Grand débat national

Disparition des services publics : le diagnostic des Aveyronnais

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  • Les Aveyronnais déplorent, notamment, la fermeture des bureaux de Poste dans les zones rurales.
    Les Aveyronnais déplorent, notamment, la fermeture des bureaux de Poste dans les zones rurales. Repro CPA -
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Le schéma d’amélioration de l’accessibilité des services publics en Aveyron, lancé en 2016, rencontre aujourd’hui un écho particulier à l’heure du Grand débat national où de nombreux Français déplorent leur disparition ici comme dans le reste de l’Hexagone.

Lancée par le Département et l’état, en 2016, le schéma d’amélioration de l’accessibilité des services publics avait mis en lumière les attentes des Aveyronnais en matière de santé, d’éducation, de mobilité et de transports et d’accès aux services publics. Ce schéma rencontre aujourd’hui un écho particulier alors qu’est lancé le Grand débat national (lire notre édition d’hier), et que les citoyens sont invités à faire part de leurs attentes et propositions. Plus de 2 000 Aveyronnais avaient participé à ce questionnaire, représentant 81 % des communes du département.

Santé

Au premier plan de leurs préoccupations : la santé. La majorité estime que le médecin généraliste reste la clé de voûte d’un service médical efficace. L’Aveyron compte 94 médecins pour 100 000 habitants contre 97,5 en France métropolitaine.

Cet équilibre est jugé toutefois fragile. Car dans les cinq années à venir, de nombreux départs à la retraite de praticiens ne seront pas remplacés. Dans un même temps, le déficit de médecins spécialistes se fait sentir.

Education

Autre sujet d’inquiétudes, l’éducation. De nombreux parents sont préoccupés par la fermeture des établissements, notamment en zone rurale. Les perspectives ne sont guère encourageantes. La Direction des services académiques de l’Aveyron envisage une baisse de 3 % des effectifs du 1er degré à l’horizon 2020.

Selon les participants au questionnaire, les Regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI) sont plus axés sur une logique "arithmétique", au regard des habitudes et besoin des parents et des enfants.

Services au public du quotidien

Les 2 000 Aveyronnais ayant répondu au questionnaire soulignent une bonne accessibilité aux services de proximité.

À titre d’exemple, l’Aveyron possède 9,8 boulangeries pour 10 000 habitants ; 6,6 épiceries-supérettes ; 4,5 pharmacies et 5,9. Des taux à chaque fois supérieurs à la moyenne nationale.

Mobilité et transports

Concernant ce point, les Aveyronnais jugent peu satisfaisants l’accès aux transports. Ils déplorent le manque d’informations et de coordination entre les services. Non seulement la liaison ferroviaire entre Paris et Rodez est jugée déficiente, mais les tarifs aériens sont jugés trop élevés et les retards sont trop fréquents. Par ailleurs, les Aveyronnais déplorent qu’aucune navette ne desserve l’aéroport depuis le centre de Rodez ou d’autres lieux dans le département.

Des pistes d’améliorations ont été identifiées, en particulier celle d’une meilleure promotion et de coordination du covoiturage.

Emploi

Un besoin d’accompagnement au sein des zones de fortes précarités se fait sentir : Decazeville, Villefranche-de-Rouergue ou encore le Sud Aveyron.

Finances publiques

Le maintien des services publics, en particulier celui des Finances publiques, est considéré comme important dans les zones rurales ou de plus grande précarité.

Les services sociaux

Les Aveyronnais estiment que la couverture des centres d’actions sociales et médico-sociaux est satisfaisante, tout comme les prestations de la Caf. En revanche, ils estiment que leur accessibilité pourrait être améliorée, surtout rendre les horaires d’ouverture plus flexibles.

Sécurité

Un bon maillage concernant les services de sécurité est constaté par les participants au questionnaire. Par exemple, le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) couvre 96 % de la population du département en moins de 20 minutes.

Témoignage. à Villeneuve-d’Aveyron,
« le sentiment de s’être fait dépouiller »
Pierre Costes, maire de Villeneuve-d’Aveyron.
Pierre Costes, maire de Villeneuve-d’Aveyron. - Repro CPA

Les habitants de Villeneuve-d’Aveyron ont été particulièrement touchés ces dernières années par la disparition des services publics. L’antenne du Trésor public a fermé ses portes il y a quelques années, tout comme l’agence bancaire, le bureau de poste a réduit ses heures d’ouvertures, la gendarmerie n’accueille que quelques jours par semaine. Une situation comparable à bien d’autres villages. « Nous avons le sentiment de nous être fait dépouiller de nos services publics au profit des chefs de canton, déplore Pierre Costes, le maire de Villeneuve-d’Aveyron. Malgré cela, nous continuons à nous battre pour maintenir la vie au sein du centre bourg. »
Ce sentiment, partagé par les habitants du village, renforce cette idée « que ce sont les métropoles, Toulouse et Montpellier, qui profitent avant tout de la disparition de ces services publics ».
Pour tenter d’enrayer ce déclin, la municipalité de Villeneuve-d’Aveyron vient d’installer l’ADMR dans les locaux d’un magasin qui a quitté le centre-ville pour s’installer un peu plus loin, le long de la route départementale. Une halte pour les pèlerins de Saint-Jacques a aussi été aménagée. « Les chemins de Saint-Jacques attirent plusieurs milliers de pèlerins chaque année, ce serait un bon moyen, explique Pierre Costes, d’amener de la vie en centre-ville. »
Reste que les services publics disparus « ne reviendront pas. Et il est difficile dans ce cas de lutter contre la désertification des populations ».

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