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En Aveyron aussi, le Brexit divise et inquiète...

  • Le Brexit s’apprête à signer la fin de la libre circulation des personnes et des biens entre l’Europe et la Grande-Bretagne.
    Le Brexit s’apprête à signer la fin de la libre circulation des personnes et des biens entre l’Europe et la Grande-Bretagne. Repro CPA - Repro CPA
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Le 29 mars, le Brexit entrera officiellement en vigueur. Si, actuellement, l’Angleterre se déchire à propos de cette sortie de l’Union européenne, l’Aveyron et ses acteurs suivent de très près l’actualité outre-Manche. Car, quelles répercussions cet acte historique aura-t-il sur le département ? Premiers éléments de réponse…
 

Samantha et Philip Riley ont posé leurs valises en Aveyron, en 2002. À l’instar de leurs compatriotes installés en France, ils sont venus y chercher un « cadre de vie paisible et de la verdure » après avoir vécu de longues années dans la cité d’Oxford. Ce charme à la française, ils l’ont trouvé à Cabanès, près de Naucelle, en y rénovant une vieille bâtisse. Depuis, elle enseigne l’anglais - ça ne s’invente pas - dans le collège de la commune et organise plusieurs séjours linguistiques, lui travaillant dans le bâtiment. Et lorsqu’on leur parle du fameux Brexit qui ne cesse de diviser leur pays natal, Samantha est claire : « Nous demanderons la nationalité française dès que le Brexit sera passé. Le peuple anglais est contre cette décision du gouvernement, c’est une bêtise de quitter l’Europe. »

Dans l’entourage du couple, le Brexit est d’ailleurs un sujet qui revient sans cesse dans les discussions. Plusieurs de leurs amis anglais, installés en Aveyron depuis des années, sont d’ailleurs repartis outre-manche ces derniers mois… « Ils avaient peur la plupart du temps, notamment pour le versement de leurs retraites. Nous, en tant qu’actifs, on devrait être moins impacté par le Brexit. On aura seulement beaucoup plus de paperasserie… », confie cette maman, fière d’avoir appris le français en tricotant aux côtés de mamies du village !


À Najac, plusieurs Britanniques ont déjà fait leurs valises


À Najac, terre d’accueil des Britanniques depuis de nombreuses années en Aveyron, le maire Raymond Rebellac (joint avant sa démission, lundi) a également assisté à plusieurs départs de ses administrés : « Après l’annonce du Brexit, plusieurs familles ont vendu leurs biens et sont reparties vivre outre-Manche.  Désormais, on voit beaucoup de Belges venir s’installer ici. On a même eu des Australiens récemment ! La grande majorité des Britanniques qui sont restés chez nous ne voient pas d’un bon œil cette sortie de l’Union européenne. » Aujourd’hui, ils sont encore une centaine à vivre dans le village du Villefranchois, comptant plus de 800 âmes. Ils y partagent souvent leur vie avec leur pays natal, conservant leur accent « so british ». Seront-ils encore nombreux après le passage du Brexit ? Raymond Rebellac dit s’être posé la question à plusieurs reprises mais ne pas avoir « trop d’inquiétudes ». « Les Anglais restent extrêmement attachés à notre patrimoine et notre gastronomie, le vin y compris… », sourit l’élu.


Quid de l’économie ?


En attendant le départ ou pas d’Anglais de nos contrées face à un Brexit dont il est encore impossible d’en définir les contours, le monde économique, lui, s’attend à une nouvelle donne. Voire à en souffrir. Même si du côté de la chambre de commerce et d’industrie du département, on reste très prudent : « On est dans le flou le plus complet. On y pense, on s’attend à plusieurs choses mais quoi réellement ? Des réunions avec les douanes notamment vont être organisées prochainement pour évoquer ce problème », nous a-t-on confié.
Certaines sociétés, exportant outre-Manche, ont en revanche déjà pris les devants. À l’image des producteurs de roquefort. Le Brexit a souvent été évoqué à la confédération regroupant les sept industriels de la marque, car plus de 360 tonnes de fromage sont envoyées chaque année en Grande-Bretagne. Cela en fait le quatrième consommateur de l’Union européenne, derrière l’Espagne, l’Allemagne et la Belgique. Cela sera-t-il toujours le cas dans quelques mois ? « Nous avons à ce jour deux inquiétudes : les taxes augmenteront-elles pour l’export et, surtout, notre AOP n’est pas valable hors-Union européenne. Alors, on pourrait être confronté à des copies de notre produit… », prévient la secrétaire générale de la confédération, Cécile Arondel-Schultz.
D’ici le 29 mars prochain, date prévue pour le Brexit, l’Union européenne et l’Aveyron n’ont pas fini de se poser des questions…
 

À l’aéroport, on s’attend à des « complications »

Après une parenthèse de plusieurs mois, l’aéroport de Rodez reliera de nouveau Londres dès le 3 juin prochain, avec la compagnie Ryanair. Mais avant cela, Londres et l’Angleterre auront quitté l’Union européenne… Alors, quelles répercussions cela aura-t-il sur les passagers de la ligne et la vie quotidienne de l’aéroport ? Éric Bometon, directeur du site, travaille depuis des semaines sur la question. Il dit « ne pas avoir de craintes » pour la fréquentation mais avise d’ores et déjà les futurs passagers des impacts d’une sortie de l’UE : « Il faut bien se mettre en tête que c’est la fin de la libre circulation des biens et des personnes comme nous le connaissons depuis les années 1970. L’Angleterre va devenir un pays tiers au même titre que le Maroc ou la Tunisie. Pour s’y rendre, il faudra donc un passeport et certainement un visa. Les contrôles et les fouilles seront également davantage poussés et longs. Et pour tout ce qui concerne le transport des biens, il faudra une déclaration au préalable ou lors du vol. » Face à toutes ces nouvelles contraintes, Éric Bometon ne s’en cache pas : « Il y aura certainement des retards au début et d’autres complications… Car, les gens vont mettre un bon moment pour intégrer ces nouvelles règles ». Ses équipes s’attendent également à voir leur charge de travail augmenter avec cette liaison. « On est encore dans le flou mais je crois qu’il ne faut pas s’affoler. Ce n’est qu’une question d’habitudes à changer… », rappelle-t-il. Vous l’aurez compris : même si l’aéroport s’est « préparé au pire », comme le dit son directeur, il se serait bien passé du Brexit…
 

Eastern Airways, éjecté du prochain appel d’offres ?

Eastern Airways va-t-il payer les pots cassés du Brexit ? Très certainement. Car la firme anglaise, exploitante de la ligne Rodez-Paris, pourrait être éjectée du prochain appel d’offres en 2020, ouvert exclusivement aux compagnies de l’Union européenne. Pour le directeur de l’aéroport, Éric Bometon, « cela serait une mauvaise nouvelle car nous sommes très satisfaits de ce partenariat ». Mais ce dernier dit s’y préparer et ne pas être forcément inquiet : « Il faut toujours être positif et si Eastern ne peut pas postuler en raison du Brexit, on trouvera d’autres compagnies ».
Eastern Airways assure la ligne entre Rodez et Paris depuis 2015 après avoir succédé à la compagnie aérienne Hop !, filiale d’Air France. Depuis, la fréquentation de la ligne et le taux de régularité n’ont cessé de s’améliorer…
 

Mathieu Roualdés
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