiètent la fédération nationale de défense du pastoralisme et le collectif L113 pour qui "la financiarisation de la nature" est en marche.

 

Heureusement l’hiver est là. Et comme dit la chanson : "Il pleut, il pleut bergère, rentre tes blancs moutons…" Sur l’Aubrac, les moutons ne sont (hélas) pas les seuls à devoir craindre le loup.

Outre des brebis qui ont encore été attaquées dernièrement sur la commune de Montpeyroux, des veaux ont également été la proie du loup dit hybride et sans même parler de la mort d’un poulain Shetland. " Nous avions au départ fait constater le drame par la gendarmerie qui est venu avant la Direction départementale des territoires. L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) est venu deux fois. Un agent de Millau a effectué des prélèvements. Il s’agit d’un loup hybride qui a été filmé et photographié depuis. Nous n’avons rien contre le loup mais cela devient dangereux car il est proche des maisons. Une voisine l’a même pris en photo dans son jardin ", raconte Pierre Ginisty, à la tête du centre d’équitation de Laguiole avec sa compagne Léa Lezla. Cette dernière ajoute que dix ADN différents de loup ont été relevés cette année en Aveyron.

En chiffres

  • 72 meutes de loups en 2018 (59 en 2017) et 13 zones de présence permanente non constituées en meute selon l’Office national chasse faune sauvage pour 2018.
  • 51 loups tués officiellement en France en 2018.
  • 11700 animaux tués par le loup en France en 2017 pour une indemnisation de 3,2M€.
  • 21,8 M€, coût de la protection en 2016.
  • 44 à 85 % des 242 élevages laitiers du périmètre d’étude (menée dans le Sud-Aveyron) passeraient en dessous du seuil de viabilité en installant les moyens de protection subventionnés et préconisés par l’État.
  • 25 % des éleveurs ont abandonné les terrains difficiles à surveiller en quelques années et 42 % des exploitations ont abandonné leur pâturage nocturne, source Chambre d’agriculture de l’Aveyron.
  • 400 000 €, coût d’un loup.

Des analyses effectuées en Allemagne

Nul doute, le loup est bien là. Et le récent bilan dressé par l’ONCFS ne fait que le confirmer, avec un accroissement annuel de 20 % ! D’où la création cette année de la fédération nationale de défense du pastoralisme (FNDP) qui demande la révision du Plan loup 2018-2023 par la voix de Mélanie Brunet, éleveuse en Aveyron et coprésidente de la FNDP (en photo ci-dessus).

" Le ministre de la Transition écologique ne peut plus dissimuler que le chiffre officiel des 500 loups est dépassé, de plus confirmé par le ministre de l’Agriculture au Sénat lundi 3 décembre. Il est donc temps, dès aujourd’hui, sans attendre la sortie de l’hiver, de remettre à plat le Plan loup, comme prévu par le gouvernement dès que la viabilité serait atteinte. "

“Assurer la pérennité des exploitations agricoles et le maintien du pastoralisme, en particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup et de l’ours dans les territoires exposés à ce risque.

Article L.113 du code rural.

Face aux divergences comptables de la présence du loup dont découlent la permanence du pastoralisme et son indemnisation, les éleveurs sont même obligés d’effectuer leurs analyses dans un laboratoire agréé à Hambourg en Allemagne – remis en cause par l’ONCFS – alors que ce laboratoire est aussi celui de la police scientifique germanique. De quoi laisser perplexe sur les velléités du retour du loup. Bruno Lecomte, éleveur dans les Vosges, secrétaire de la FNDP et membre du collectif L113, est catégorique : "On va vers une financiarisation de la nature."

Et d’ajouter : "Le loup n’est pas revenu naturellement. Il y a une volonté politique de “réensauvagement” du territoire dans le but de faire payer des séjours au contact de la faune." Faire du business avec la faune et l’environnement, la chaîne Arte avait diffusé un reportage éloquent en 2015 sur ce nouvel Eldorado de la finance.

Pour Bruno Lecomte, "l’État veut gagner de l’argent en faisant payer les bois et en n’ayant plus à payer les éleveurs qui abandonnent leur terre face au danger du loup". Des affirmations avec des preuves à l’appui, fruit d’un an d’enquête qui aboutit à la sortie d’un film sur ce sujet en 2019. D’ici là, le Plan loup aura-t-il été revu ?

Les éleveurs aveyronnais face à la prédation dans les Alpes

L’Addear 12 propose un voyage-formation en Aveyron et dans les Alpes-Maritimes pour les éleveurs et éleveuses qui envisagent ou se questionnent sur l’intérêt de se doter de moyens de protection pour leur troupeau. Quelles sont les pratiques ? Quel niveau de protection ? Intérêt ou non de chien de troupeau dans ma situation ? Quelles sont les conséquences économiques et sociales de la mise en place de moyens de protection ?

Une journée de préparation est fixée mardi 22 janvier à Flavin avec Bruno Thirion, référent technique à l’institut de l’élevage, qui présentera les connaissances sur les impacts de l’intégration de chien de protection dans un troupeau. Cette journée est un préalable au voyage dans les Alpes.

Le voyage-formation aura lieu du 29 au 31 janvier dans les Alpes-Maritimes. Le programme prévoit l’approche de la conduite d’un élevage pastoral sur le territoire alpin avec l’exemple de l’élevage ovin du Gaec des Monts d’Azur. Il est aussi prévu des observations pratiques sur l’intégration de chiens de troupeau dans la conduite d’un troupeau avec Didier Fischer et Valentine Guérin, éleveurs et dresseurs de chiens de troupeau.

L’autre objectif du voyage est l’analyse des critères de vulnérabilité des élevages par rapport à la prédation et les impacts économiques et sociaux de la mise en place de moyens de protection sur des fermes prédatées avec des visites de fermes et des témoignages.

Une journée bilan aura lieu le 5 février à Sainte-Eulalie-de-Cernon pour une approche technico-économique sur la ferme de Jean-Paul Scoquart, éleveur impliqué dans Cercle 12, en présence de Marie-Odile Nozières, chercheuse de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) ayant participé à l’étude sur la protection des élevages sur le Larzac.

Renseignements et inscriptions auprès de Nerea Ngfok, Addear de l’Aveyron au 07 82 75 81 26. nerea-ngfok@addear12.com Nombre de places limitées, date limite d’inscriptions au 4 janvier. Une participation de 150 € par personne est demandée pour les frais.
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Olivier Courtil
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